Euro U21: Rigueur, tremplin, temps de jeu... Pourquoi les jeunes Français se font tous la malle en Allemagne?

FOOTBALL Quatre des 23 espoirs qui joueront l'Euro en Italie évoluent en Bundesliga. Et c'est pas fini

William Pereira

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Dayot Upamecano (RB Leipzig), l'un des quatre espoirs de Bundesliga
Dayot Upamecano (RB Leipzig), l'un des quatre espoirs de Bundesliga — Pixathlon/SIPA
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Il suffit de jeter un œil à la liste des 23 espoirs français sélectionnés pour l’Euro en Italie pour s’en rendre compte :  beaucoup de jeunes en post-formation évoluent déjà à l’étranger – rien de nouveau – dont quatre d’entre eux en Bundesliga. On parle d’Upamecano et Konate (Leipzig) ainsi que Niakhaté et Mateta (Mayence). Pour grossir le trait, ça représente grosso modo un sixième de la liste de Sylvain Ripoll. Pas vraiment un hasard, nous dit Julien Duez, caution germanophile  à So Foot : « Les jeunes joueurs français sont à la mode en Allemagne ».

Il se pourrait même qu’on n’en soit qu’aux prémices de la hype. Si on sort des 23 U21 engagés en Italie pour s’intéresser au mercato des néo-pros tricolores à la mi-juin, on note que Moussa Diaby vient de quitter le PSG pour Leverkusen et que le Monégasque Ronaël Pierre-Gabriel est parti rejoindre la colonie bleue blanc rouge à Mayence. De quoi s’interroger : pourquoi s’arrache-t-on soudain nos joueurs outre-Rhin, alors que la Mannaschaft ne manque a priori pas de ressources (les champions espoirs en titre, c’est eux) ? La réponse n’est peut-être pas tant dans le talent pur que dans le profil des bizuts de chez nous. Bruno Satin, agent d’Ibrahima Konaté :

« Les Allemands viennent chercher les jeunes Français parce qu’ils sont bien formés, ils ont du potentiel. Ils ont du répondant sur le plan athlétique et il en faut en Bundesliga. Ils recherchent de la vitesse, de la puissance, de la taille pour pouvoir être dans le combat physique. »

Typiquement le profil d’Upamecano ou Konaté, « des gars en avance en termes de vitesse, de densité et d’intensité », analyse Patrick Guillou, consultant Bundesliga pour beIN Sports. « Quand Leipzig​ les prend ils sont quasiment sûrs d’en faire des titulaires en puissance. » Et c’est très exactement ce qu’ils sont devenus, au contraire de Jean-Kevin Augustin dont le RBL tente aujourd’hui de se débarrasser après des débuts pourtant prometteurs. Une sombre polémique avec les Espoirs, une implication relative et le voilà sur la sellette. C’est le revers de la médaille. Mais pour Duez, les clubs allemands savent dès le début dans quoi ils mettent les pieds.

« Beaucoup de joueurs issus de banlieue, plus techniques, plus foufous, qu’on ne trouve pas dans la formation allemande sont convoités. » Satin poursuit : « Ils ne s’inquiètent pas du côté mentalité des jeunes, car ils se disent qu’ils vont les façonner. » Et puis, au pire du pire, si ça foire, les bonshommes sont tellement doués qu’on réussit sans trop de mal à leur trouver des prétendants. Augustin est bien convoité par Leicester et Everton alors qu’il a passé sa saison à jouer des bouts de matchs…

La Bundesliga, un tremplin aux yeux des jeunes

Pour trouver leur bonheur en France, les équipes allemandes ont mis en place un vaste réseau de scouting, en misant sur le long terme. Quand on observe un garçon prometteur, on le repère dans les sélections de jeunes où l’on suit sa progression, éventuellement en Youth League, aussi. Au bout de la chaîne, la Ligue 2 et la Ligue 1 forment un grand terrain de chasse pour scouts. Satin, encore : « lors des matchs à Strasbourg, tous les samedis, il y a toute la Bundesliga qui est là. » A force de prospecter, les Mayence et Leipzig « ont établi une connexion avec la France et savent de mieux en mieux où ils doivent chercher », complète Duez.

Et les intérêts des joueurs, dans tout ça ? Pourquoi les Konaté, Upamecano et compagnie se ruent vers un pays dont ils ne parlent pas la langue alors qu’ils sont à peine en âge d’être indépendants ? Le journaliste de So Foot répond en citant Mateta. « Il me disait, en tout cas de son point de vue, que la Bundesliga est devenue un championnat tremplin. Quand tu joues à Mayence, tu affrontes deux fois dans l’année le Bayern et Dortmund et donc tu es mis en lumière. »

Au-delà d’un certain opportunisme carriériste, le modèle allemand jouit d’un label de rigueur auprès de ces gaillards ambitieux et désireux de sortir de leur zone de confort pour se forcer à se secouer les puces. Guillou : « en Allemagne, il y a une intensité à l’entraînement, chaque jour au quotidien on travaille avec rigueur, c’est très professionnel. Quand tu arrives d’un club étranger, que tu fais face à une autre approche du travail, du football, soit tu t’adaptes soit tu es sur le banc, il n’y a pas le choix. La rigueur allemande, c’est un truc complètement différent. »

Ne parlez pas d’âge aux clubs allemands

Mais derrière cette logique stakhanoviste se cache un contrat gagnant-gagnant. Si tu bosses, tu es titulaire, peu importe l’âge ou la nationalité. « Ça va être plus facile d’être titulaire à Mayence ou Lepizig que dans un club équivalent en France. » Satin confirme en prenant l’exemple de son poulain : « Ibrahima Konaté est arrivé très jeune en Allemagne et dès qu’il est arrivé on lui a dit “tu es un joueur à part entière de l’équipe” sans s’occuper de la date de naissance.

Si tout le monde y trouve son compte dans cette correspondance franco-allemande en post-formation, on peut aussi se poser des questions sur le potentiel impact de cet exode sur le jeu de l’équipe de France dans les années à venir, surtout si la mode se confirme à long terme. Patrick Guillou n’y voit pas trop d’inconvénients. « L’Allemagne, c’est un jeu de possession qui a bien marché en 2014, un peu moins en 2018, une envie de toujours aller vers l’avant, et puis une rigueur dans la manière de travailler. Si tous les joueurs français qui vont en Bundesliga assimilent tout ça, que tous ces paramètres sont réunis ça ne pourra être que bénéfique pour nous en France. » On verra ça pendant l’Euro espoirs.