Canoë: Champions du monde, Klauss et Péché à la retraite forcée par l'arrêt de leur sport, le biplace
CANOE-KAYAK•Commencée 20 ans plus tôt dans les Vosges, l’aventure de Gauthier Klauss et Matthieu Péché, champions du monde en titre, vient officiellement de prendre fin après l’arrêt du canoë biplace au niveau mondial…Bruno Poussard
L'essentiel
- Gauthier Klauss et Matthieu Péché, champions du monde et médaillés aux JO en canoë biplace, viennent de mettre officiellement un terme à leur carrière.
- Une décision forcée au goût amer en plein «âge d’or», après la suppression de leur discipline du planning des JO et des rendez-vous internationaux.
La fin de leur aventure commencée 20 ans avant, Gauthier Klauss et Matthieu Péché l’ont officialisée dans une vidéo - à mi-chemin entre clins d’œil et nostalgie - publiée le 23 septembre. Mais la retraite des deux Vosgiens était actée, face à la suppression de leur discipline, le canoë biplace (dit C2 dans le milieu), des Jeux olympiques puis des Mondiaux et des Coupes du monde.
Après leur titre mondial (en 2017) et leur médaille de bronze aux JO (en 2016), les céistes français ont même coupé leur canoë en deux au bord du bassin à l’issue des championnats d’Europe (en juin). Un lourd symbole. « On avait tout prévu, précise Matthieu Péché. Des potes ont ramené la scie circulaire à Prague en voiture. » Mais comment en sont-ils arrivés là ?
« On nous a coupé les ailes », regrette Matthieu Péché
Au nom de la parité (pour céder la place à une épreuve mixte avec des sportifs sélectionnés en canoë individuel), le CIO a d’abord supprimé mi-2017 le C2 masculin des Jeux de Tokyo. A peine le temps de l’accepter, les spécialistes tricolores ont été « achevés » par la décision similaire de la Fédération internationale de canoë-kayak (ICF) début 2018. Alors qu’à 30 ans, ils avaient convaincu leurs sponsors à repartir pour une saison et préparé leurs corps pendant l’hiver.
Un « scandale » pour Gauthier Klauss. Un « arrangement entre politiciens » pour Matthieu Péché. Les Vosgiens cherchent encore à comprendre. Le second embraye : « On nous a coupé les ailes et la Fédération française (FFCK) ne nous a pas aidés. Elle dit que c’est la faute à l’ICF et les amateurs de l’ICF disent que c’est celle des fédérations nationales… »
La retraite n’est jamais facile pour un sportif mais lorsqu’elle est forcée, le sentiment est décuplé. « Je ne pense pas que l’on peut se faire à la mort d’un sport alors qu’il a permis à la famille du canoë-kayak d’exister, peste Gauthier Klauss, pratiquant depuis 23 ans. A la base, le biplace était quand même un moyen de pêcher et chasser il y a plusieurs siècles. »
Un mouvement de soutien au C2 lancé en vain
Les céistes ont tenté de lutter. Sur le groupe Facebook de la famille internationale du C2, ils se sont organisés. Le mouvement #IloveC2 a attiré nombre de soutiens. En France, une pétition a recueilli 13.400 signatures. Des vidéos du duo ont été largement relayées. Rien n’y a fait. La communauté s’est petit à petit résignée. « On a peut-être été trop gentils », s’attriste Gauthier Klauss.
Outre leur impuissance, les Français qui se présentent comme des « purs produits de la FFCK » regrettent « l’abandon » de leurs instances, « du jour au lendemain ». « Certains voulaient même qu’on arrête plus tôt encore, s’agace Matthieu Péché. Mais on n’en a pas fini, il y a eu des négligences avec notre dossier et on nous a mis des bâtons dans les roues. »
Une reconversion en pleine maturation après la frustration
Forcés de poser leurs pagaies en plein « âge d’or » à leurs yeux, les désormais ex-céistes doivent tourner la page pour rebondir malgré la frustration. Impossible pour eux de repartir de zéro en canoë individuel - « un autre sport » - à 30 ans. En contrat de sportif de haut-niveau avec la SNCF passant 30 % au bureau à Paris jusqu’ici, ils sont censés prendre un poste à 100 % dès novembre.
En attendant, ils ont lancé une marque de vêtements, organisé leur jubilé à Epinal ou commenté sur La Chaîne L'Equipe. Et chacun a d’autres pistes en tête. En pleine réflexion sur leur avenir, ceux qui resteront les derniers champions du monde de l’histoire du C2 ne comptent pas couper leurs liens avec le sport. Pour le plaisir, ils ont un tas de défis en tête. Après un triathlon, l’un rêve du Mont-Blanc, l’autre d’un Ironman.


















