VIDEO. JO 2018: Vaincus par la poisse (maudite couture), Papadakis et Cizeron «ne pouvaient pas faire mieux»...

JEUX OLYMPIQUES Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron auront perdu l'or olympique à un fil près...

William Pereira

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Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron
Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron — Bernat Armangue/AP/SIPA

De l’un de nos envoyés spéciaux, à Pyeongchang,

« Ils perdent sur une affaire de fermeture-éclair. » S’il y a bien une chose que l’on ne reprochera pas au président de la Fédération française des sports sur glace (FFSG), Didier Gailhaguet, c’est de ne pas avoir le sens de la formule. « La robe, on l’a vue, on la connaît, elle l’a utilisée et toujours vérifié pour voir si tout allait, et le jour J à l’heure H… c’est le destin. »

Mardi, dans les couloirs de l’Ice Arena de Gangneung, un certain fatalisme dominait le cœur des Français, qu’ils soient journalistes, président de fédé ou attaché de presse. Comme quoi l'argent ne fait pas le bonheur. Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron viennent de perdre l’or olympique au profit de leurs rivaux Virtue et Moir en danse sur glace, et ce n’est même pas de leur faute. « Le sentiment c’est qu’ils ne pouvaient pas faire mieux que ça, ils ont un score qui est très proche du score parfait », confirme leur entraîneur, Romain Haguenauer.

205,28 points (record du monde éphémère), dont 123,25 sur le seul programme libre de mardi, alliage de grâce et subtilité à laquelle le public a préféré l’exubérance et les pirouettes – parfois agaçantes – canadiennes. « Le dernier porté de Moir, c’est de l’haltérophilie », plaisante un collègue en zone mixte. Gailhaguet n’en pense pas moins, mais dit mieux : « les Canadiens ont très bien joué la chose, on voit bien qu’ils sont en fin de parcours mais ils se sont vraiment très, très, bien vendus. Ils ont un style qui est grand public. Nous on a joué sur un autre style musical, chorégraphique. Et puis des lignes aussi, que nous avons superbes. »

De l’autre côté de la barrière, on acquiesce en mauvais perdants et se cherche d’autres excuses que celle de la couture arrachée de la veille pourtant amplement suffisante. Et si on parlait des notes au président de la FFSG, tiens :

« Les notes ? Ce qu’on peut dire déjà, le classement hier a été très correct et qu’aujourd’hui, c’est deux styles qui s’opposent, avec une salle remplie de Canadiens qui… Avec un juge hier qui ne s’est pas comporté correctement en mettant les Français à la huitième place. C’est extravagant mais c’est pas la raison du non-succès qui est dû à une erreur de notre part. »

Frustrés, les malheureux de la veille le sont un peu (« c’est sûr qu’ils sont un peu déçus mais tout ira bien », confie Haguenauer) mais ne le montrent pas face à la presse. Gabriella Papadakis rit toujours autant et Guillaume Cizeron n’a pas la mine plus déconfite. Leur voix est posée, leur analyse lucide. Extrait de la zone mixte :

Quel sentiment prédomine ?

G.C : On est très contents de notre performance. On n’aurait pas pu mieux patiner. On n’a jamais mieux patiné que ça, d’ailleurs. Tessa et Scott ont fait une très belle performance, mais on est très fiers de cette performance. Bien sûr qu’on aurait souhaité gagner, mais on est quand même très fiers de cette médaille d’argent.

Quand on voit l’écart final, très faible, on pense forcément au programme court et à ce qui s’est passé et les dixièmes de point perdus ?

G.C : C’est sûr. Mais il n’y a rien qu’on puisse faire, donc ça ne sert pas à grand-chose chose de penser à ça : ce qui est fait est fait…

G.P : On a l’habitude d’avoir à rebondir, parfois. On fait beaucoup de travail mental, et c’est ce qu’on a fait hier. On s’est regroupés, avec notre coach. On savait qu’on n’avait rien à perdre et qu’il fallait avancer. C’est ce qu’on a fait.

Vous êtes passés d’un sentiment négatif (l’incident) à l’espoir de rattraper votre retard après le programme libre puis à nouveau à la déception en voyant le résultat de vos adversaires. Quel a été l’enchaînement des émotions entre hier et aujourd’hui ?

G.P : Ça dépend, vous avez combien de temps devant vous pour que je réponde ? (Elle rit) Peu importent les compétitions, on passe par des ascenseurs émotionnels incroyables. Ça change à peu près toutes les deux minutes. Donc c’est pas quelque chose qu’on peut vraiment analyser. On est juste subjugués d’émotions. Il y en a des belles, il y en a de moins belles, et on fait avec. C’est le sport aussi.

L’avenir devant eux

Aujourd’hui, elles sont partiellement belles. Mais on pourra toujours se satisfaire d’avoir vu ces deux jeunes gens surmonter avec un sang-froid de vétérans un incident devant lequel bien des patineurs auraient paniqué. Haguenauer : « Ça aurait été une catastrophe pour énormément de couples. Gabriella et Guillaume ont quand même tenu le coup même si ça a été un peu dommageable. »

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Ou se dire qu’à 22 et 23 ans, Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron ont tout l’avenir devant eux, et quatre ans pour progresser encore. « On est très fiers d’avoir été des concurrents sérieux pour eux [Virtue et Moir] », s’enorgueillit à juste titre Cizeron., car ils en sont à leur troisième médaille olympique. En tout cas, Gaihlaguet réfléchit déjà au moyen d’atteindre l’or olympique aux JO 2022. « Il faudra peut-être que nous trouvions un partenaire qui soit une marque de fermeture éclair. » Sacré Didier.