La très pieuse Espagne s’est trouvé un nouveau sujet de dévotion. En stoppant deux tirs au but italiens en quart de finale, puis en sortant l’arrêt du tournoi sur une frappe de Pavlyuchenko en demi-finale, Iker Casillas est devenu «San Iker». Un comble dans une nation moquée pour ses gardiens, d’Arconada à Zubizarreta.
Prophète
C’est que le saint en question a un côté prophète. Avant d’affronter
Le culte est parti de là. Iker l’avait annoncé, Iker l’a fait. Adossé aux supporteurs ibères du Ernst-Happel Stadion, le gardien du Real Madrid a stoppé deux envois transalpins. Et du virage espagnol est monté un puissant «Iiiiker, Iiiiker…». «Je savais qu’il en arrêterait au moins un. Il a été très bien préparé, et avec le talent qu’il a… » a pu sourire Luis Aragones. Son latéral gauche, Capdevila, l’a carrément fait basculer dans le mystique, en l’appelant «Dieu».
Culte
Le culte le gêne, pourtant. Etrange, pour un joueur du Real Madrid, habitué à partager son vestiaire avec des stars. «Je n’aime pas qu’on me couvre d’éloges. Je ne suis pas San Iker, ni saint, ni quoi que ce soit. Et je ne suis pas non plus un Galactique, comme on nous a appelés au Real. Je suis de Mostoles, dans la périphérie de Madrid, c’est tout» coupe l’idole.
Il sait surtout qu’on pourra le brûler aussi vite qu’on l’a vu grand. «Je ne suis pas le héros aujourd’hui et le coupable demain si ça se passe mal. Il faut rester mesuré. On gagne ensemble, on perd ensemble» souffle le gardien aux 81 sélections.
«Gagner», c’est tout ce qu’il reste à faire pour que l’Espagne ramène enfin un trophée, 44 ans après une victoire dans un Euro à quatre équipes. Et Casillas sera une nouvelle fois au centre des débats. «Je n’aime pas être mis sur le devant de la scène. «J’ai la chance de pouvoir compter sur de grands joueurs à mes côtés. C’est sans doute le meilleur groupe que j’ai connu en sélection». Et si c’est le meilleur, c’est sans doute parce qu’il a dans ses buts un Casillas au sommet de son art.