OM: «Grand ménage», mercato très chaud... Que va-t-il se passer pour Marseille après ce fiasco?

FOOTBALL L’OM ne disputera aucune coupe d’Europe la saison prochaine. A quoi va ressembler l’intersaison ? Le mois de juin et le mercato s’annoncent tempétueux à Marseille

Jean Saint-Marc

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Frank McCourt va devoir réorganiser l'OM, cet été, trois ans après avoir racheté le club.
Frank McCourt va devoir réorganiser l'OM, cet été, trois ans après avoir racheté le club. — Lionel Urman / SIPA
  • De nombreuses ventes sont à prévoir au mercato, car McCourt ne pourra pas compter sur les subsides européens la saison prochaine.
  • Les sponsors s’inquiètent, la mairie déplore cette saison ratée… Quant aux agents, ils se frottent les mains : il y aura des affaires à faire à Marseille.

« A Marseille, quand le mistral se met à souffler, il y va fort… Et ça fait tanguer les bateaux, même les gros ! » Ce bon connaisseur de l’OM, proche de la direction, fait dans la métaphore météorologique pour esquisser le futur proche d’un club en crise profonde : sixième de Ligue 1, le finaliste de la Ligue Europa 2018 ne disputera aucune Coupe d’Europe l’an prochain. Du changement est à prévoir à Marseille.

C’est d’ailleurs ce qu’annonce le président Jacques-Henri Eyraud, ce mardi, dans les colonnes de France Football : « Je suis très, très déçu, je ne le cache pas. Il va y avoir pas mal de changement, c’est évident. » Lui-même pourrait être menacé, mais l’homme fort de McCourt, impliqué dans le projet depuis ses prémisses, devrait normalement garder sa place : il a réussi à récupérer, de haute lutte, l’exploitation du Vélodrome, se place habilement pour celle du parc Chanot et a transformé le stade Le Cesne en écrin pour les féminines et le centre de formation. Et McCourt l’a annoncé : il veut de la « stabilité dans son organigramme. »

Garcia sur le départ, Zubi aussi ?

Tout en haut, en tout cas. Car juste en dessous de « JHE », une valse des arrivées et des départs est à prévoir. Le directeur sportif Andoni Zubizaretta, très peu écouté depuis son arrivée à l’OM, pourrait quitter le club pour Arsenal. Le licenciement de Rudi Garcia, maladroitement prolongé à l’automne, est inéluctable : ses agents lui cherchent déjà une porte de sortie. Mais le coach pourra aussi prendre une année sabbatique : il devrait partir avec un pactole de 10 à 12 millions d’euros.

Une somme qui se rajoutera aux pertes importantes que l’OM devra, c’est quasi certain, annoncer à la DNCG. Après avoir affiché un déficit de 78,5 millions d’euros en 2017-18, Marseille présentera aussi des comptes dans le rouge au moment de clôturer la saison. A moins que des grosses ventes se fassent très rapidement. Car l’OM « a une obligation de vente cet été, rappelle l’économiste Pierre Rondeau, chroniqueur pour RMC. Marseille doit dégraisser et McCourt devra, en plus, mettre la main à la poche pour apporter des garanties à la DNCG. »

D’autant plus embarrassant que l’OM n’a pas tenu les promesses de l’été dernier : « Ils se sont sans doute défendus en annonçant des résultats positifs, cette année, en disant : "On va forcément se qualifier pour la Ligue des champions, vu nos investissements colossaux !" » Pour Rondeau, le scénario est inéluctable : « McCourt doit faire un grand ménage ! Il doit rationaliser sa politique sportive. »

Plus de 30 millions de manque à gagner

La non-qualification pour la reine des coupes d’Europe constitue un manque à gagner d’environ 30 millions d’euros : 15,25 millions de prime de participation à la phase de groupe, plus 15 à 20 millions de droits télé. Sans parler de la billetterie, très rémunératrice lors de gros chocs européens. Les subsides de la Ligue Europa sont moindres, mais ce sont des sommes que l’OM avait sans aucun doute budgétées en début de saison : 2,3 millions pour la participation, entre 7 et 14 millions d’euros pour les droits télés.

« C’est une mauvaise nouvelle aussi pour la ville de Marseille, car le contrat (le PPP du stade) prévoit des retombées quand les revenus sont élevés, confie l’adjoint aux sports Richard Miron (LR). Ça nous pénalisera aussi financièrement… Et puis moralement, on sait que quand l’OM va bien, il y a un climat très positif dans la ville. » La mairie garde toute confiance en McCourt, toutefois : « Il a dit ce qu’il allait faire et il a fait ce qu’il avait dit ! Mettre 200 millions, ce n’est pas rien… »

L’OM « dans une situation délicate » au mercato

McCourt devra en « mettre » encore un peu, cet été, même si un mercato « fastueux » est à oublier. Celui de cet été s’animera surtout dans le sens des départs. Les agents se frottent les mains : Il y a toujours des affaires à faire quand un club est en déroute. Traduit en novlangue de businessman, cela donne ceci : « les situations de crise ouvrent toujours des possibilités intéressantes. » Confession d’un agent, poids lourd du marché, qui ne gère « pour l’instant » les intérêts d’aucun Marseillais. Il estime que la situation de l’OM est « très complexe, très délicate » :

Ils ont des joueurs âgés, avec des gros salaires, sur lesquels ils vont faire forcément des moins-values. Au contraire, les joueurs sur lesquels l’OM pourrait s’appuyer dans le futur sont ceux qui suscitent de l’intérêt. Il faudra sans doute vendre un Sanson, un Kamara ou un Lopez pour colmater les trous ! »

Et difficile d’aller quémander ces liquidités auprès des sponsors. Eux aussi s’inquiètent : pas de Coupe d’Europe, c’est moins de visibilité. Et ils n’aiment pas le flou artistique qui règne à la Commanderie : « Quels dirigeants vont rester ? Et quelle sera la stratégie financière l’an prochain ? » s’interroge-t-on au sein d’une grosse entreprise française, en pleine négociation de contrats avec l’OM.

Les supporters aussi s’interrogent. Si beaucoup nous disent que « les dirigeants passent, les supporters restent », d’autres hésitent à déchirer une bonne fois pour toutes leur abonnement. Comme Christophe : « Dans mon groupe de potes, on se dit qu’un vrai supporter ne part pas quand l’équipe va mal… Mais on se fait chier le dimanche pour rien, on en a ras le bol ! Dimanche soir à 23 heures, après ce simulacre de match contre Lyon (0-3), on a tous dit : "bon, on ne se fera plus avoir" ! »

Christophe va tout de même attendre un peu, surtout que les abonnements ne devraient pas augmenter cet été, sauf pour les Fanatics et les Ultras. Mais même pour pas cher, Wassim ne se réabonnera pas en virage Nord : « Quel ennui ! A force de trop souffrir en amour on finit par se lasser… C’est ce qui est en train d’arriver avec l’OM ! »