Bordeaux-OM: Pas les mêmes moyens mais une fin identique… Ça ressemble à quoi la gestion à l’américaine?

FOOTBALL Les Girondins de Bordeaux et l’Olympique de Marseille se retrouvent ce vendredi (20h45) pour un classique de Ligue 1 made in USA

Clément Carpentier / Jean Saint-Marc

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Frank McCourt et Joe DaGrosa, respectivement propriétaire de l'Olympique de Marseille et des Girondins de Bordeaux.
Frank McCourt et Joe DaGrosa, respectivement propriétaire de l'Olympique de Marseille et des Girondins de Bordeaux. — Boris HORVAT - Nicolas TUCAT / AFP
  • Bordeaux reçoit Marseille dans un duel historique de la Ligue 1 devenu 100 % américain.
  • Si leurs moyens sont bien différents, Frank McCourt et Joe DaGrosa espèrent réussir une importante plus value lors de la revente de leur club.
  • Les deux propriétaires, qui gèrent l’OM et les Girondins à distance, s’appuient sur une communication très à l’américaine.

« Yes, we can », ce slogan devenu mondialement connu grâce à Barack Obama, Frank McCourt et Joe DaGrosa y croient dur comme fer en bons citoyens américains. Les propriétaires de  l'Olympique de Marseille et des Girondins de Bordeaux en sont persuadés : « Oui, nous pouvons… gagner de l’argent avec un club de Ligue 1 ! » A l’heure de les retrouver face à face, ce vendredi (20h45), dans un classique made in USA, 20 Minutes se lance dans une petite comparaison entre leurs deux projets.

« Le projet bordelais est beaucoup plus risqué que celui de l’OM »

C’est la différence la plus importante entre les deux projets : l’origine des fonds. Frank McCourt, milliardaire américain, est avant tout un mécène. L’ancien propriétaire des Dodgers, franchise de base-ball de Los Angeles, investit son propre argent dans l’OM. A l’opposé de Joe DaGrosa. Si sa société GACP détient 14 % des Girondins, le New Yorkais a surtout réussi à racheter les Girondins grâce à ce qu’on appelle un LBO (leverage buy out). Autrement dit, il a trouvé un autre partenaire financier pour pouvoir boucler son budget. En l’occurrence, King Street, un puissant fonds d’investissement, propriétaire du club à 86 %. Voilà pourquoi les perspectives ne sont pas forcément les mêmes pour les deux institutions.

« L’un est sur du court terme [DaGrosa], l’autre sur du moyen terme [McCourt] même si au final, ils ont chacun l’objectif de revendre leur club en réalisant la plus belle plus value possible », explique Pierre Rondeau. Les Américains sont là pour faire de l’argent, souligne l’économiste du sport, consultant chez RMC Sport : « Il faut bien rappeler aux gens que ce sont deux investissements à but lucratif. Ils doivent être rentables. C’est carrément une obligation pour Bordeaux puisque chaque saison, il faut rembourser les prêts. C’est pour ça que le projet bordelais est beaucoup plus risqué que celui de l’OM. »

Pour réussir, les deux propriétaires misent évidemment sur la vente de joueurs, mais aussi énormément sur la gestion de leur stade. A Marseille, McCourt a déjà obtenu celle-ci. A Bordeaux, DaGrosa aimerait faire de même en trouvant rapidement un accord avec SBA (Stade Bordeaux Atlantique), la société gestionnaire du Matmut Atlantique.

Des clubs gérés comme des filiales d’un grand groupe

Apparemment, les magnifiques calanques marseillaises et le charme du Bassin d’Arcachon n’ont pas encore convaincu Frank McCourt et Joe DaGrosa de s’installer dans notre beau pays. Boston et Miami gardent leurs faveurs aujourd’hui. Ils gèrent donc tout à distance : « Il faut bien comprendre que le club de football est l’un de leurs nombreux investissements. Ils ne peuvent pas être sur place à temps plein. Ils préfèrent logiquement déléguer et prendre de la hauteur », explique Thierry Braillard, l’ancien secrétaire d’Etat chargé des Sports.

Pour les deux hommes, c’est clairement une sorte de filiale dans un grand groupe : « Là où ils ont été intelligents pour moi, c’est qu’ils ont pris en compte le contexte et mis en place des dirigeants français [Jacques-Henri Eyraud à l’OM et Frédéric Longuépée au FCGB] », poursuit Thierry Braillard, qui a participé au dossier de rachat des Girondins. Avec derrière eux, deux directeurs sportifs d’expérience, Andoni Zubizarreta côté phocéen et Eduardo Macia côté bordelais.

Le duo marseillas McCourt-Eyraud et le duo bordelais DaGrosa-Longuépée.
Le duo marseillas McCourt-Eyraud et le duo bordelais DaGrosa-Longuépée. - BERTRAND LANGLOIS - NICOLAS TUCAT/ AFP

Mais sur la gestion sportive, la ressemblance s’arrête là. Joe DaGrosa va s’appuyer sur le « trading » de joueurs en recrutant des jeunes à fort potentiel à la revente, alors que Frank McCourt a déjà bien mis la main à la poche (250 millions d’euros en deux et demi) pour s’acheter des joueurs référencés (Payet, Balotelli, Gustavo, Rami, Evra…) dans un premier temps. Aujourd’hui, la donne a tout de même un peu changé à l’OM à en croire Jacques-Henri Eyraud : « On était dans une phase d’investissement nécessaire pour redresser le club. On arrive au bout d’un cycle [cet été] et il y aura des départs ! » Les joueurs cités et surtout Florian Thauvin devraient, par exemple, faire leurs valises. Marseille doit se conformer au fair-play financier et pourrait du coup se rapprocher de la politique sportive bordelaise.

Une communication à l’américaine

C’est bien connu de l’autre côté de l’Atlantique, on aime le show. On n’a pas froid aux yeux. Et les deux Yankees n’échappent pas à la règle. L’OM a eu le droit à son Champions Project alors que Bordeaux vise la Ligue des champions dès 2020. Pourquoi pas. Mais quand on a de telles ambitions, il faut surtout assumer derrière. Peu importe pour McCourt et DaGrosa. De toute manière, il faut voir grand, très grand. Le club doit devenir une marque ! La communication est donc plus qu’importante.

A Bordeaux, on a fait comprendre à Paulo Sousa qu’il fallait ouvrir son vestiaire pour multiplier les vidéos « inside » dont raffolent les supporters. Il y a également depuis peu au club un responsable à l’international. Au-delà des résultats, il faut le valoriser le plus possible. De son côté, le Bostonnais cherche à se positionner en France. Désormais exploitant du Vélodrome, il place ses billes pour exploiter le parc Chanot, juste à côté. Et il a racheté une plage privée dans le Var ou encore un hôtel de grand luxe à Saint-Tropez…

« McCourt construit sur la durée, estime Virgile Caillet, délégué général de l’Union Sport et Cycles. Je pense qu’il cherche à augmenter la valeur de l’OM. Pour ça, il faut des actifs immobiliers, mais il faut aussi un portefeuille de joueurs. » Et c’est peut-être ça que les deux hommes oublient parfois. On n’est pas aux Etats-Unis mais en France. Le show, c’est bien. Le résultat sportif, c’est mieux. S’ils le comprennent, leurs portefeuilles ne s’en porteront que mieux, comme leurs supporters.