JO 2018: Vous vous demandez pourquoi Fourcade a raté ces deux foutues balles? On a la réponse

JEUX OLYMPIQUES Il y a plusieurs explications à ces deux dernières balles de Martin Fourcade...

William Pereira

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Martin Fourcade était en colère après l'individuelle
Martin Fourcade était en colère après l'individuelle — Gregorio Borgia/AP/SIPA

De l’un de nos envoyés spéciaux à Pyeongchang,

« Mais qu’est-ce qu’on va bien pouvoir écrire sur Martin Fourcade » ? Le champion olympique de la poursuite lundi  à Pyeonchang déboule sur le pas de tir pour son deuxième debout, et on commence à s’inquiéter : le plan se déroule comme prévu, le Français roule sur la concurrence et va décrocher l’or. Et nous, on ne va rien trouver à y redire. Pan, pan, pan : une, deux, trois balles, ça tombe dans tous les sens comme à la fête foraine. La grosse peluche n’est plus loin pour Martin. « Oh, là, là, il est en mode machine, c’est bon », entend-on à côté.

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Et là, stupeur : les deux derniers tirs ratent la cible. À la seconde erreur, un grand « oooooh ! » s’élève dans la tente faisant office de salle de presse dans le domaine d’Alpensia. Entre français, on se regarde, bouche bée. « Mais que s’est-il passé ? » C’est d’ailleurs la question la plus posée par les journalistes en zone mixte. Tout le monde y a eu droit de Martin Fourcade à Franck Badiou, le coach du tir, et même son prédécesseur parti entraîner la Norvège, Siegfried Mazet. Réponses :

 

  • Martin Fourcade : « Je sais pas, il m’a manqué de fraîcheur, de lucidité. J’ai pas eu du tout de pensée… J’ai pas eu peur, j’ai pas eu peur de finir le travail, au contraire j’ai pas assez bien fini. Ça se joue plus sur un manque de finition. […] Sur la fin de ce dernier debout où je laisse tout partir et où tout l’effort que j’ai fait au début de la course sert plus à rien et je viens échouer au pied du podium. »
  • Simon Desthieux : « C’est vrai, c’est des erreurs un peu bêtes, ça me surprend qu’il ait pu faire ça avec l’expérience, et le vécu qu’il a… Qu’il n’arrive pas à terminer les choses comme ça, ça me surprend de lui, ouais. »
  • Stéphane Bouthiaux (chef de l’équipe de biathlon) : « Il y a un cordon [une balle sur le bord de la cible] qui aurait pu y aller et qui n’y va pas, il n’est pas verni sur ces Jeux. L’autre jour déjà, trois cordons qui tombent pas sur le tir couché… Il pourrait être triple-champion olympique ce soir. On va essayer de se remettre dedans pour dimanche, j’espère qu’il ne sera pas trop déçu ce soir. Il l’a tenu au bout de ses doigts jusqu’aux deux deniers balles. Cette fois-ci, c’est pour lui. Dommage parce qu’il avait tout ce qu’il faut pour y aller. »
  • Siegfried Mazet : « Honnêtement quand je l’ai vu rater, je me dis : putain c’est la surprise. Tout le monde est surpris moi le premier. Je pense qu’il s’est dit qu’il avait une balle de marge. Et qu’à partir du moment où il rate cette quatrième il se dit ‘c’est bon, la 5 je la mets et c’est bâché’. C’est peut-être l’erreur qu’il a commise. »
  • Franck Badiou : « Il aurait dû se reprendre. Une balle loupée sur le debout, c’est pas du tir couché dans le vent. Il y a moyen de se dire, bien à l’abri, "ah ok celle-là mérite un peu plus d’attention". Et en fait les deux sont parties presque dans la même déflagration. Il n’y a pas eu de traitement particulier au niveau émotionnel, pas de pensée parasite, mais il n’a pas eu de réaction. »


Fourcade furax d’avoir donné un titre à Johannes Boe

Bref, Martin Fourcade​ n’a pas cogité quand la quatrième cible n’est pas tombée et il aurait dû. C’est toujours plus facile à dire qu’à faire, surtout quand la fatigue pèse sur l’organisme pendant près de 20 kilomètres telle un boulet attaché à la cheville. « Sur les skis c’était une sale journée pour moi, je me suis battu tout le long. J’avais des sensations qui n’étaient pas bonnes, j’ai pas été bien pendant les deux derniers jours, je le sentais ce matin à l’échauffement. Mais n’est pas une excuse puisque j’ai bien réussi à me remettre en jeu sur une grande partie de la course. » Pas une excuse, soit, mais la trachéite avec laquelle il s’est réveillé la veille a dû peser sur sa lucidité. Et changé ses habitudes de course, comme le suggère son compatriote Antonin Guigonnat.

« Il a pas l’habitude de faire des courses où en fait il met son 100 % tout le temps. D’habitude il gère toujours son niveau qui suffit pour gagner. Dès les premiers 100m il a dit qu’il était à fond et c’était vraiment très dur pour lui. »

Quant à la déception du bonhomme, il faut savoir qu’elle était très haut sur l’échelle de la grise mine. Bien plus que sur le sprint de lundi. Le tweet balancé à son retour au vestiaire en dit beaucoup.

Pour ne rien arranger à l’état du bonhomme, il faut voir à qui profite le crime : Johannes Boe. « J’ai été bon sur les trois quarts de la course et je donne un titre olympique, je suis en colère », peste notre Martin national. Son rival n’a pas fait mieux que lui sur le pas de tir. Mais il était en forme… olympique. « Il y a 40 secondes de temps de course à l’arrivée avec Johannes mais faudrait regarder aussi en temps de tir. » En tout cas, le match entre les deux champions est relancé. Et vous savez quoi ? Stéphane Bouthiaux n’en a « rien à cirer du match avec Boe ». Il n’a pas tort. Car si son protégé avait mis une balle de plus dedans, on ne parlerait même pas du Norvégien. Sport de merde.