Coachs moins râleurs, jeu plus fluide... A défaut de faire l'unanimité, le VAR a-t-il assaini la Ligue 1?

FOOTBALL Petit bilan de l'utilisation du VAR à la mi-saison...

Antoine Huot, avec William Pereira

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Enlevez-nous Paint, saison 12
Enlevez-nous Paint, saison 12 — NICOLAS TUCAT / AFP

« Le VAR va amener beaucoup de calme et de tranquillité en L1, chez les arbitres, les joueurs et les entraîneurs […] Ils seront beaucoup plus souriants, calmes et sereins, car ils savent qu’il y aura une séance de rattrapage sur des décisions injustes. » Il faisait chaud, la France n’était pas encore championne du monde, et les supporters marseillais se prenaient à rêver après une belle saison qui les a menés en finale de la Ligue Europa. Rudi Garcia, alors interrogé par La Provence, avait le sourire en prévision d’une saison où le VAR allait mettre fin aux injustices arbitrales et lui permettre, peut-être, d’accrocher le podium.

Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. Il fait très froid, la France est championne du monde et les supporters marseillais sont prêts à partir en croisade contre joueurs, dirigeants et entraîneur. Et « Roudi » est chiffon, il n’en peut plus de cette assistance vidéo à l’arbitrage, qui pourtant a ses vertus. A tel point qu’on en vient à se demander si son arrivée n’a pas assaini une Ligue 1 trop souvent hachée par les faits de jeux.

  • Sur la touche, ça gueule toujours, mais un peu moins

« Hooooooo », « Hééééé M. l’arbitre », « C’est pas possible ». Depuis la nuit des temps, les 90 minutes d’un match ressemblent à une longue liste de doléances de « gilets jaunes ». Sauf que là, l’arrivée du CRS VAR a un peu contribué à apaiser les tensions, comme l’explique à 20 Minutes Margot Dumont, habituée des bords de pelouse pour beIN Sports, quelle était l’ambiance lors d’une rencontre de L1 depuis que le VAR est là :

Dans l’ensemble ça a quand même apaisé les choses après la prise de décision, quand le VAR est intervenu et qu’on ne peut plus rien faire. Il y a une acceptation, en tout cas sur le terrain. Mais avant que l’action soit passée en revue, il y a beaucoup de réclamations, de demandes. Les entraîneurs réclament très souvent le VAR, ils se tournent beaucoup vers le quatrième arbitre pour la réclamer sur des actions litigieuses. Je parle d’actions comme le hors-jeu ou dans la surface. »

« Les réactions des coachs sont humaines, et les arbitres ont toujours été mis sous pression », assure de son côté l’ancien arbitre international Joël Quiniou.

  • Sur le terrain, le jeu est un peu plus fluide

« Les assistants vont beaucoup moins lever leur drapeau, car s’il y a but hors-jeu, il sera logiquement annulé ensuite (…), analysait Rudi Garcia. Les équipes offensives seront logiquement favorisées, et on aura un football beaucoup plus juste. » Plus juste, on ne sait pas, mais il est clair que les arbitres assistants, s’ils ont un doute, vont avoir tendance à laisser leur petit drapeau baissé, conformément aux consignes qui leur ont été données par les instances du foot national.

« Le VAR apporte plus de sérénité pour les arbitres, du coup, ils savent qu’il y a un moyen de revenir sur une décision qu’ils ont mal jugée, indique Joël Quiniou. Plutôt que de lever le drapeau en ayant des interrogations, ils vont laisser le jeu se dérouler. »

  • Le comportement des joueurs change

« Il ne faut pas s’arrêter quand on pense qu’on est hors-jeu, regarder l’arbitre assistant et perdre le ballon parce que le gardien a bénéficié de cette demi-seconde d’inattention, indiquait Rudi Garcia en début de saison, dans des propos relayés par L’Equipe. Il faut être prudent dans sa surface de réparation. » Au-delà du jeu à proprement dit, les joueurs sont devenus plus calmes depuis l’instauration du VAR. « Ils gardent leur self control, plus qu’avant, en tout cas, note Joël Quiniou. Même s’ils sont aussi dans l’interrogation, il y a moins de contestation, moins d’agressivité, de gestes déplacés envers l’arbitre. Je n’ai pas les chiffres, mais il me semble qu’il n’y a pas eu, ou peu, de joueurs expulsés pour comportement antisportif vis-à-vis de l’arbitre. »

Beaucoup auraient en revanche pris plus de biscottes si le corps arbitral était aussi intransigeant que ne le prédisait l’été dernier le DTN des arbitres, Pascal Garribian, notamment sur le cas des joueurs réclamant le VAR. « Il n’y a pas un match où un joueur ne la demande pas ni ne fait pas le fameux geste rectangulaire », s’agace Margot Dumont.

  • Après les matchs, le cirque médiatique

Il ne se passe pas une journée de L1 sans qu’entraîneurs ou joueurs ne critiquent l’utilisation du VAR. Lors de la 20e journée, le week-end dernier, Bruno Genesio (Lyon), Eric Bedouet (Bordeaux), Vahid Halilhodzic (Nantes), Alexis Blin (Amiens) y sont allés de leurs critiques après des actions jugées par le VAR. Et si tout part des acteurs, cela arrive ensuite chez les suiveurs (journalistes, polémistes, spectateurs…). Et on a l’impression qu’on n’a jamais autant parlé arbitrage.

« On continue à parler arbitrage parce qu’on n’est pas habitué à cette nouvelle technique, cette nouvelle philosophie, juge l’ancien arbitre Joël Quiniou. Avant, on se limitait de commenter les décisions arbitrales. Maintenant, on rajoute à ça les choix de VAR ou non. De toute façon, tout ce qui peut faire polémique, ça fait parler. » Et écrire.