Losc-Chelsea : Comment les Blues sont devenus sexy en faisant jouer les jeunes

LIGUE DES CHAMPIONS Dans l'impossibilité de recruter au mercato à cause d'une sanction de la Fifa, le club londonien s'en remet à son centre de formation

Julien Laloye

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Papy Willian raconte une blague à ses deux petits-enfants (Jorginho et Abraham).
Papy Willian raconte une blague à ses deux petits-enfants (Jorginho et Abraham). — Frank Augstein/AP/SIPA
  • Chelsea a perdu Hazard et n'a pas eu le droit de recruter l'été dernier à cause d'une suspension de la Fifa.
  • En recrutant l'ancien milieu de la maison Franck Lampart, le club a décidé de miser sur ses jeunes.
  • Un choix payant à long terme, puisque les Bleus ont développé l'un des centres de formation les plus puissants d'Angleterre.

Phénomène encore plus improbable qu’un discours rassembleur d’Eric Zemmour. Chelsea qui devient un club engeant à la surprise générale, après des années de barbouzerie opérée par le trio magique Terry-Diego Costa-Mourinho, l’école de la violence et de la haine. « Je ne dis pas que je n’aime pas Chelsea, mais c’est un club qui a toujours été difficile à aimer à cause de ce qu’ils font et des joueurs qui ont toujours semblé un peu méchants. Aujourd’hui, je pense que c’est l’équipe de Chelsea la plus sympathique depuis qu’Abramovich est arrivé ». Signé Gary Neville, consultant sniper promancunien sur Skysport. Ah oui, quand même.

Le symbole Abraham

Gloire à la Fifa pour une fois. Rien de tout ça n’aurait été possible sans cette décision d’interdire les Blues de mercato Chelsea à cause de deux trois trucs pas clairs au niveau des transferts de mineurs. Adieux veaux, vaches, Hazard, et cochons. Place à la dernière couvée issue de la glorieuse usine à formation des Blues, celle qui envoyait la relève en prêt dans toute l’Europe, à l’image d’un Kakuta trimballé de club en club depuis la sortie de la crèche. A défaut de pouvoir recruter, Chelsea envoie désormais ses jeunes au front.

Quelques noms pour situer : le serial buteur repêché du fin fond de la campagne Tammy Abraham, dont l’apparition a définitivement envoyé Olivier Giroud sur le banc. L’ailier Mason Mount, déjà trois buts en Premier League, le défenseur Tomori, désormais indéboulonnable en défense, le monstre Hudson-Odoi, ou encore l’habitué Loftus Cheek.

Quelques chiffres pour compléter : tous les joueurs cités ci-dessus ont signé leur première licence avec les Blues avant leur 8 ans. Et jusqu’au week-end dernier et les réalisations de Jorginho et Willian contre Brighton, tous les buts des Blues en Premier League avaient été inscrits par des internationaux anglais de moins de 21 ans.

Explication de texte de José Mourinho, l’ancien cerbère de Stamford Bridge

« Bien sûr les résultats ne sont pas le plus important à cet âge, mais quand vous voyez les résultats des équipes de jeunes depuis six ou sept ans, ils ont presque tout gagné. Certains n’ont pas progressé assez vite et la décision dans ces cas-là a été de les vendre pour réinvestir de l’argent sur d’autres, et ce système a été critiqué pour le nombre très élevé de joueurs sous contrat, mais maintenant on voit le résultat. Le club a très bien travaillé. Chelsea a un très bon staff au centre de formation, au niveau du scouting, la définition des objectifs, les principes d’entraînement, les entraîneurs qui gèrent le développement des enfants, le système de prêt, c’est du très bon travail »

The Special One fait référence à la culture locale encouragée jusque dans les plus hautes sphères de l’institution. Après des années à surpayer des coachs étrangers de premier plan avec une réussite fluctuante, Abramovich a changé son approche en rapatriant l’idole Franck Lampard. L’ancien milieu de terrain n’a eu besoin que d’une saison de rodage à Derby County ( c’est son équipe que Bielsa a avoué avoir espionné l’an passé), pour convaincre le board de donner une nouvelle image au club de nouveau riche le plus haï du royaume ou presque. Dans l’organigramme, Lampard retrouve d’autres glorieux anciens, comme Petr Cech, ou Claude Makelele, tous concernés à un moment ou à un autre par la formation dans les équipes de jeunes. Selon le très sérieux Telegraph, plusieurs producteurs seraient déjà sur le coup pour raconter la success story.

Des résultats décevants mais pardonnés

Les résultats de ce rajeunissement forcé, puisqu’il faut bien en parler ? Pas folichon sur le papier. Chelsea navigue déjà à dix points de Liverpool et a paumé contre Valence à la maison en ouverture de Ligue des champions. Sevrés d’identité ou juste blasés par la dernière décennie, les fans s’en foutent et réservent même une standing ovation à leur régiment de Marie-Louise après une défaite honorable face aux Reds. Il faut dire que les mômes ont envie : ça court sans calculer, ça prend des risques, et ça prend même l’eau quand Ngolo n’est pas là pour écoper dans la soute.

Avertissement du vieux grognard Azpilicueta, qui aime raconter au coin de feu le bon temps de la conquête de l’Europe avec la grande armée de Di Mateo ou Sarri. « J’ai eu la chance de jouer beaucoup de matchs et de gagner des trophées​, donc c’est ma responsabilité d’aider tous ces jeunes, de leur donner de la confiance pour rentrer dans cette équipe, afin qu’ils puissent répéter ce qu’ils ont été capables de faire en catégorie inférieure. Ils savent que je suis là pour les aider, mais j’ai toujours la faim de gagner, et c’est un sentiment qu’on ne doit jamais perdre ». Le déplacement lillois ressemble à une bonne occasion de s’en rappeler.