Le sacre d’une grande équipe

A Vienne, Antoine Maes

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Il y a 24 ans, Michel Platini privait l'Espagne d'un trophée en remportant l'Euro-1984 avec la France aux dépens de la "Roja" (2-0). Clin d'oeil de l'histoire, c'est lui, le président de l'UEFA, qui a remis la Coupe aux Espagnols.
Il y a 24 ans, Michel Platini privait l'Espagne d'un trophée en remportant l'Euro-1984 avec la France aux dépens de la "Roja" (2-0). Clin d'oeil de l'histoire, c'est lui, le président de l'UEFA, qui a remis la Coupe aux Espagnols. — Oliver Lang AFP

Les papelitos sont à peine retombés, dimanche soir, sur la pelouse du Ernst-Happel Stadion. L’Espagne est championne d’Europe, après sa victoire sur l’Allemagne (1-0) (le compte rendu est ici). Et pour une fois, la raison du plus fort était aussi celle du plus beau. Une raison parmi d’autres de faire de la Roja un superbe vainqueur.


Parce que c’est un sans-faute

Elles sont rares, les équipes titrées qui sortent d’une compétition sans aucune défaite. C’est bien le cas de l’Espagne. Même les réservistes y sont allés de leur succès, en battant la Grèce (2-1), lors de la phase de poule. Les rabat-joie feront remarquer que les ibériques ont eu besoin des tirs au but pour écarter l’Italie en quart de finale. Ni les Grecs en 2004, ni la Squadra Azzura il y a deux ans en Allemagne n’avaient réussi un tel parcours. «J’avais dit au début que si on arrivait à manager le groupe, on irait bout. Les joueurs sont si bons», explique Luis Aragones.


Parce que c’est le plus audacieux

Vous ne trouverez pas grand monde pour vous contredire. Les Espagnols sont sacrés avec l’un des jeux les plus à risques du tournoi. Le fameux Tika taka, mélange de passes courtes, de mobilité et de qualité technique. En fait, on a mis longtemps à y croire. Parce que cette tactique a le don de laisser les défenseurs se débrouiller, et qu’elle a une sacré tendance à se montrer inefficace. En gros, un jeu des années 70. Aragones a réussi à en faire une belle machine de guerre. «Nous sommes contents d’avoir gagné. Mais aussi de la manière. Que ce soit le meilleur qui gagne, c’est bon pour le football», ose même Fernando Torres à l’issue de la finale.


Parce que c’est frais

Un peu d’air, ça fait du bien. Les Allemands avaient déjà trois Euros au-dessus de la cheminée. Les Espagnols n’en avaient qu’un seul, avec de la poussière vieille de 1964 dessus. Une telle attente, sur la péninsule, a fini par virer à la malédiction. La Roja était condamnée au titre honorifique (horrifique?) de vainqueur magnifique. Cette période fait maintenant partie du passé. «C’est un moment important pour le football espagnol, parce qu’on a montré qu’on savait aussi gagner», se satisfait Luis Aragones, qui était sur le banc comme joueur lors du dernier trophée espagnol.


Parce que c’est une promesse

Maintenant qu’ils ont vaincu le signe indien, les Espagnols ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. La Coupe du monde, c’est dans deux ans, et aucun joueur de l’effectif ne quittera la Seleccion dans l’intervalle. Casillas, le capitaine, n’a que 24 ans (son portrait est ici). En défense, Puyol aura 32 ans en Afrique du Sud. Au milieu, Xavi est dans sa 28e année. Et en attaque, Fernando Torres a vu le jour en 1984. «Ce qu’on vit, c’est un rêve. Mais on reste ambitieux pour la Coupe du monde», confirme Fernando Torres, le héros du soir.