Tour de France 2019: Du rêve à la chute... Quel bilan peut-on faire du Tour des Français?

CYCLISME Après avoir animé la course, les Français terminent le Tour de France avec des places d’honneur. Frustrantes ou satisfaisantes, ces médailles en chocolat ?

Jean Saint-Marc

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Alaphilippe, Bardet et Pinot auront animé ce Tour 2019, côté Français.
Alaphilippe, Bardet et Pinot auront animé ce Tour 2019, côté Français. — SIPA et AFP, montage 20 Minutes
  • Julian Alaphilippe a porté le maillot jaune pendant 14 jours, Thibaut Pinot était le principal favori après son numéro dans les Pyrénées... Pourtant, on ne verra qu'un Français sur le podium des Champs Elysées : Romain Bardet avec le maillot à pois.
  • C'est donc un Tour de France très décevant pour les Français. Mais aussi de bonne augure pour les prochaines années ?

De notre envoyé spécial (déprimé) à Val Thorens (Savoie),

Le regard est noir, la barbichette plus sévère que jamais. Julian Alaphilippe descend le col de Val Thorens sans maillot jaune et sans un coup d’œil pour les nombreux fans qui l’acclament, le long de la route. « Bravo Julian, tu nous as fait rêver ! » « Quel Tour magnifique ! » « Tu aurais dû gagner. » Oui, mais non, en fait : après avoir craqué dans l’Iseran, vendredi, Alaph' a explosé dans la montée de Val Tho, ce samedi. Il termine cinquième, à 3’45 du maillot jaune Egan Bernal.

Après avoir passé la ligne, Alaph' s’est effondré et a dû s’asseoir par terre, un peu hagard. Puis il a lâché cette décla, dans un long soupir : « J’ai tout donné. C’était difficile de faire mieux, je m’attendais à exploser à un moment où un autre. Sans Enric Mas, j’aurais terminé à un quart d’heure, je pense. » Car pour Alaphilippe, « deuxième ou cinquantième, c’est la même chose ». Pas pour son équipe, évidemment, alors le Français s’est accroché à cet accessit anecdotique qu’est le Top 5.

« C’est quand même bien au-delà de ce que j’avais imaginé, je ne peux qu’être fier de mon Tour, je ne peux pas être frustré », assure Julian Alaphilippe. Son regard disait un peu autre chose, mais le bilan officiel est positif. Ou « chouette », même, selon ses mots.

Un abandon, un craquage et un lot de consolation

Peut-on en dire autant du Tour des Français ? Imaginez un peu : quand on s’est pointé sur le Tour, jeudi, on avait un Bleu en jaune et un autre favori pour la victoire finale. Un abandon et un craquage plus tard, plus rien. Ah si, un maillot à pois pour Romain Bardet, maillot galvaudé par le raccourcissement des étapes alpestres… Et par le fait que très peu de coureurs se sont mêlés à la lutte. Un maigre lot de consolation, donc.

Ce n’est pas grave, l’Auvergnat savoure. Il souriait de toutes ses dents, en zone mixte : « Il y a peu de coureurs qui participent au podium final sur les Champs Elysées ! C’est le maillot de l’espoir, qui prouve qu’après avoir courbé l’échine, malgré les circonstances, je n’ai jamais rien lâché ! » Romain Bardet est « fier de ne pas avoir baissé les bras », même si ses jambes ne lui ont jamais permis de se mêler à la bagarre pour la gagne – il termine 15e à près d’une demi-heure.

Cinq Français se tassent dans ce Top 15 : Alaphilippe (5e), Barguil (10e), Martin (12e), Gaudu (13e) et donc Bardet. La nation la mieux représentée, malgré le gros succès de la Colombie, qui place trois coureurs dans le Top 10. Bref, la France a, une fois de plus, fait un tir groupé et remporté le maillot marron des médailles en chocolat.

On a posé la question à l’ancien coureur Steve Chainel, consultant sur Eurosport. Et il nous a étonnés avec son positivisme, loin de la dépression dans laquelle nous nous enfonçons progressivement, au service sport de 20 Minutes :

Le bilan est très très bon, honnêtement on est tout proche d’une victoire sur un grand Tour. Gaudu est tout près du maillot blanc, Bardet meilleur grimpeur, Barguil qui revient dans le Top 10, Alaph' est un des meilleurs puncheurs au monde… Nous ne sommes pas loin du tout de jouer avec les meilleurs et de l’emporter ! Donc non, je ne sors pas du tout frustré ! Sauf pour Thibaut (Pinot), évidemment. Mais on n’est pas passé loin ! »

« C’est annonciateur de grands moments pour le cyclisme français, en tout cas, ça a été enthousiasmant à suivre pour les fans », se persuade, aussi, Romain Bardet. Pour son coéquipier Mikaël Chérel, le maillot à pois va à ravir au grimpeur auvergnat : « C’est un symbole pour les Français, c’est le maillot qui nous a fait rêver gosse avec Virenque, les envolées fantastiques en montagne. »

Et puis pour AG2R La Mondiale, c’est tout de même « une délivrance », un maillot « qui sauve notre bilan. » Pas celui des Français, qui reste, selon nous, en demi-teinte. On a tant rêvé que la chute est brutale, ce samedi.