Monaco-OM : Pourquoi les Marseillais aiment tant le déplacement à Louis-II et son « choc des cultures »

FOOTBALL Même si les souvenirs sportifs récents sont parfois douloureux, les supporters de l'OM aiment beaucoup se rendre à Monaco et « prendre le pouvoir » à Louis-II

Jean Saint-Marc

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En 2017, le déplacement avait été agité lors de la défaite 6-1 de Marseille à Monaco.
En 2017, le déplacement avait été agité lors de la défaite 6-1 de Marseille à Monaco. — B. Bébert / SIPA
  • Les 975 places dans le parcage olympien pour Monaco-OM, ce dimanche, se sont arrachées dans les différents groupes de supporters.
  • Ce déplacement, proche et sympathique, est un des préférés des supporters marseillais.
  • Les membres du Commando Ultra 84 ont de nombreux souvenirs épiques à Monaco.

« Le choc des cultures ! » L’expression est lâchée par Boris, supporter de l’OM, pour raconter les « pitoyables tentatives de drague d’une Monégasque par le plus gros boulet de notre groupe, devant un yacht. » Elle vaut aussi pour cette scène observée en août 2017, sur une plage du Cap d’Ail, à 500 mètres de Louis-II. Un jeune couple BCBG – petite robe et chino 7/8e – doit traverser une plage bleue de monde. Très chauds et très hydratés (au pastis), les fans de l’OM se chauffent la voix, se chambrent et essuient les regards méprisants des locaux.

« C’est drôle de débarquer dans l’atmosphère feutrée, très luxueuse de Monte Carlo. D’arriver dans les quartiers les plus friqués et d’être bien ras les pâquerettes, souvent bien avinés », reprend Boris, membre du Commando Ultra 84. Bloqué par le boulot, il ne fera pas le déplacement cette année avec les 975 Marseillais attendus en parcage. Sans compter ceux, très nombreux, qui squatteront les autres tribunes de Louis II.

« On est les rois là-bas »

Car Monaco-OM, c’est « un des meilleurs dep' de la saison, estime Adrien, qui fera le trajet dans son fourgon J9, avec des copains. Ce n’est pas super loin, Louis-II est un joli petit stade, qui sort de l’ordinaire. Et c’est plus agréable de se balader à Monaco qu’à Reims ! » Le tourisme mis à part, les souvenirs sportifs récents sont mitigés : après une série de cinq défaites consécutives entre 2014 et 2017 (année du funeste 6-1), Marseille a renversé la vapeur l’an dernier, avec une victoire 3-2 dans le money-time.

Mais les voix marseillaises résonnent bien à Louis-II, ce qui peut suffire au bonheur des supporters : « Prendre le contrôle d’un stade et le voir entièrement à nos couleurs, c’est toujours un plaisir », chambre Yoann. « On est les rois là-bas, lance Charly, du Club des amis de l’OM. Même si leurs Ultras font un peu plus de bruit quand c’est nous, ça reste tranquille. »

« Pire que les ventes privées » pour choper des places

Peu de risque de baston, un retour rapide dans la nuit, « historiquement, c’est un déplacement avec un public familial, c’est souvent le premier déplacement des jeunes Ultras », raconte Boris, qui regrette la réduction de la taille du parcage. Les places étaient chères, cette année, auprès des groupes de supporters, qui font tous le déplacement. Chez les Winners, tous les billets sont partis en une matinée. « C’est pire que les ventes privées », peste une membre du groupe.

Les déçus peuvent toujours tenter l’option clandestine, comme les membres du Commando Ultra 84 en 1991. C’est un ancien du groupe qui raconte :

Cette année-là, on était 13.500 supporters dans le stade, le plus gros contingent de Marseillais en déplacement ! Les mecs jetaient leurs billets du haut du virage pour les gars qui étaient dehors sans place, les mecs de la sécurité ne comprenaient rien, on était trois fois le nombre dans le virage ! »

Ce membre de la « Vieille Garde » du CU84 se souvient aussi « des apéros géants sans régler l’ardoise », chez un cafetier « pas très physionomiste ». Ou de cette arrivée épique à Monaco en 1989 : « Le chauffeur du car se trompe de sortie et prend la route où Grace Kelly est morte. Une route surplombant le vide avec des épingles à cheveux. Au deuxième virage, le bus était coincé, on a laissé le chauffeur en plan et on est descendu à pied en chantant ! »

Pour le plus vieux groupe ultra de France, le déplacement à Monaco évoque aussi un évènement fondateur : la sortie de la première bâche Ultra de leur histoire, le 22 mars 1985. Le livre du CU84* raconte que vingt torches avaient été allumées à l’arrivée des joueurs. Sur Canal +, Michel Denisot en perdait son latin : « Sont-ce des terroristes ? » Une autre forme de « choc des cultures »…

* Un mythe, une foi, un combat – L’histoire continue, ouvrage autoédité par le Commando Ultra 84.