Pourquoi Tony Parker a-t-il racheté la station de ski de Villard-de-Lans?

INVESTISSEMENT Tony Parker a officialisé lundi le rachat de la station de ski de moyenne montagne de Villard-de-Lans (Isère)

Jérémy Laugier

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Tony Parker, ici photographié en Belgique, en 2018.
Tony Parker, ici photographié en Belgique, en 2018. — M.LIBERT/20 MINUTES
  • Après l’Asvel, Lyon Asvel Féminin ou encore son académie de basket, Tony Parker a finalisé cette semaine un nouvel investissement en France, la station de ski de Villard-de-Lans (Isère).
  • 20 Minutes évoque avec plusieurs associés d’Infinity Nine Mountain trois questions majeures liées à ce rachat et à l’implication ici du célèbre basketteur NBA, qui fête ses 37 ans ce vendredi.

Etre un partenaire de Lyon Asvel Féminin peut ouvrir de drôles de portes. Informé que Tony Parker avait (encore) « des envies d’investir en France », Ruben Jolly, gérant du groupe Federaly, société accompagnant des projets immobiliers, a interpellé il y a un an la présidente déléguée de Lyon Asvel Marie-Sophie Obama: « Est-ce que Tony aime la neige ? ». Ça tombe bien, « TP », qui n’a jamais pu skier en raison de ses contrats de basketteur professionnel, revenait alors tout juste, « emballé », d’une semaine à la montagne.

Accompagné sur ce projet par l’adjoint au maire de Corrençon-en-Vercors Guillaume Ruel et par Sébastien Giraud, un restaurateur d’altitude de Villard-de-Lans, Ruben Jolly a vite suscité l’enthousiasme du quadruple champion NBA pour racheter la SEVLC, société d’équipement de Villard-de-Lans et de Corrençon-en-Vercors (Isère), qui gère notamment les remontées mécaniques du domaine. 20 Minutes tente de répondre à trois questions qu’implique l’officialisation du rachat lundi.

Tony Parker s’implique-t-il vraiment dans ce nouveau projet ?

Asvel, Lyon Asvel Féminin, Tony Parker Adéquat Academy, un rapprochement avec Jean-Michel Aulas et l’OL mais aussi une carrière NBA intense et pas encore officiellement conclue… A 37 ans ce vendredi, « TP » ne craint pas de se lancer dans de multiples aventures. Dans l’air depuis quelques semaines, le rachat de la station de ski de Villard-de-Lans est de loin son investissement le plus surprenant et il peut interpeller sur son implication, lui qui passe son temps entre les Etats-Unis et Lyon. Ruben Jolly se souvient de ses premiers échanges concrets avec Tony Parker : « Il m’a surtout demandé s’il s’agissait d’une station familiale ou huppée et il voulait connaître le prix du m2 sur la station, qui est plutôt raisonnable, entre 4.000 et 5.000 euros ».

Le meneur des Charlotte Hornets a ensuite tenu à effectuer trois visites à Villard-de-Lans l’été dernier, durant lesquelles il a notamment pu rencontrer Marie Dorin-Habert et Carole Montillet, deux icônes sportives de la station. Cette fois-ci, et contrairement à son rachat de l’Asvel, il ne s’est pas entouré que d’amis pour reprendre la propriété des frères Huillier (89 et 91 ans). « On a trouvé la perle rare avec Tony, qui a bien compris qu’il avait besoin d’habitants locaux pour l’accompagner », évoque Guillaume Ruel (30 ans). Cet ancien skieur freeride de haut niveau va quitter son poste d’adjoint à la mairie de Corrençon-en-Vercors pour devenir le directeur du développement de la station.

« Je n’ai pas été surpris de le voir séduit quasi instantanément, évoque Sébastien Giraud (44 ans), nouveau directeur général du projet en charge de la restauration et de l’exploitation. Il aime la montagne, la nature et la vie de famille comme monsieur Tout-le-monde. » Il s’est aussi immédiatement projeté sur la perspective d’organiser chaque été le stage de pré-saison de l’Asvel et de Lyon Asvel Féminin à Villard-de-Lans. Guillaume Ruel l’assure : « Il n’est pas venu avec nous que pour faire un investissement. Il sait bien qu’il y a des domaines plus rentables sinon. Il nous fait confiance à 100 % mais ça reste le patron, il a évidemment son mot à dire ».

Un pari très risqué dans le contexte de réchauffement climatique ?

Depuis l’annonce de ce rachat, estimé « à moins de 10 millions d’euros » par une source citée par l’AFP, « TP » n’échappe pas aux trolls des réseaux sociaux en raison du contexte de réchauffement climatique. Le président de l’Asvel maîtrise-t-il bien les risques d’investir dans une station de sports d’hiver, qui plus est à des altitudes entre 1.050 et 2.050 m ? « Pour nous, être en moyenne montagne ne doit pas être un inconvénient mais au contraire un vrai avantage pour fonctionner toute l’année », indique Guillaume Ruel. Le plus grand domaine du Vercors (22 remontées mécaniques, 125 km de pistes) compte ainsi une patinoire, un centre nautique, un golf et quelques événements hors hiver comme le Vélo Vert Festival (du 31 mai au 2 juin).

Le domaine skiable de Villard-de-Lans.
Le domaine skiable de Villard-de-Lans. - Antoine Licinio/Klip Production

« L’envie de diversification affichée par la nouvelle équipe ne vient pas de nulle part, confirme Benoît Derenne, directeur adjoint de l’office municipal du tourisme. Le village vit déjà toute l’année, avec des télécabines ouvertes tous les week-ends en juin et septembre et même toute la semaine en juillet et août. » Directeur général de la société Infinity Nine Mountain créée pour l'occasion en janvier par « TP », Ruben Jolly décrypte la stratégie de son nouvel associé de renom.

Tony ne mise que sur ce qui a du sens. Il sait que la station est proche de Lyon [moins de deux heures via l’autoroute] et qu’elle a pour caractéristique d’être toutes saisons. Ce n’est pas un gars qui laisse de la place au hasard. Ce choix est mûrement réfléchi. C’est son bébé, comme son académie de basket. »

Cette reprise est-elle accueillie avec méfiance ou enthousiasme ?

« On ne vient pas dans le Vercors pour faire Hollywood », lançait dès lundi Tony Parker afin de tenter de rassurer ceux qui pourraient redouter un virage « jet-set » pour cette station résolument « familiale » de Villard-de-Lans (4.300 habitants). « Le luxe est présent dans d’autres stations, nous n’avons aucun intérêt à aller là-dedans, assure Guillaume Ruel. On a envie de donner de l’oxygène, notamment aux Lyonnais qui sont très près. »

L’un des enjeux majeurs d’Infinity Nine Mountain est de concrétiser le projet immobilier « d’un millier de lits chauds », lancé bien avant le rachat par les mairies via un plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI), entre Villard-de-Lans et Corrençon-en-Vercors. « 98 % de résidences secondaires sont vides la majorité de l’année, expliquae Guillaume Ruel. Cela nous fait vraiment défaut mais on ne va pas bétonner le Vercors. » Au vu du téléphone de l'OT qui « ne s’arrête pas de sonner cette semaine », Benoît Derenne mesure déjà bien l'effet Parker à Villard-de-Lans: «Dans tout changement, il peut y avoir un peu de méfiance. Mais les locaux sont surtout fiers qu’une telle personnalité s’intéresse au potentiel de cette station et la crédibilise.» Il poursuit:

Pour nous tous, c’est du pain béni au niveau de la notoriété. L’arrivée de Tony Parker place vraiment notre commune sur la carte de France. Et même si la clientèle étrangère fait partie de nos axes de développement, il ne faut pas s'attendre à voir débarquer une horde d’Américains juste parce que Tony Parker a effectué sa carrière aux Etats-Unis. »

Conscient de l’engouement accompagnant l’annonce de lundi, Guillaume Ruel conclut : « Plein de curieux vont vouloir venir dans la station de Tony Parker ». C’est d'ailleurs sans doute là que l’ancien meneur de l’équipe de France découvrira le ski. Enfin, un jour, s'il prend le temps de se poser.