Roland-Garros: Talent, caractère et un peu d'Andy Roddick... Elliot Benchetrit, la révélation française de la quinzaine?

TENNIS Le jeune Français Elliot Benchetrit, 20 ans, a frappé un énorme coup ce mardi, lors du premier tour de Roland-Garros. Caractériel et talentueux, le qualifié a laminé le Britannique Cameron Norrie, 49e mondial

Nicolas Stival

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Elliot Benchetrit lors du premier tour de Roland-Garros, le 28 mai 2019.
Elliot Benchetrit lors du premier tour de Roland-Garros, le 28 mai 2019. — Ch. Archambault / AFP
  • Elliot Benchetrit n’a laissé aucune chance au Britannique Cameron Norrie, balayé en trois manches (6-3, 6-0, 6-2).
  • Le talent et le charisme du jeune Français ont enflammé le court 7.
  • Responsable du haut niveau à la FFT, Thierry Champion n’hésite pas à le comparer au bombardier américain Andy Roddick.

Un jeune qualifié français, qui élimine le 49e mondial au premier tour de Roland-Garros, après cinq sets et 4 h 30 de combat. C’est une belle histoire comme on les aime, dans les tribunes de la porte d’Auteuil ou dans son canapé. Mais ce n’est pas celle d’Elliot Benchetrit. Car le Niçois de 20 ans a proprement découpé ce mardi l’Anglais Cameron Norrie en trois petites manches (6-3, 6-0, 6-2) et seulement 1 h 24 minutes de jeu.

L’Union Jack brandi en début de match par une spectatrice d’un court 7 bondé a vite été replié, balayé comme son représentant par les « Elliot, Elliot ! » de plus en plus sonores. « J’ai renvoyé à l’extérieur une image de sérénité et – presque – de facilité, mais à l’intérieur, ce n’était pas le cas, avoue le solide Benchetrit (1,93 m, 80 kg). J’ai gardé beaucoup de concentration, d’énergie. »

Jamais vraiment mis en difficulté, le 232e à l’ATP n’a pas maltraité sa raquette, comme on l’avait vu faire lors du dernier tour de qualif, face à Enzo Couacaud. Ce gros caractère a simplement serré le poing à chaque point marqué.

« On avait l’impression que c’était Norrie le qualifié ! »

Thierry Champion n’a pas raté une miette du récital. « Il y a un truc qui m’impressionne chez ce joueur », témoigne à chaud le responsable du haut niveau à la Fédération française de tennis (FFT).

L’an dernier, il avait une wild-card et quand il avait joué Gaël [Monfils, défaite en quatre sets au premier tour], il n’avait pas du tout été pris émotionnellement par l’enjeu. Depuis, il a bien progressé. Cette année, il sort des qualifications puis il rencontre le 49e mondial et il a tout de suite très bien joué. On avait l’impression que c’était Norrie le qualifié !

Décidément en verve, Champion ose une comparaison très flatteuse pour Benchetrit, qui a définitivement opté pour le tennis à dix ans, alors qu’il se baladait aussi en ski et au basket. « Il me fait penser à Andy Roddick [vainqueur de l’US Open 2003]. Aujourd’hui, il a servi à 222 km/h. Il sert régulièrement au-dessus de 200, plutôt à 210 ou 215, et sa seconde balle est très travaillée. » Sinon ? Le dirigeant fédéral évoque le revers de l’Azuréen, son sens du jeu et « son pouvoir d’accélération, qui peut laisser l’adversaire sur place ».

Les bons conseils de Jo Tsonga

« Il m’a comparé à Roddick ? C’est gentil, réplique l’intéressé. Tarik Benhabiles, un entraîneur du CNE, m’avait aussi dit ça. Même si j’ai peut-être d’autres qualités et encore beaucoup à travailler pour arriver à ce niveau. »

Apparemment, Benchetrit a aussi beaucoup appris d’une conversation avec Jo-Wilfried Tsonga  lors du Challenger de Bordeaux, voici un mois. D’où cette célébration « à la Jo » en fin de rencontre, à base de petits sauts et de pouces qui montrent le dos. Ce qu’il tire de cette discussion ? « Un super joueur, c’est quelqu’un qui est capable de reproduire la même chose pendant cinq ou six matchs. C’est là qu’on voit la différence, entre un Djokovic, un Nadal ou un Zverev et le 20e mondial. »

« Je ne lui vois pas de limites »

Alors que le tennis français se cherche désespérément des raisons d’espérer des lendemains qui chantent, il en a peut-être trouvé une avec Benchetrit. Oui, on sait, vous avez déjà lu cette phrase 3.127 fois ces dernières années, pour un bilan assez peu concluant. Mais on a envie de croire Champion : « Je ne lui vois pas de limites. Il est différent. »

D’après le responsable fédéral, le Niçois est donc promis à un tout autre destin que la flopée de Français qui connaissent leur jour de gloire lors d’un premier tour de Roland-Garros, avant de retourner dans l’anonymat du Challenger d’Arnac-la-Poste ou du Future de Fougax-et-Barrineuf.

Le circuit secondaire, c’était pourtant jusqu’à présent l’ordinaire de Benchetrit, quart de finaliste en 2019 des Challengers de Canberra en janvier, puis de Lisbonne juste avant Roland. Au second tour, il devrait encore changer de monde, face à Dusan Lajovic (35e mondial), récent finaliste à Monte-Carlo. L’occasion de faire preuve de caractère. Ça tombe bien, remarquez…