OM-Naples: La «rivalité étrange» entre ultras justifie-t-elle l’interdiction de déplacement des Italiens?
FOOTBALL•La préfecture a décidé d’interdire la venue des supporters de Naples à Marseille pour OM-Napoli, ce dimanche. Une décision rare pour un match amicalJean Saint-Marc
L'essentiel
- L’historien spécialiste du supportérisme Sébastienn Louis juge l’interdiction de déplacement des supporters napolitains pour OM-Naples « injustifiée. »
- Le député LREM Sacha Houlié reconnaît, lui aussi, qu’il n’est « pas fréquent » d’interdire le déplacement de supporters pour un simple match amical.
A croire que ce match amical ne le serait pas vraiment. La préfecture de police de Marseille a décidé d’interdire la venue de supporters de Naples au Vélodrome, ce dimanche, pour un alléchant amical OM-Napoli. Le préfet de police estime en effet qu’il y existe un « risque réel et sérieux d’affrontement entre les supporters des deux clubs à l’occasion de cette rencontre ». Il évoque, pour justifier cette décision, le fait que les supporters des deux équipes « font fréquemment la preuve de leur comportement violent » et affirme que leurs « relations sont empreintes d’animosité », ce « fort antagonisme » s’étant particulièrement manifesté en 2013 en Ligue des champions puis en 2015 à l’occasion d’un match amical à Nice.
De nombreux supporters de l’OM ignorent cette rivalité, citant plus facilement la Lazio Rome comme « ennemi » italien. Mais l’historien Sébastien Louis, spécialiste du milieu ultra, confirme l’existence de cet antagonisme :
« Il existe une rivalité étrange entre les deux équipes, puisque avant ce match de Ligue des champions, il n’y avait pas vraiment de rivalité. Ce match a été le déclencheur de leur antagonisme. Parmi les causes, il y a d’abord l’amitié entre les Ultras marseillais et ceux de la Sampdoria, mais c’est plus un prétexte. Sinon, il y a le fait que les Napolitains se sont affirmés comme des Ultras violents : se confronter à eux permet de se mesurer et de grimper dans le classement des supporters radicaux en Europe ! Il y a aussi des positionnements politiques, très légers à Naples, qui ont pu avoir une légère influence. Enfin, les Ultras 1972 du Napoli sont amis avec le Collectif Ultras Paris et ceci ne peut qu’exacerber la rivalité. » »
Pour l’auteur du livre Ultras, les autres protagonistes du football (ed. Mare & Martin), cette rivalité ne suffit pas à justifier une interdiction de déplacement : « Elle est injustifiée, selon moi, car les interdictions mobilisent autant de forces de police qu’un déplacement encadré ! Ce match amical permettrait en plus d’entraîner les forces de police françaises, qui ont très peu l’habitude d’encadrer des supporters radicaux. »
« Une interdiction pour un match amical, ce n’est pas courant ! »
Le député LREM Sacha Houlié, par ailleurs supporter de l’OM, est moins radical… Mais tout de même hostile à cette interdiction : « Ça nous interpelle, car ce n’est pas courant sur les matchs amicaux… On reste engagés sur la voie de l’interdiction. » Pour Sacha Houlié, qui mène avec Marie-Georges Buffet (PCF) une mission d’information sur le supportérisme et sur les droits des supporters, cette décision d’interdire la venue des Napolitains s’explique par le contexte. « C’est l’été, il n’y a sans doute pas assez de forces de police disponibles, surtout qu’on a eu une trentaine de week-ends de mobilisation des "gilets jaunes" ! »
Il espère toutefois que les travaux qu’il a engagés, ainsi que ceux de l’Instance nationale du supportérisme, conduiront à un assouplissement de la stratégie française, pour l’instant très hostile avec les Ultras. « Je me dis qu’on a au moins entrouvert la porte, que ça y est, tout le monde accepte d’en discuter », conclut Sacha Houlié.
Un optimisme que ne partage pas Sébastien Louis : « Cette décision annonce une nouvelle saison répressive pour les supporters qui souhaiteront se déplacer au Vélodrome et pour les Marseillais ! La politique française ne change pas : c’est toujours interdictions et restrictions ! »


















