JO 2018: Le rapprochement avec la Corée du Nord ne plaît pas forcément à tout le monde au Sud

DIPLOMATIE «Des Jeux de PyeongChang à ceux de Pyongyang»...

20 Minutes avec AFP

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Des Coréens du Sud brûlent un drapeau de la Corée du Nord pour protester contre le rapprochement entre les deux nations à l'occasion des JO d'hiver 2018.
Des Coréens du Sud brûlent un drapeau de la Corée du Nord pour protester contre le rapprochement entre les deux nations à l'occasion des JO d'hiver 2018. — Yonhap News/NEWSCOM/SIPA

Les efforts de Séoul pour obtenir une présence nord-coréenne à ses « Jeux de la Paix » sont loin de faire l’unanimité en Corée du Sud, où certains craignent que les JO de PyeongChang ne soient devenus les JO de Pyongyang. Pour eux, le président sud-coréen de centre-gauche Moon Jae-In, qui a toujours prôné un dialogue avec le Nord, est allé trop loin dans les concessions pour plaire à l’imprévisible voisin.

Lundi, des manifestants ont brûlé à Séoul une effigie du dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un et le drapeau du Nord, au moment où s’achevait une visite d'une délégation nord-coréenne - la première en quatre ans - pour préparer la venue des sportifs du Nord aux Jeux olympiques d’hiver (9-25 février).

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Séoul présente de longue date l’événement comme des « Jeux de la Paix » à même de faire retomber les tensions sur une péninsule où la situation s’est gravement détériorée en 2016 et 2017 du fait de l’accélération des programmes nucléaire et balistique du Nord. Mais désormais, c’est bien à l’intérieur de la Corée du Sud qu’il faut apaiser les choses.

Depuis l’annonce surprise de Kim Jong-Un le 1er janvier de l’envoi possible d’une délégation nord-coréenne aux JO, tout est allé très vite. Il a été décidé que le Nord participerait, que les deux frères ennemis défileraient ensemble derrière un drapeau de la Corée unifiée ou encore qu’il y aurait une équipe féminine commune en hockey sur glace.

Un spectacle « politique »

L’accord entériné samedi par le Comité international olympique (CIO) prévoit que 12 joueuses du Nord soient ajoutées aux 23 hockeyeuses du Sud. Pour chaque match, 22 joueuses seront choisies dans ce contingent, dont au moins trois Nord-Coréennes.

En Corée du Sud, certains dénoncent un spectacle « politique » organisé à la va-vite et déplorent que l’on vole ainsi à certaines sportives du Sud la possibilité de participer aux JO. Selon un récent sondage, 73 % des Sud-Coréens ne jugeaient pas nécessaire une équipe commune.

Les deux Corées avaient déjà défilé ensemble lors des cérémonies d’ouverture des JO-2000 à Sydney, 2004 à Athènes et 2006 à Turin. Et à l’époque l’initiative avait été très bien accueillie au Sud, où tout contact avec le Nord est proscrit. Mais du fait de la menace nucléaire du Nord, le sentiment est aujourd’hui tout autre au Sud.

Bien que largement couverte par les médias, la visite de la délégation nord-coréenne dimanche et lundi a été très fraîchement accueillie par certains internautes, l’un se demandant si les jeux seraient « ceux de PyeongChang ou ceux de Pyongyang ». « Non seulement le Nord obtient un billet gratuit pour cet événement sur lequel nous avons travaillé dur, mais en plus il affiche cette femme comme une reine en visite qui nous ferait une faveur », dénonçait un autre.

« Nous ne questionnons pas les efforts du président Moon Jae-In pour faire un lien entre les JO et son initiative de paix pour la péninsule coréenne. Mais le gouvernement doit se demander pourquoi le mécontentement populaire est à la hausse », avance de son côté le journal JoongAng. « Aucun Sud-Coréen ne peut croire que le problème nucléaire se réglera simplement parce que le gouvernement aura mis en place une "co-organisation" des Jeux », poursuit l’éditorial publié lundi.

Dimanche, la présidence a défendu sa politique comme étant nécessaire non seulement pour la paix, mais aussi pour la promotion de Jeux qui peinaient jusqu’alors à susciter un quelconque intérêt. « Les JO ne permettront pas seulement une réconciliation, ils offriront un chemin vers une baisse des tensions sur la péninsule et vers la paix », a-t-il poursuivi, ajoutant que la participation du Nord aux Jeux était « un investissement d’avenir ».