Equipe de France: «Il ne s’est jamais découragé », pourquoi Ben Yedder a eu raison de snober la Tunisie (enfin on l’espère pour lui)

FOOTBALL L’ancien attaquant toulousain pourrait être appelé pour la première fois par Didier Deschamps…

Julien Laloye

— 

Wissam Ben Yedder a inscrit 8 buts cette saison en C1.
Wissam Ben Yedder a inscrit 8 buts cette saison en C1. — Jon Super/SilverHub/Shu/SIPA

Il y a peu de moments comme ça où la vie a décidé qu’elle avait envie de vous régaler. Celle de Ben Yedder est un panard total où on ne s’y connaît pas. Deux buts pour aller chercher la qualif' à Old Trafford deux jours avant la dernière liste de Deschamps pour le Mondial, alors qu’une pandémie mortelle s’est attaquée à tout ce qui se ressemble à un attaquant français (Fekir, Lacazette, Thauvin, Gameiro) ? Niveau alignement des planètes, on ne peut pas faire mieux. Ben Yedder, présélectionné par le staff tricolore depuis plusieurs mois, n’a jamais été aussi proche de découvrir les joies de la vie de pensionnat à Clairefontaine, et ce serait une juste récompense pour l’ancien toulousain.

>> A lire aussi: Après le show Ben Yedder à Manchester, le TFC propose son 06 à Didier Deschamps

Pas seulement qu’on soit contents pour lui si ça arrive. On est contents pour tout le monde, même Moussa Sissoko. Non, là, on cause capacité de résilience et mérite. Ben Yedder tourne autour depuis toujours. Dans le paysage, avec ses 20 pions facturés la saison, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, ou que les zombies attaquent la Terre, mais en arrière-plan, comme on regarde un avion dessiner sa trace au loin en se demandant où il emmène ses passagers. « Imagine, ils vont à Rio les veinards ». « Ah, tiens, c’est vrai il y a Ben Yedder aussi, mais bon il y a du monde devant lui ». Assentiment général et on passe à autre chose. Pas le principal intéressé.

Il a repoussé les avances répétées de la Tunisie

Un truc à propos du Sévillan. Voilà des années que la fédé tunisienne – il a la double nationalité - lui fait la cour avec ses gros sabots. La dernière fois cet automne. On rembobine : la Tunisie vient de se qualifier pour la Coupe du monde à la surprise générale, et il ne manque que les pions de Ben Yedder pour sublimer une génération drôlement talentueuse en Russie (Khazri, Sliti, Msakni). Deschamps a l’occasion de se mouiller, comme il l’a fait avec Fekir, tenté en son temps par l’Algérie, mais le sélectionneur fait à peine le minimum.

« Il est français, jusqu’à preuve du contraire. Il a cette liberté (de choisir entre les deux équipes nationales), comme beaucoup de joueurs, c’est à lui de se décider. Il fait partie des garçons qu’on suit. Il est à un poste où il y a beaucoup de concurrence »

Wadii El Jarry, le président de la Fédération tunisienne, pense mettre le pied dans la porte pour de bon. Sauf que Ben Yedder ne moufte pas. La France ou rien. Affaire d’État à Tunis et réaction outrée d’El Jarry : « Celui qui nous refuse une fois, on l’abandonne à jamais ». « Wissam a refusé les propositions de la Tunisie à plusieurs reprises, explique Adrien Regattin, l’un des meilleurs amis de Ben Yedder depuis leur histoire commune à Toulouse. Ils ont insisté, insisté, mais il a toujours fait de l’équipe de France sa priorité en le clamant haut et fort. Ça montre comme ce maillot bleu lui tient à cœur. A chaque sélection, il était déçu de voir qu’il n’était pas retenu mais il ne s’est jamais découragé ».

Pourtant, il ne l’a pas porté beaucoup. Trois fois en espoirs, avant la funeste sortie en taxi avec ses potes de bamboche un soir de désœuvrement en Normandie, en 2013.. « Il a pas mal de regrets par rapport à cet épisode, se souvient Ali Ahamada, sélectionné en même temps que son équipier. Ça l’a un peu retardé dans son objectif d’intégrer les A ».

« Il avait décidé d’honorer le maillot bleu »

Le Français fera appel de sa suspension, « prêt à faire tout ce que la commission d’appel souhaite pour tenter d’alléger ma sanction et me donner la chance d’intégrer l’équipe de France », à un moment où il était encore plus facile de dire oui à la Tunisie. Cela remonte, mais cela dit tout de la détermination du garçon. « Il a toujours été ferme, même à ce moment-là, reprend Ahamada. Vous savez, avant sa première saison à Toulouse, on lui a demandé combien de buts il comptait marquer. Il nous répond "20". On lui dit que ça fait beaucoup. Il dit, "Ok, disons 19 alors". Wissam est comme ça. Il avait décidé d’honorer le maillot bleu ». Regattin :  « Il croit énormément en ses qualités. C’est un attaquant à 15/20 buts depuis six ans, je ne comprends pas qu’il puisse être sous-coté à ce point. Il mériterait beaucoup plus d’attention ».

Il n’en a jamais eu autant qu’après ce doublé magique qui a fait plaisir à tous ceux qui détestent Mourinho, c’est-à-dire à peu près tout le monde. Une ou deux statistiques pour enrober le propos :

  • 8 buts cette saison en C1 (+2 en tour préliminaire), deuxième meilleur total derrière le robot CR7.
  • Record de buts pour un attaquant tricolore sur une saison de Ligue des champions depuis Trezegol en 2002.
  • 19 buts depuis septembre, troisième meilleur total pour un attaquant français derrière Griezmann et Fekir, tous les deux à 21.

 

Tout ça pour dire que le scandale serait de ne pas voir le nom de Ben Yedder dans la liste dévoilée par DD à 14 heures. Le bougre est capable de tout, mettons-nous d’accord, du genre à appeler Moussa Dembélé pour le récompenser de ses triplés contre des pêcheurs de saumon écossais. Rien contre Moussa, mais chacun son tour. Ce coup-ci, c’est pour Wissam. Et quand on dit ce coup-ci, ça vaut pour celui d’après aussi.

Si Didier Deschamps lui donne la chance de montrer ce qu’il a dans le ventre, il ne sera pas déçu, se persuade Regattin. C’est un gars avec un super état d’esprit. Regardez contre Manchester. A l’aller, il ne joue pas une minute, au retour on ne lui donne qu’un quart d’heure, et il plante les deux buts de la qualification. Qu’est-ce qu’il dit ensuite ? "C’est la vie d’un footballeur de devoir affronter la concurrence". C’est le moment de l’appeler ».

Sous-entendu, Ben Yedder est peut-être le joueur qui manque aux Bleus pour de vrai. Le type qui rentre (ou pas) pour dix minutes et qui parvient à retourner un match mal embarqué, un profil que n’a toujours pas trouvé Deschamps malgré un arsenal offensif incomparable. Ça ne coûte rien d’essayer.