«Je me sens coupable si nous ne travaillons pas assez », Bielsa justifie l’espionnage des adversaires dans une conf’ mémorable

FOOTBALL L’entraîneur argentin, au centre d’une controverse en Angleterre pour avoir envoyé son staff observer les entraînements adverses,  a désarmé son auditoire dans une conférence de presse improvisée…

Julien Laloye

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Marcelo Bielsa a aussi espionné l'équipe d'Aitor Karanka.
Marcelo Bielsa a aussi espionné l'équipe d'Aitor Karanka. — Ryan Browne/BPI/REX/Shutterstock/SIPA

Formidable morceau de bravoure mercredi soir dans la salle de presse du club de Leeds United, leader indiscuté de Premiership depuis que Bielsa a évangélisé l’Angleterre. L’assemblée de journalistes est fébrile, prévenue en urgence d’une conférence impromptue de l’Argentin, empêtré dans une affaire d’espionnage fort peu reluisante. Un de ses assistants s’est fait gauler en train de roder autour du terrain d’entraînement de Derby County la semaine passée juste avant le match entre les deux équipes. Tonnerre de protestations parmi les observateurs et les manageurs de Premiership, outrés par une entorse aussi grotesque des règles les plus élémentaires du fair-play, et menaces de sanctions de la part de Fédération.

« Ce que j’ai fait n’est interdit par aucune règle »

Bref, ceux qui connaissent l’Argentin s’attendent au cirque habituel. Marcelo, un air sévère, les petites lunettes carrées sur le bout du nez, une lettre à la main, et la petite phrase lâchée du bout des lèvres : « Je prends l’entière responsabilité pour ce qui s’est passé avec Derby County et je démissionne avec effet immédiat. Inutile de me poser des questions, j’ai mon avion pour Rosario qui décolle à 21h, juste le temps de faire les bagages et de laisser un pourboire au concierge ».

Et bien NON, messieurs dames, on ne pouvait pas se tromper plus éhontément. Non seulement Bielsa n’a pas démissionné, mais il nous a un en plus offert une heure de démonstration Michelangelesque à base de power point des années 90 et d’autoflagellation ecclésiastique, avec tout son staff derrière lui pour le soutenir.

« Je vais faciliter le travail d’enquête de la Ligue. Ce que j’ai fait n’est interdit par aucune règle. J’ai mon point de vue là-dessus, D’autres comme Lampard pensent que j’ai violé le fair-play. Je dois m’adapter à la façon de voir les choses ici, en Angleterre. Je voulais vous apporter des éléments factuels pour vous prouver que je dis la vérité Je fais ça car je pars du principe que vous n’êtes pas obligés de me croire ».

Et là, le déluge. Déluge d’informations s’entend. Sur chaque adversaire. Le nombre de matchs, les positions occupées, le menu du petit-déjeuner, la grippe du petit dernier et les problèmes de couple avec madame. « J’essaie de vous convaincre que nous n’obtenons pas un avantage injuste par l’espionnage la veille d’un match. Nous avons regardé chaque joueur qui jouait et joue encore à Derby, pour les 51 matchs de la saison dernière ». Bielsa cite alors en exemple un certain Harry Wilson, tireur de corner de Derby, et la stratégie mise en place sur coup de pied arrêté quand il lève les mains en l’air. S’en suit une nouvelle masterclass sur les phases offensives de Derby. « Une vidéo de 41 minutes sur les phases offensives du club entraîné par Lampard, réduite à 8 minutes pour la séance vidéo projetée au groupe.

Le powerpoint de la mort qui tue

Le tout avec des slides d’une précision pas vue hors d’une présentation de projet de fusée nucléaire au commissariat d’énergie atomique. Le coup de grâce avec une remarque sur le prochain adversaire de Leeds, le club de Stoke City, entraîné par un nouveau venu, un certain nathan Jones : « C’est un peu délicat, il n’a coaché que trois matchs. Du coup, on va analyser les 26 matchs qu’il a faits à Luton ».

La question qui nous taraude, du coup ? Pourquoi s’embêter à aller espionner les autres équipes de manière systématique – Bielsa a aussi avoué qu’il le faisait toutes les semaines sans qu’on lui demande- quand on connaît son adversaire mieux que lui-même ?

« Comme vous avez vu, je n’ai pas besoin d’observer l’entraînement de l’équipe adverse pour savoir comment elle joue, mais nous avons un staff de 20 personnes et je me sens coupable si nous ne travaillons pas assez. Espionner nous permet d’être moins anxieux, et dans mon cas, je suis assez stupide pour autoriser ce genre de comportements ».

Comme la vie est bien faite, Franck Lampard, entraîneur de Derby County, dernière victime agissements coupables de Marcelo, était sur le pont mercredi soir en FA Cup. L’ancienne légende de Chelsea a tenté d’être beau joueur​, mais son discours transpirait le mec qui a les glandes : « Il essaye de se donner une certaine image. Je n’ai pas vu Guardiola faire une chose pareille, ni Jurgen Klopp ou Mauricio Pochettino. Tout le monde fait ce travail d’observation dans son coin sans le rendre public. Ceux qui connaissent le foot ne seront pas étonnés le moins du monde. Mais je reconnais que c’était un spectacle assez incroyable ». Tellement d’amour pour toi, Marcelo.