05:43
Coupe du monde 2018: «On ne sera pas de ces tenants du titre maudits», les Allemands refusent de dramatiser
FOOTBALL•Championne du monde en 2014, l’Allemagne a été dominée par le Mexique pour son premier match en Russie (1-0)...Julien Laloye
De notre envoyé spécial au Mexique (parce que Moscou était mexicain dimanche)
Même quand il gagne, ce qui lui arrive plus souvent que le contraire, Joachim Löw tire une tronche de six pieds de long. On a donc mis du temps à faire la différence après le revers assez impensable de la Mannschaft contre le Mexique (1-0), mais ça a fini par arriver quand un collègue plus courageux que les autres a sorti le tractopelle : « Vous saviez que trois des quatre précédents champions en titre ont été sortis dès la phase de poule ? Est-ce que vous avez une explication pour ça ? Et est-ce que vous pensez que l’Allemagne peut être le suivant ? ». Grimace du sélectionneur teuton. « Je n’ai pas de raisons à vous avancer mais je peux vous assurer qu’on ne fera pas partie des tenants du titre maudits ».
Rendons-nous ce qui nous appartient, au passage. C’est la France, la France Glorieuse de Jacques Chirac et de Monsieur Batignolle, qui a inauguré cette pratique consistant à se foirer dans les grandes largeurs au moment de défendre son titre en 2002. Cet Allemagne-Mexique avait des petits airs de France-Sénégal, d’ailleurs. Après une bonne entame et deux occasions laissées en route, la première mi-temps a été un long renoncement.
aDes pertes de balles incroyables pour des joueurs de ce niveau et un déséquilibre défensif qui ressemblait à du suicide, particulièrement dans la manière dont Kroos et Khedira revenaient en trottinant, quand ils revenaient. Le but de Lozano aurait dû arriver plus tôt, et il est arrivé en toute justice. Pensez bien, pour illustrer ce qu’on dit, que le petit allemand qui court désespérément derrière l’ailier Chucky la poupée maléfique n’est pas Kimmich, l’arrière-droit présupposé, mais Ozil, qui n’avait plus effectué un repli défensif depuis son année U15. Evidemment, il s’est fait mettre dans le zag comme un bleu.
« « En première mi-temps, on n’a pas réussi à imposer notre style habituel avec la possession. On n’a pas su trouver les espaces libres avec le ballon, et ils nous ont fait mal sur chaque contre-attaque. On était vulnérables parce qu’on perdait des ballons trop faciles dans les phases de transition vers l’avant. On savait que le jeu sur les ailes était le point fort des Mexicains, on ne voulait pas avoir des un contre un à disputer dans cette zone, mais ça s’est passé comme ça ». »
La suite a été plus conforme à l’Allemagne qu’on connaît. Le Mexique n'a plus sorti un orteil de sa surface, et les redoublements de passes ont fait passer de longs frissons dans l’arrière-garde de la Tricolore. Mais des frissons ne font pas des occasions tranchantes, en dehors d’une demi-volée surpuissante de Brandt sur l’extérieur du poteau. Il y a encore du chemin avant la Groze Katastrof, mais Hummels ne semblait pas plus confiant que cela à chaud : « Nous n’avons pas joué contre l’Arabie saoudite [dernier adversaire en amical], mais seulement contre un adversaire plus fort. Notre réveil a trop tardé. Je ne comprends pas pourquoi c’est comme ça. Nous devons gagner les deux matches qui viennent maintenant, sinon ce sera la fin de notre Coupe du monde ».
Le précédent de l’Espagne pour se rassurer
Pareil coup de tonnerre est-il vraiment envisageable ? Les signaux négatifs étaient déjà là avant le Mexique : une équipe très renouvelée par rapport à 2014, des résultats moins probants contre les grosses nations, et des disparités physiques pointées du doigt par la presse allemande ces derniers jours. Löw va avoir chaud aux fesses dans les heures qui viennent. Mais il en a vu d’autres depuis qu’il est dans la place. Et si l’on parlait de la malédiction des champions en titre, on peut aussi retourner la statistique, comme Mario Gomez : « Il faut persévérer, l’Espagne avait aussi perdu son premier match en 2010, il ne faut pas tout noircir ».


















