Football Leaks: Quand N'Golo Kanté refuse d'être payé via un paradis fiscal

FOOTBALL Le milieu de terrain des Bleus a demandé à payer normalement ses impots, malgré un montage financier offshore proposé par Chelsea...

B.V.

— 

Ngolo Kanté lors de Chelsea-Cardiff City, le 15 septembre 2018.
Ngolo Kanté lors de Chelsea-Cardiff City, le 15 septembre 2018. — Ian Tuttle/BPI/REX/Shutterstock/SIPA

« Il est petit, il est gentil, et il paye ses impots bien comme il faut. » On pourrait réécrire quelques lignes de la célèbre chanson en l’honneur du milieu de terrain français champion du monde N’Golo Kanté après les dernières révélations de Mediapart sur les Football Leaks. Selon de nombreux documents, l’ancien joueur de Caen a refusé qu’une partie de son salaire à Chelsea soit prise en charge via un montage financier permettant à la fois à Chelsea et au joueur d’éviter de payer des impôts.

On essaie de vous résumer ça simplement (si vous voulez la version longue, on vous la conseille vraiment chez nos confrères de Mediapart) : lors de son transfert de Leicester à Chelsea à l’été 2016, les dirigeants des Blues proposent à Kanté qu’une partie des 5 millions d’euros de son salaire lui soit « versée sous forme de droits à l’image, dont la moitié à une société-écran immatriculée à Jersey, célèbre paradis fiscal de l’archipel des îles anglo-normandes. »

« Un salaire normal »

Mediapart explique que Kanté crée alors ladite société offshore, mais tarde finalement à signer le contrat, qui ferait économiser près d’un million d’euro annuel au club et au joueur. Il tarde tellement même que Chelsea commence à s’inquiéter. Nous sommes d’ailleurs en mai 2017, soit neuf mois après son transfert, quand Kanté décidé d’annoncer à ses dirigeants qu’il refuse le montage. « Après avoir lu de nombreux articles de presse sur les droits à l’image et les enquêtes fiscales lancées contre les joueurs et les clubs, N’Golo est de plus en plus préoccupé par le fait que le montage qu’on lui a proposé pourrait être remis en cause par le fisc. […] N’Golo a décidé […] qu’il ne voulait prendre aucun risque », écrit-il au club, selon les documents de Football Leaks.

Malgré l’insistance de Chelsea, Kanté ne lâche rien, a tel point d’ailleurs qu’il se prive à ce moment-là de près de 2 millions d’euros liés à ses droits à l’image, gelés tant que le contrat n’est pas signé. « N’Golo est inflexible : il veut simplement un salaire normal », répond son conseiller au club. Finalement, quelques temps plus tard, un « compromis est trouvé », écrit Mediapart. « Kanté accepte de toucher 20 % de son salaire en droits à l’image (deux fois moins taxés que les salaires), mais via sa société britannique NK Sports, qui paiera l’impôt sur les sociétés au Royaume-Uni », et donc plus via la société offshore. Société qui existe toujours, sans que Kanté ou son entourage n’explique pourquoi. Et les impots supplémentaires à payer ? « La facture sera partagée entre le club et le joueur » conclut Mediapart.

Fin de l’histoire en février 2018, soit quasiment 18 mois après le transfert de l’international français : le contrat est signé et le prime de droit à l’image de Kanté est enfin dégelée.