JO 2018: Fallait-il être blindé de thunes pour encourager les Bleus? Plongée dans le portefeuille des fans français en Corée

JEUX OLYMPIQUES A part en patinage, les JO ont  été un flop en termes d'ambiance, disons-le. Il faut dire que tout ça était hors de prix...

Jean Saint-Marc

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Le pire Paint des Jeux ? Sans doute, oui.
Le pire Paint des Jeux ? Sans doute, oui. — AFP / Paint
  • Les JO de Pyeongchang se terminent ce dimanche, sans record mais après une quinzaine réussie pour les Bleus (15 médailles dont 5 en or).
  • Pourtant, très peu de supporters français ont pu assister aux épreuves, très très chères. 

De l’un de nos envoyés spéciaux à Pyeongchang,

Un jour, un sage nous a dit : « Tu sais, petit, les JO, c’est cinq anneaux, et beaucoup de zéros derrière. » Bon, le sage, c’était Alexandre Boyon. Et il n’a pas vraiment dit « petit », c’est pas Maître Yoda le gars. En tout cas, après quinze jours à raquer 20 balles pour le moindre repas industriel ignoble, on peut vous confirmer. Et encore. On est (à peu près) payés pour couvrir les Jeux et on a un accès gratos à tous les sites.

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Plutôt que de pleurnicher, on s’est mis à la place des pauvres supporters français, qui ont eu pendant cette quinzaine aussi froid que nous… Et qui ont dû craquer leur PEL. Ou presque.

« C’est top secret, je fais des bidouilles avec le fisc ! »

« Non franchement, ça m’emmerde de vous parler d’argent. » Vous l’imaginez, on a pris plusieurs stops lors de la réalisation de ce reportage. Le plus sobre était : « C’était un cadeau, je ne sais pas combien ça a coûté. » Le plus original : « Je ne peux pas vous parler de mes revenus. C’est top secret, parce que je fais pas mal de bidouilles avec le fisc… »

La transparence à la française. C’est finalement Guillaume, quinquagénaire qui vit à Los Angeles, qui a accepté en premier de nous ouvrir son portefeuille. Bien garni, disons-le : cet expat' gagne près de 17.000 dollars par mois (14.000 euros) en enseignant dans une fac américaine. Et pour les Jeux, il a pas mal claqué :

  • « Pour l’avion de Los Angeles à Séoul, j’ai mis 800 euros. Comme j’ai énormément de miles, j’ai converti ma place en éco pour une place en classe affaires. »
  • « Le logement n’est pas si cher : 350 euros dans un Airbnb, entre Pyeongchang et Séoul. »
  • « Les épreuves sont vraiment très coûteuses. J’ai fait 18 épreuves, pour environ 1.500 euros au total. Le plus cher, c’est le patinage artistique, ça monte facilement autour des 300 euros pour de bonnes places. Le ski de fond ou le biathlon, par contre, c’est pas cher du tout ! »

Avec la bouffe et les faux frais en plus, il estime avoir dépensé plus de 2.500 euros aux JO.

« On prend les places debout et on profite des moments de flottements pour s’incruster »

Jocelyn et Maxime, deux Bretons en goguette en Corée du Sud, n’avaient pas encore fait leur comptabilité quand on les a croisés. « Mais juste les billets, c’est 550 euros chacun », commence Jocelyn. Treize épreuves pour les deux garçons, longtemps considérés comme les porte-bonheurs de la délégation française : quand ils étaient dans les tribunes, c’est qu’il y avait une médaille au bout. Et quand ils étaient dans les tribunes, c’était rarement en ayant payé un vrai ticket.

« On prend les places debout et on profite des moments de flottements pour s’incruster », racontent-ils. Il faut dire qu’il restait un paquet de places assises, en général : même si le CIO annonce des taux de remplissages aux alentours des 90 %, on a vu plus de bénévoles que de supporters dans certaines tribunes, surtout dans les sports nordiques.

« Le biathlon, on paye 15 euros la place », précise Maxime. Et au total, ce budget « billets » de 500 euros leur semble à peu près logique : « Quand tu vois un gros match du PSG au Parc, c’est 150 euros… Là, pour 500 balles on a deux semaines d’émotions avec des médailles tout le temps. »

500 €, plus l’avion (600 €), plus l’auberge de jeunesse (450 €), plus les transports entre les sites (300 €). On comprend mieux pourquoi on voyait surtout les familles des athlètes faire la claque dans des tribunes désertes. Quand on aime, on ne compte pas.