Monaco: «Son point fort est son passé de grand joueur», Henry vu par son ancien partenaire Jens Lehmann

INTERVIEW L’ancien gardien allemand a joué avec Henry à Arsenal de 2003 à 2008…

Propos recueillis par Nicolas Camus

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Jens Lehmann lors d'un sommet de la Fondation Laureus à Paris, le 18 octobre 2018.
Jens Lehmann lors d'un sommet de la Fondation Laureus à Paris, le 18 octobre 2018. — Getty Image - Laureus

Il a été le coéquipier de Thierry Henry à Arsenal pendant cinq saisons, de 2003 à 2008. Jens Lehmann, de passage à Paris à l’occasion d’un sommet de la Fondation Laureus, dont il est l’un des ambassadeurs, a pris un peu de temps mercredi pour évoquer avec nous l’arrivée de son ancien capitaine sur le banc de Monaco. Lui aussi a passé ses diplômes d’entraîneur au pays de Galles. Il raconte l’influence de cette école galloise sur la vision du métier de « Titi », qu’il espère voir réussir à mettre en pratique ses connaissances et sa grande passion du football.

Pensez-vous que Thierry Henry va réussir en tant qu’entraîneur principal ?

Je ne sais pas s’il va réussir, mais je l’espère. En football, ça se passe bien quand quelqu’un arrive et qu’il sait ce qu’il veut apporter, ce qu’il veut faire comprendre à ses joueurs. Et je pense que Thierry est bon dans ce domaine. Il sait comment il veut faire progresser des joueurs, une équipe. Comment leur apprendre quelque chose.

Que peut-il amener de spécial, à votre avis ?

Le point fort de Thierry est son passé de grand joueur. La clé pour un entraîneur, c’est l’apprentissage du joueur. Tu dois te demander quel message tu veux faire passer, qu’est-ce que tu as compris du jeu et que tu veux leur transmettre. Quand tu as joué au haut niveau, que tu as passé des diplômes, tu as accumulé beaucoup de connaissances. J’espère qu’il va réussir à les diffuser à son groupe.

Pensez-vous qu’il a les qualités pour faire ça ?

Bien sûr. Thierry a les capacités pour enseigner le football. Mais ça dépendra aussi de son aptitude à maîtriser la structure du jeu. C’est la base, savoir comment fonctionne le jeu. Les joueurs ne comprennent pas forcément tout ce que cela implique. Si tu les amènes à appréhender tout ça, tu seras au plus haut niveau du jeu.

Comme Henry, vous avez effectué votre formation au pays de Galles, avec Osian Roberts (l’adjoint de la sélection nationale). Qu’y apprend-on de si particulier ?

D’abord, Osian est un très grand professeur. Il n’explique pas seulement comment ça marche, il vous demande des choses, il vous fait participer. Je me rappelle, mon groupe a travaillé pendant deux ans sur la campagne de la sélection galloise pour se qualifier pour l’Euro 2016. C’est du travail pratique. Il demandait à des gars comme Marcel Desailly, Dietmar Hamann ou moi-même, il voulait connaître notre expérience de footballeur de haut niveau. Il nous demandait des choses plus que nous lui en demandions. « Comment vous aviez fait vous cette fois-là avec votre sélection pour vous qualifier ? Qu’avait mis en place le sélectionneur ? Je veux des détails, encore des détails ». C’était ça, nos cours. Il apporte une grande attention aux détails. Si vous voulez que votre équipe soit spéciale, joue à un très haut niveau, vous devez être le meilleur sur les détails. Tout ça nous a fabriqués, et Thierry aussi, en tant que coach.

Patrick Vieira racontait que c’était très concret…

Oui, et pour moi, c’est une bonne approche parce qu’en tant qu’ancien footballeur, vous n’êtes pas habitués à être au bord du terrain et à apprendre aux autres. Il tenait à ce qu’on le fasse, pas dans sa classe mais en vrai. J’ai commencé avec les U19 d’Arsenal. Thierry, comme Patrick ou Sol [Campbell], a fait la même chose. Vous apprenez en pratiquant. En Allemagne, vous êtes en classe les trois quarts de l’année. Ils ne vous autorisent pas à vous occuper d’une équipe en même temps. C’est donc très théorique. C’est différent. Personnellement, j’étais content de pouvoir aller sur le terrain. On y apprend beaucoup, et Thierry c’est son premier poste mais il a déjà pas mal d’expérience.

Vous pensiez, quand vous jouiez avec lui, qu’il serait entraîneur un jour ?

[Il hésite] Pas vraiment. Il adore le football, mais parfois c’est difficile pour un attaquant. Quand vous jouez devant, vous ne voyez pas tout le terrain. Vous êtes davantage concentré sur vous-même, sur le petit espace où vous devez être le meilleur. Vous ne regardez pas forcément votre défense, votre milieu du terrain, la structure du jeu. Mais il connaît beaucoup de choses sur le football. C’est un vrai passionné. Il prend ça très au sérieux. C’est une bonne base pour réussir.

A cette époque, Arsenal ne perdait pas beaucoup en Premier League.
A cette époque, Arsenal ne perdait pas beaucoup en Premier League. - FERNANDO BUSTAMANTE/AP/SIPA

Il est connu pour être exigeant avec lui-même. Est-ce que ce sera compliqué pour ses joueurs de l’être autant ?

Je pense qu’il le sera tout autant avec ses joueurs. Il a ça en lui. Après, est-ce que ses joueurs vont suivre ? Ça dépendra d’eux. S’ils font les choses bien, déjà, ce sera moins difficile pour eux.

Quel sera son style de jeu, d’après vous ?

On verra. Tout le monde veut voir son équipe bien jouer au foot et marquer des buts. Mais parfois, ce n’est pas possible. Il faut s’adapter aussi aux joueurs qu’on a, à leurs qualités. C’est ça le métier.

Va-t-on retrouver un peu d’Arsenal dans son équipe ?

Bien sûr, mais pas que. Tout ce que vous avez fait dans votre carrière conditionne la manière dont vous avancez ensuite. Monaco, la Juventus, Arsenal, Barcelone, tout ce qu’il a vécu dans ses clubs va compter. On connaît en général beaucoup d’entraîneurs dans une carrière. Quand on devient coach, on y met un peu de tout ça, même inconsciemment. Certains coachs vont être une inspiration, mais d’autres vous auront aussi appris, malgré eux, ce qu’il ne faut pas faire. Il a la chance d’avoir joué dans différents pays, il va devoir restituer ce qu’il en a tiré de meilleur.

Le fait qu’il commence sa carrière en France a pu surprendre ici, car il semblait davantage tourné vers l’Angleterre depuis de nombreuses années. On le voyait se lancer là-bas…

Oui, mais c’est une bonne chose. Je trouve que c’est plus simple de commencer dans le pays dont c’est votre langue maternelle. C’est super que Monaco lui donne sa chance, et à un très haut niveau. Parfois quand on débute, on ne veut vous confier que des équipes de deuxième ou troisième division. Un gars comme Thierry ne peut pas commencer en troisième division. En deuxième, à la rigueur… Mais ce serait étrange. Je suis très heureux pour lui, en tout cas il ne pouvait espérer mieux. C’est là où il a commencé à jouer, il connaît l’environnement.