Etoile Rouge-PSG: Au niveau digestion des accusations de match truqué, on en est où chez les Serbes?

FOOTBALL Un dirigeant inconnu du club serbe est soupçonné d’avoir parié sur la large défaite de son équipe au match aller au Parc des Princes (6-1)…

Julien Laloye

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Des soupçons de match truqué pèse sur PSG-Etoile Rouge de Belgrade, en Ligue des champions, le 3 octobre 2018.
Des soupçons de match truqué pèse sur PSG-Etoile Rouge de Belgrade, en Ligue des champions, le 3 octobre 2018. — JOHN SPENCER/SIPA

De notre envoyé spécial à Belgrade,

Leçon de courage d’un confrère de la grande presse du soir mardi dans la salle de presse de l’Etoile Rouge. Notre héros, seul journaliste de la glorieuse République française présent à la conf des Serbes, ose la question qui fâche. En substance, quelque chose du genre « Et sinon, cette histoire de match truqué, vous l’avez pris comment ? », référence aux accusations portées à l’encontre du club serbe après un match aller caviardé. Soupirs de réprobation outrés de l’assemblée et réponse sèche comme un été californien de la mannequin sur l’estrade, également attachée de presse de l’Etoile Rouge deux soirs par semaine pour mettre du beurre dans le goulasch. « L’entraîneur ne répondra à aucune question sur ce thème. »

Micro coupé pour l’entraîneur

On vous épargne la suite, mais sachez qu’il y a une suite, laquelle se termine par un article de la presse locale dénonçant le manque d’un respect d’un journaliste français pour la Serbie, rien de moins. Et on vous épargne les refus à peine déguisés de certains confrères quand on leur demande quelques infos sur la compo du leader du championnat local le lendemain, dans un échange de bons procédés habituel dans le milieu. Tout ça pour dire quoi ? Que le patriotisme serbe n’est pas à prendre à la légère, et qu’il a été largement froissé dans son honneur par l’UEFA et par la justice française.

De là à imaginer des envies de revanche décuplées dans les rangs serbes, il n’y a qu’un tout petit pas de rien du tout, même si Vladan Mijolevic, l’entraîneur de l’Etoile Rouge, n’a pas souhaité s’attarder sur ce critère. « Je n’ai pas aimé le match à Paris, mais je pense que nous serons bien meilleurs devant nos fans ». « A l’aller, j’étais à l’hôtel avec eux. Je peux vous dire qu’après le match ils étaient vraiment dégoûtés, prévient Damien Le Tallec, passé par Belgrade. Je ne pense pas qu’ils s’attendaient à en prendre six. Mais tout est possible au Marakana où l’ambiance lors des gros matchs de coupe d’Europe est incroyable. Si les Parisiens ne sont pas dedans d’entrée, ça peut vite être compliqué. »

Les incidents du match aller encore dans les têtes des supporters

D’autant que les fans de l’Etoile Rouge, déjà bouillants de nature, sont aussi particulièrement motivés par la venue du PSG. On pensait naïvement que ce sont eux qui auraient le plus du mal à digérer ces soupçons de match truqué, mais une fois surmontée la tendance générale à la paranoïa et évacué le point godwin à l’échelle serbe (« Vous savez que les Etats-Unis ont volé le Kosovo à la Serbie ? »), on en revient aux rivalités de toujours entre les ultras. Ceux de l’Etoile Rouge en ont gros sur la patate après ce qu’ils assimilent à une embuscade tendue par certains parisiens à l’issue du match au Parc des Princes.

Drasko, membre des Delije du virage nord : « Les supporters parisiens se sentiront en sécurité avec la police, mais on n’a pas oublié ce qu’ils nous ont fait au match aller, quand ils nous ont attaqué par-derrière. Mais ensuite, ils ont reçu ce qu’ils méritaient et ils se sont transformés en petits chats ». Menace voilée qui prend tout son sens quand on débarque devant le stade, où trône juste à côté de la boutique officielle du club un petit magasin réservé aux ultras. A l’intérieur, de quoi survivre à un samedi sur les Champs sans tressaillir du sourcil.

A saisir avant le match de mardi.
A saisir avant le match de mardi. - J.Lau./20 minutes

Si le contexte global invite à la prudence aussi bien dans les tribunes que sur le terrain, où il faudra assurer au moins le nul face à une équipe qui n’a perdu qu’un seul match à la maison depuis deux ans (1-0 contre Arsenal), d’autres fans serbes ne promettent rien de plus que l’ambiance de feu habituelle des très grands soirs. Ultra-dominateur dans son championnat, l’Etoile Rouge n’attire en effet pas beaucoup les foules en dehors des grandes affiches européennes et des derbys contre le Partizan. Huit mille personnes pour un match lambda l’été dernier aux dires d’un collègue en vacances dans la région, contre 55.000 mercredi soir.

« Les Parisiens peuvent s’attendre à être sifflés tout le match, surtout Neymar, nous explique Milos. Personne ici n’a oublié ses plongeons ridicules lors de la Coupe du monde ». Et le garçon de nous apprendre l’existence d’un tee-shirt spécialement dédicacé au Brésilien popularisé par une page instagram très suivie. On ne part pas sur du Baudelaire (« Qu’est-ce que Neymar est capable de faire ? » Réponse « de sucer… » ce que vous savez), mais si ça ne va plus loin que de plaisanterie bien grasse, ce sera un moindre mal.

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Za 5 dana nam dolazi gospon nejmar !!! NARUCI NA WWW.ROYALMAJICE.SHOP LIMK IMA NA STORIJIMA.

Une publication partagée par Neguj mo srbski jezik (@negujmosrbski) le 6 Déc. 2018 à 6 :56 PST

 

Inquiète de devoir gérer le retour de bâton éventuel des ultras de l’Etoile Rouge, l’ambassade de France a d’ailleurs appelé les supporters parisiens à la jouer profil bas, recommandant « la plus grande vigilance et la plus grande discrétion aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du stade ». Des consignes dont il est difficile de savoir si elles seront suivies par les 500 supporters parisiens qui ont prévu de se déplacer. Lundi, certains s’abstenaient toutefois de mentionner avec trop d’emphase leur amour du PSG, même si c’était surtout pour éviter de se faire arnaquer ouvertement par les chauffeurs de taxi. Coup de pot, le nôtre roulait pour le Partizan.