OM: A Marseille, Adil Rami proche de Fréjus, mais bien loin de son passé de nettoyeur de tags

FOOTBALL Avant d'être la terreur des attaquants de Ligue 1, Adil Rami faisait trembler les graffeurs de Fréjus. Plongée dans son passé de fonctionnaire municipal...

Jean Saint-Marc

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Adil Rami, appelé en Bleu en octobre 2017.
Adil Rami, appelé en Bleu en octobre 2017. — F. Fife / AFP
  • En débarquant à l'OM, cet été, Adil Rami s'est rapproché géographiquement de ses racines. 
  • Un passé qu'il ne cache pas, mais qui semble tout de même lointain. 

C’est ce qui s’appelle changer de monde. Il y a dix ans, Adil Rami se levait à l’aube et arpentait les rues de Fréjus pour nettoyer des graffitis. Aujourd’hui, il se balade, sapé comme jamais, dans les couloirs du Vélodrome, où il enchaîne matchs de patron, avant de retrouver sa compagne… la star internationale Pamela Anderson. Et on ne le croise plus souvent dans les rues de Fréjus.

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« A l’époque, quand il avait besoin, il savait qui j’étais… Aujourd’hui, il ne me connaît plus », râle un (ancien) proche. « Disons qu’il est discret, nuance Antoine Mancino, secrétaire général de l’Etoile Fréjus-Saint Raphaël. J’avais peur, justement, qu’il soit trop près de Fréjus, qu’il soit perturbé par ce contexte. Mais il sait faire la part des choses ! »

« C’était pas un emploi fictif »

Adil Rami, qui a offert à sa mère une villa tout près de Fréjus, revient parfois, dans sa « belle bagnole ». Ça les étonne toujours un peu, ces vieux copains du défenseur, qui se souviennent de sa « 205 pourrie » et des années folles de sa jeunesse varoise. Mamadou Kané, lui aussi fonctionnaire-footballeur à Fréjus, raconte :

Il rigolait tout le temps ! Il était chambreur… Il aimait bien se faire remarquer, quoi. Le coup de la bagnole, la 205, il savait qu’elle était pourrie, mais c’était une façon de se faire remarquer… Comme de la frime à l’envers ! Ils étaient une sacrée bande de copains, ils sortaient ensemble, buvaient des coups, c’était toujours la bonne ambiance.

Un peu trop, même, puisqu’Adil Rami a raconté, quelques années plus tard, avoir fait une paire de tonneaux sur l’autoroute. « Il a vécu sa jeunesse, il a profité des copains, des copines, il n’était pas enfermé dans un centre de formation », glisse son entraîneur d’alors Daniel Bréard. Des copains qu’il voit moins, forcément. « Je sais ce que c’est, le monde professionnel… Je n’ai pas trop de nouvelles, mais si j’ai un souci, je sais qu’il sera présent », reprend Mamadou Kané, qui a « côtoyé » le monde pro, avant de revenir à Fréjus.

Pas un moine-soldat de la détagueuse

« On se croise parfois, mais c’est logique, on se voit moins », embraye Antoine Goulard, son coéquipier à l’époque, désormais expatrié au Luxembourg, après un passage au Viet-Nam. On le sent admiratif au moment d’évoquer la carrière de son pote… Et pas seulement la carrière :

On pouvait mettre une pièce qu’il réussirait dans le foot. Qu’il ferait une aussi grande carrière, c’était déjà plus audacieux. Mais alors le reste, sortir avec une star internationale… On peut juste lui dire “félicitations pour tout !” (rires)

Le destin est dingue, effectivement, et l’histoire mille fois racontée. En vrac, l’Adil Rami de cette époque est à la fois :

  • Un défenseur ultra talentueux.
  • Le gamin de 19 ans qui tchipe des trentenaires à l’entraînement, en CFA.
  • Un gars suffisamment branleur pour draguer la fille de son coach en boîte.
  • Mais suffisamment motivé pour faire des heures sup' à l’entraînement.
  • Un filou qui fait le mur pour aller faire un essai à Nice, sans avertir ses dirigeants.
  • Et donc, un « détagueur » de bonne heure.


« Adil faisait ses heures à la mairie, c’était pas un emploi fictif, assure Daniel Bréard. Mais son employeur était tout de même très arrangeant. » Traduisons-le : ce n’était pas le bagne. « Il avait plus la tête au football qu’au boulot, mais il était assez sérieux », jure son ancien chef de service Lucien Agnel. Qui se reprend en vitesse. « Enfin, disons plutôt ponctuel. » On imagine effectivement que cet immense blagueur n’était pas, à 18 piges, un moine-soldat de la détagueuse.

Plus de 10 ans plus tard, Adil Rami ne cache rien de ce passé et raconte ces années avec le sourire fier du gars qui en a bavé. Pas au volant de la détagueuse, mais pour se prouver qu’il pouvait devenir footballeur. A l’époque où ses boulettes avec les Bleus faisaient la une, il s’était agacé, en interview : « On fait tout un foin des erreurs que je fais. Mais je préfère être incendié dans ce monde qu’être à la mairie. » Ceux qui y sont restés pourront confirmer…