JO-2024: «Alerter en amont, pas dix ans après», comment va fonctionner l’Observatoire des Jeux

JEUX OLYMPIQUES Des enseignants-chercheurs de l'Université de Paris-Est sont à l'origine de ce projet...

Propos recueillis par Nicolas Camus

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Tony Estanguet lors de la visite du comité d'évaluation du CIO à Paris, le 16 mai 2017.
Tony Estanguet lors de la visite du comité d'évaluation du CIO à Paris, le 16 mai 2017. — ISA HARSIN/SIPA
  • L'organisation des Jeux olympiques nécessitent des investissements très importants pour les villes-hôtes.
  • Les dirigeants de Paris-2024 entendent laisser un héritage durable pour la population.
  • Des chercheurs de l'Université Paris-Est ont décidé de lancer un Observatoire des JO pour veiller à ce que les promesses soient tenues.

La jeunesse, les infrastructures, l’emploi… Les villes se préparant à l’accueil des Jeux olympiques promettent toujours monts et merveilles dans tous les domaines. Cela fait partie du game. Mais l’histoire a montré que la réalisation de tous ces beaux projets ne se passait pas souvent comme prévu et, entre dérapages financiers et enceintes sportives surdimensionnées, l’héritage laissé pouvait se transformer en boulet.

Les dirigeants de la candidature parisienne pour 2024 y ont réfléchi, promis. L’Agenda 2020 est passé par là pour imposer la notion de Jeux responsables, à laquelle Tony Estanguet dit beaucoup tenir. Mais tout cela reste à prouver. C’est pour cette raison que l’Université Paris-Est a décidé de lancer un Observatoire des Jeux olympiques.

« Des inquiétudes voire des contestations sont présentes », remarquent les enseignants-chercheurs qui en sont à l’origine. Avant l’inauguration de cette structure, vendredi, l’un d’entre eux, Pierre-Olaf Schut, nous explique comment elle va fonctionner et à quoi elle va servir.

L’origine du projet

« Avec trois collègues (Cécile Collinet, sociologue du sport, Marie Delaplace, professeure d’aménagement et d’urbanisme, et Yannick L’Horty, économiste), on veut essayer de fédérer les acteurs de la recherche intéressés par ce sujet des JO. Beaucoup s’en emparent, dans beaucoup de disciplines, on s’est dit que ce serait intéressant qu’ils disposent d’une structure unique pour faciliter les échanges et mettre en place des projets peut-être plus ambitieux. Et en même temps, le comité d’organisation et les collectivités pourraient profiter de l’expertise de ces équipes de chercheurs ».

Comment l’Observatoire va fonctionner

« On va plutôt travailler sur la partie évaluation, accompagnement, moins sur la prospective et la définition de ce que doivent faire les collectivités. L’idée est de mobiliser des équipes dans l’ensemble des disciplines nécessaires pour répondre à une problématique particulière, et d’apporter une expertise ».

« Par exemple, pour la perspective de nager dans la Seine, ce n’est pas à nous de dire si c’est une bonne idée ou pas, mais comment c’est faisable. Et je sais que j’ai un collègue à l’Ecole nationale des ponts et chaussées, spécialiste du suivi de la qualité des eaux en milieu urbain, qui pourra aider. On reste des chercheurs, ce n’est pas notre rôle de mener des politiques publiques mais on peut les accompagner et mettre l’accent sur les points importants pour arriver aux résultats voulus ».

Ses objectifs

« Pour tous les Jeux ou presque, il y a eu des dépassements budgétaires et des déceptions de la population par rapport à des promesses non tenues. On veut alerter, apporter notre contribution et notre regard en amont, pendant que l’on peut encore changer des choses, pas 10 ans après. C’est facile d’attendre les conséquences et de dire "vous n’avez pas été bons". Le but, c’est d’accompagner, et dans une certaine mesure avoir un rôle de garde-fous ».

Quel poids auprès du Comité d’organisation ?

« Ce n’est pas une finalité d’avoir du poids. On veut avoir une contribution sociétale. Dans le passé, ça s’est souvent passé ainsi : on fait beaucoup de promesses pendant la candidature, ensuite on se met en roue libre pendant trois ou quatre ans et à la fin on assure l’essentiel pour que l’événement se passe à peu près bien. Le comité de candidature a insisté sur l’héritage, et c’est quelque chose qui se construit sur le temps long. En entrant dans cette évaluation en continu dès maintenant, on espère pouvoir tirer la sonnette d’alarme si jamais les politiques publiques peinent à se mettre en marche ».

L’avis du Cojo sur cet Observatoire

« On a discuté avec Marie Barsacq [la directrice héritage de Paris-2024], ils sont très intéressés par notre initiative et contents qu’on fasse ce travail-là. Il n’y a rien de décider pour une collaboration future, on attendait que le Cojo soit constitué pour reprendre contact [il l’a été mi-janvier]. Ils nous suivent de très près, en tout cas ».

La participation de la population

« On va dévoiler vendredi une plateforme web simple d’utilisation, en accès libre, pour mettre à disposition des travaux de suivi et de recherche qui ne sont jamais très faciles à trouver pour le grand public. Les gens pourront nous contacter via cette plateforme, poser des questions, faire des remarques. La participation citoyenne aux travaux est une piste qu’on veut développer ».