OM: Les amendes pour surpoids après le réveillon «contraires au droit du travail», selon un avocat

FOOTBALL Où l’on parle diététique, et où l’on découvre qu’Hiroki Sakai ne mange pas de gluten pour mieux dévorer Neymar…

Jean Saint-Marc

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Les Marseillais à l'entraînement, cet été, à la Commanderie.
Les Marseillais à l'entraînement, cet été, à la Commanderie. — B. Horvat / AFP
  • De nombreux clubs de Ligue 1 appliquent des amendes aux joueurs en surpoids après la trêve hivernale.
  • Un arrangement qui n’est pas vraiment légal, selon un spécialiste…

Un rituel de boxeurs qui envahit les vestiaires de foot. Comme dans beaucoup de clubs, comme à Lyon notamment, les Marseillais seront pesés à leur retour de vacances. Un système d’amendes a été mis en place. Combien d’euros par grammes supplémentaires ? On a cherché à en savoir plus, mais Rudi Garcia nous a (gentiment) ri au nez : « Je ne vous donnerai pas de détail ! Ça reste dans le vestiaire ! En tout cas, le coach peut prendre du poids, lui. »

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On le relance ni vu ni connu : est-ce qu’il a peur de cette période ? « Non, les gars sont revenus en forme, affûtés l’an dernier, il n’y avait pas de problème. Mais un peu de pression inconsciente, ça fait jamais de mal ! » A force de fouiner, il finira par nous lâcher que c’est un kilo maximum. « Le premier est gratuit, c’est à partir du deuxième qu’on paye », confirmera Dimitri Payet. Combien ? A Montpellier, l’an dernier, c’était 1.000 euros le kilo.

Habitué à faire le yo-yo avec son poids, le Réunionnais n’est peut-être pas le plus serein dans le vestiaire. Après OM-Troyes, en zone mixte, on a harcelé les joueurs, pressés de partir en vacances (ou plus probablement en boîte). Bref, pas les gars les plus disposés pour parler régime Dukan et Weight Watchers. Ce n’est pas grave, on a pigé assez rapidement que le vestiaire était divisé en deux groupes :

  • Les mecs ultra sereins, comme Morgan Sanson, qui « en général, ne grossit pas », ou Adil Rami : « On va faire de la Spartan Race ! On va courir ! Mais non, t’inquiète, je suis tranquille », a-t-il lâché mort de rire.
  • Les gars plus tendus, comme Jordan Amavi : « Le coach est à cheval là-dessus, c’est clair qu’on est prévenus ! On profite pendant les fêtes, mais c’est frustrant, tu profites en faisant attention, quoi ! Bon, après, c’est le métier, on sait ce qu’on veut… »

Sakai, latéral gluten free

On a voulu aussi aborder le sujet avec Hiroki Sakai, dont on connaît le professionnalisme et l’intérêt pour la diététique, grâce à notre consœur japonaise Kayako Kimura : « Il ne mange plus de gluten avant les matchs, même s’il aime bien ce genre de plats. Mais il a constaté qu’il était moins performant ». Pas de souci de poids pour Hiroki, tout aussi serein avant les fêtes que quand il faut stopper Neymar dans son couloir droit :

C’est plutôt l’inverse ! J’ai tendance à maigrir pendant les trêves, quand je ne fais pas d’exercice, parce que je mange beaucoup moins. En tout cas, ce système de pénalité ne m’a pas étonné : c’était la même chose en Allemagne.

La pratique est donc répandue, bien au-delà des frontières de notre « Liguain ». Pas étonnant. Mais notre petit doigt nous dit qu’elle n’est pas tout à fait légale. En fait de petit doigt, l’avocat du sport Gautier Kertudo, du cabinet Barthélemy : « C’est contraire aux principes du droit du travail », lâche-t-il. Deux soucis :

  • « Les sanctions pécuniaires sont interdites contre un salarié. A l’exception des retenues sur salaire en cas de retard, seule dérogation au principe, selon la Charte du football professionnel. »
  • « L’intégrité de la personne humaine, c’est tout en haut de la pyramide des droits fondamentaux… Quand on touche au corps, quand on touche au poids, juridiquement c’est extrêmement compliqué. »

Dans ce cas, pourquoi ces amendes sont-elles à ce point généralisées dans les vestiaires ? « Parce que ce ne sont pas vraiment des règlements, c’est souvent un système de pot avec une caisse qui sert à payer un bon resto ou ce genre de chose », développe ce spécialiste du droit du travail des sportifs.

Un peu énervé, on croit le comprendre, par ce genre de pratique : « Il y a quand même d’autres moyens que l’argent ou qu’une clause pour inciter un joueur à rester mince, non ? » s’agace Gautier Kerturdo. L’envoyer de force en cure à Merano, par exemple ? Non non, ça aussi, ce serait illégal…