Coupe du monde 2018: Les joueurs russes courent deux fois plus que les autres, mais faut-il vraiment penser au pire ?

FOOTBALL Les chiffres montrent que les hommees de Cherchesov ont couru 118 et 115 kms lors des deux premiers matchs, plus que toutes les autres équipes de la compétition…

Julien Laloye

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Les joueurs russes à l'entraînement.
Les joueurs russes à l'entraînement. — Alexander NEMENOV / AFP

De notre envoyé spécial à Moscou,

L’enthousiasme était là, tout proche, sincère et désintéressé. Quelle belle équipe que la Russie. Quel joueur d’avenir ce Golovin. Et quel type inénarrable ce Cherchesov, souriant comme la porte d’entrée des Baumettes à part sur les pubs rolex visibles dans les centres commerciaux du centre-ville de Moscou. Et puis patatra, un chiffre scélérat est venu jeter un voile sombre sur nos envies de propagande soviétique à base de RO-SS-IA aboyés à la face du monde libre. 118 bornes. Les joueurs russes ont couru 118 bornes lors du match d’ouverture, et encore 115 pendant le deuxième. Les deux plus grosses performances jusque-là enregistrées pendant la compétition, assez largement devant les 103 kilomètres effectués par les Bleus face à l’Australie, à titre de comparaison.

Quoi d’autre ? Les trois joueurs qui ont accompli le plus de courses depuis le début du Mondial sont aussi des membres de la glorieuse Sbornaya. Golovin, Samedov, et Glazinsky. l n’en fallait pas plus pour que notre instinct de chien renifleur se mette en action. Mais est-ce qu’y aurait-y pas une sale histoire de dopage organisé par le méchant Kremlin derrière tout ça ???

Un graphique qui parle de lui-même.
Un graphique qui parle de lui-même. - Capture d'écran/The Telegraph

Nos lecteurs les plus perspicaces auront remarqué que l’on s’était déjà posé la question avant le début de la sauterie. On avait lancé sur le sujet un limier encore plus fin que nous, le journaliste allemand Hajo Seppelt, celui-là même qui avait révélé le scandale du programme d’Etat téléguidé depuis le ministère des Sport pour faire avancer les athlètes russes de Sotchi comme des balles. Voilà ce qu’il nous avait répondu, texto.

« Est-ce que leurs joueurs sont dopés ? C’est la question que tout le monde me pose, mais je ne peux pas y répondre J’ai du mal à imaginer que la Russie prenne un tel risque après tout ce qui s’est passé ».

Nos collègues britanniques, qui n’en ratent pas une pour démonter la Russie, ont évidemment envoyé la grosse artillerie. Premier de cordée sur ce coup-là, le Telegraph a directement appelé Travis Tygart, le John Wayne de l’anti-dopage, directeur de l’agence américaine et tombeur de Lance Armstrong. Le bonhomme met d’abord les formes en disant qu’il est trop simple de faire le raccourci entre performance physique hors du commun et dopage avéré. La Russie joue le Mondial à la maison, elle s’est fait lyncher de tous les côtés en préparation, et elle a plus de raisons que les autres de se faire mal aux jambes. Ceci étant dit, les observations de Tygart sont intéressantes.

« Je pense que les athlètes méritent un système anti-dopage qui les protège et qui permette de les croire quand ils disent qu’ils ne sont pas dopés. Malheureusement, il y a des pays comme la Russie où l’expérience a prouvé que ce n’est pas le cas. C’est injuste pour les joueurs russes de faire l’objet d’accusation de dopage, mais concernant la Russie, la Fifa doit aller plus loin que pour d’autres pays afin de prouver au public que les joueurs sont propres ».

La Fifa, justement, a répondu aux enquêteurs du Telegraph qu’elle n’allait sûrement pas révéler comment les sélections étaient contrôlées pendant la compétition. Rappelons que l’institution basée en Suisse avait clos juste avant la Coupe du monde l’enquête concernant les échantillons de footballeurs russes douteux identifiés par le rapport Mc Laren, indiquant «n’avoir trouvé aucun élément ne permettant d’établir une violation des règles antidopage par les joueurs russes participant à la Coupe du monde 2018 ».

Les oreilles de la Sbornaya sifflent, donc, mais ça n’émeut pas particulièrement l’équipe russe, recluse dans la tranquillité de la forêt du Clairefontaine local. La fédération a tout de même pris le soin d’envoyer au font Eduard Bezuglov, le délicieux médecin de la sélection, toujours prêt à faire le spectacle.

« L’équipe russe a toujours été célèbre pour son bon entraînement physique. L’année dernière, les joueurs ont bien couru dans la Coupe des Confédérations, et maintenant la dynamique est encore plus positive ». L’équipe russe a toujours été célèbre pour son entraînement physique. Quelle phrase magnifique. Compte tenu du passé pas du tout léger de ce pays en matière de dopage, il fallait oser.

Bref, on s’égare. Ce bon Bezuglov a donné quelques précisions au quidam britannique sur le suivi anti-dopage très strict de ses joueurs:

« Depuis le début de l’année, entre les tests de la FIFA, de l’UEFA et de Rusada (l’agence antidopage russe, Ndlr), nos joueurs ont été contrôlés plus de 300 fois. Je vous parie une bouteille de lait [une blague locale sans doute] que c’est plus de deux fois plus que le nombre de tests subis par les joueurs anglais. Donc je pense qu’ils devraient se regarder dans une glace. Ces performances s’expliquent par un bon entraînement, une bonne motivation, et bien sûr, l’énorme soutien de tout le pays ».

Igor Smolnikov, le défenseur convoqué pour la curée le même jour, n’a pas dit autre chose : « Tout le travail effectué lors de la préparation en Autriche donne de bons résultats, nous nous sommes sentis très bien physiquement ». Formidable préparation autrichienne. On jettera quand même un œil aux chiffres de course des uns et des autres après l’Uruguay. Par curiosité.