JO 2018: Comté, raclette et biathlon... Martin Fourcade a failli déclencher la guerre du fromage

BIATHLON Avant les Jeux de Pyeongchang, un nouveau partenariat de Martin Fourcade a failli provoquer la guerre du fromage (à pâte pressée). On vous raconte...

Jean Saint-Marc

— 

On voulait mettre une auréole aussi mais on avait peur que ça surcharge un peu.
On voulait mettre une auréole aussi mais on avait peur que ça surcharge un peu. — 20 Minutes Paint Production (et SIPA)
  • La star du biathlon Français Martin Fourcade est depuis le mois d’octobre ambassadeur de l’entreprise Entremont.
  • Petit souci : depuis des années, l’interprofession du Comté est partenaire des  équipes de ski nordique.
  • Vous voyez venir la suite ?

De l’un de nos envoyés spéciaux à Pyeongchang,

La trêve olympique, c’est quand même quelque chose. Elle nous a permis (enfin, on espère) d’échapper à l’apocalypse nucléaire entre Pyongyang et Washington. Elle a aussi évité la grande guerre du fromage, résolue fort discrètement dans les alcôves du biathlon français. La guerre du fromage, oui. Vous pensez qu’on exagère ? Vous avez raison. Mais tout de même. « C’est un sujet qui nous emmerde énormément », lâche tout de go – et bien sûr en off – une « source proche du dossier ».

>> A lire aussi : Il y a l'or au bout, mais c'est pas facile, un relais avec Martin Fourcade... N'est-ce pas Anaïs Bescond?

Le dossier : on va vous le résumer très simplement. Fin octobre, Martin Fourcade a signé un sixième contrat de sponsoring direct (il a aussi cinq fournisseurs, et trois partenaires institutionnels). Il est devenu « ambassadeur » des fromages Entremont, mastodonte du secteur, propriété du groupe Sodiaal. Alors que l’interprofession du Comté (CIGC) sponsorise depuis de longues années les équipes de France de ski nordique, et le biathlon en premier lieu. Vous voyez le bazar ?

« On a un peu toussé »

« On a quand même un peu toussé, raconte pudiquement Claude Vermot-Desroches, président du CIGC. Le ski nordique, c’est pour nous un sponsoring très important, on a encore participé au financement du camion de fartage cette année… On ne veut pas qu’il y ait un transfert de l’image du Comté vers d’autres produits d’Entremont, qui ne fait pas QUE du Comté. »

Martin Fourcade, du Comté et un fromager (qui a dit Kaloulox ?)
Martin Fourcade, du Comté et un fromager (qui a dit Kaloulox ?) - Capture d'écran

En gros, tant que Martin Fourcade fait de la pub pour le Comté, ça ira. Mais s’il se met à vendre de la raclette premier prix, ça va mal se mettre. « On n’est pas habitués aux sales coups, dans la filière, reprend Vermot-Desroches. Je pars du principe qu’on peut leur faire confiance. Mais si jamais il y a une entourloupe… »

>> A lire aussi : Sniper sur Twitter, habile avec les médias... Dans sa com', Martin Fourcade, c'est « niveau Federer »

Quand le Comté fait « grincer des dents »

« On a de très bonnes relations avec l’interpro, dont on est membres, jureChristine Eysseric-Rocca, directrice marketing d’Entremont.. On a toujours été clairs avec eux, on les a contactés pour les prévenir qu’on avait proposé à Martin de devenir notre ambassadeur. » Le deal a pourtant mis pas mal de temps à se faire. A la Fédération française de ski, il aurait même fait « grincer quelques dents », racontait SkiChrono (une saine lecture préolympique). SkiChrono ou plutôt Le Dauphiné Libéré, lui-même un peu agacé la situation. Car avant les Jeux, le quotidien régional a lui-même lancé, en partenariat avec un Comté, le « Trombinoski », sorte de carnet Panini pour skieurs nordiques. Tout ça est très sérieux.

Mais la guerre du Comté n’a pas eu lieu, et c’est grâce à une experte ès diplomatie et montages juridiques : maître Delphine Verheyden. L’avocate de Martin Fourcade conseille aussi Teddy Riner ou Kylian Mbappé – elle a donc l’habitude des sportifs multi-sponsorisés. Et elle sait préciser les choses au cheveu près dans les contrats :

« Les marques n’achètent pas la même chose. Nous avons été très clairs avec Entremont – qui a sollicité Martin – sur ce qu’on leur vendait. C’est uniquement l’image individuelle. Car l’image collective appartient à la Fédération. Donc j’ai bien contractualisé ça. Avec des marques qui ont l’habitude de communiquer dans le sport, c’est de la routine. Des marques plus « nouvelles » peuvent se braquer plus vite ! »

Mais elles se braquent aussi vite qu’elles pardonnent. Promis, si Martin Fourcade gagne le globe de cristal cette année encore, il recevra, comme d’hab', un gros globe en Comté. Oui oui. L’histoire ne dit pas si ça marche avec les médailles olympiques. Dans ce cas-là, faites des stocks, les gars…