VIDEO. OM: «C'est plus qu'une amitié de stade!», le lien entre les Ultras de Marseille et ceux de Gênes ravivé par la catastrophe

FOOTBALL Les Ultras de l'OM sont très liés à ceux de la Sampdoria de Gênes, depuis 1987. Une histoire d'amitié qui a rapidement dépassé le cadre du football... 

Jean Saint-Marc

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Des supporters de la Sampdoria lors d'un match amical face à l'OM, en 2013.
Des supporters de la Sampdoria lors d'un match amical face à l'OM, en 2013. — Giuseppe Cacace / AFP
  • Le noyau fondateur du Commando Ultra 84 a beaucoup fréquenté les stades italiens, dans les années 1980, en guise d'initiation au supportérisme.
  • Un lien particulier s'est noué avec les Ultras Tito, supporters de la Sampdoria de Gênes, ville jumelée avec Marseille.
  • Les supporters de l'OM ont donc été particulièrement touchés par l'effondrement du pont Morandi. 

Enzo, c’est un vieil ami. Et quand un vieil ami a un souci, on lui passe un coup de fil. « Je suis tout de suite allé aux nouvelles, après l'effondrement. On pense aux victimes, mais égoïstement, on s’inquiète toujours pour ses proches, c’est naturel. » L’homme qui parle, c’est Alex, qui vit à Marseille et a son rond de serviette dans le virage sud du Vélodrome. Enzo, c’est Enzo Tirotta. Une légende à Gênes. « Il connaît la moitié de la ville », reprend Alex, membre de la Vieille Garde, le noyau des fondateurs du CU 84.

Dimanche, à Nîmes, le CU 84 a déployé une banderole : « Solidarieta da Marsiglia a Genova. » Les Ultras marseillais d'aujourd'hui connaissent bien l’histoire de leurs aînés, qui traversaient les Alpes pour aller apprendre les bases du supportérisme en Italie. Marco, un des dirigeants historiques du groupe, « a déjà voyagé de l’autre côté des Alpes, et en est revenu la tête pleine des images et sons incroyables des curva italiennes », raconte un ancien.

Deux villes jumelles, des supporters «frères»

Les premiers voyages sont vers Turin (où joue Michel Platini) ou Rome. Mais en janvier 1987, Alex et ses potes prennent la route de Gênes, à 400 bornes de Marseille : « Avec les pauses "café", il fallait quand même quatre heures de bagnole… Le temps de changer de monnaie, et puis il faisait souvent moche à la frontière. » Le temps a fait son œuvre, nos interlocuteurs ne se souviennent plus de la météo de ce jour historique. Pluvieuses, selon les vidéos d'époque.

Ce 4 janvier 1987, la Sampdoria reçoit la Roma et des Marseillais squattent, pour la première fois, la Gradinata Sud. Une pelletée d'occases pour la Doria, 0-0 au final. Peu importe : l’histoire démarre. « Des Ultras qui nous ont entendus parler français nous ont présentés aux leaders des Ultras Tito, et tout est parti de là », se souvient l’un d’eux. Précisons, au passage, que le capo, Enzo Tirotta, parle parfaitement français, quand il ne tient pas le micro. Alex, de nouveau :

Il était à la tête d’un groupe très important, au moins 10.000 personnes, toute une tribune. Enzo tapait sur les tambours depuis qu’il avait 8 ou 9 ans ! Alors quand on arrive là-bas, c’est un peu un grand frère. On était impressionnés : les Ultras étaient très proches des dirigeants, le club était très familial. Je me souviens d’un dimanche soir, on mangeait tous ensemble… Et eux avaient les joueurs en direct au téléphone, pour commenter l’ambiance du jour. »

Les allers-retours se sont multipliés. Ils se chiffrent en centaines, racontent des Ultras,. Certains disent connaître « aussi bien Gênes que Marseille. » Il faut dire que les deux villes, jumelées, sont des sosies. Deux villes portuaires, populaires, dont les autoroutes dégueulent leurs voitures directement dans la mer (on schématise à peine). 

Et deux vieux copains, qui, trois décennies plus tard, n’ont pas coupé le fil : « Avec Enzo, c’est plus qu’une amitié de stade, sourit Alex. On est partis en vacances ensemble, nos gosses ont à peu près le même âge ! »

En 1993, quelques jours après la finale de Munich, la bâche du CU84 est installée pour la première fois dans la tribune des Ultras Tito, à l'occasion d'un Sampdoria-Milan AC.
En 1993, quelques jours après la finale de Munich, la bâche du CU84 est installée pour la première fois dans la tribune des Ultras Tito, à l'occasion d'un Sampdoria-Milan AC. - Archives Vieille Garde CU84

A l’automne 2017, Alex a remis ses grands enfants dans la voiture, comme avant, et a retraversé les Alpes. Le jumelage entre les Ultras Titos et le CU 84 fêtait ses 30 ans. Et une petite centaine de supporters de la nouvelle génération étaient du voyage. Ça ne s’arrêtera jamais, cette histoire. La légende raconte qu’un jour, une bande de Marseillais s’est pointé sans ticket pour un Genoa-Sampdoria. Mais les portes sont toujours ouvertes.

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