Âge, durée d'inactivité, maladie... Ce retour sur le circuit de Marion Bartoli, est-ce bien raisonnable?

TENNIS Marion Bartoli a annoncé officiellement son retour sur le circuit professionnel…

William Pereira

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On a hâte de voir Bartoli à Roland-Garros
On a hâte de voir Bartoli à Roland-Garros — Yan Lerval/SIPA
  • Marion Bartoli a annoncé son retour sur le circuit WTA quatre ans après son départ à la retraite.
  • La Française revient de loin. En 2016, elle avait perdu 30 kg à cause d’un mystérieux virus.
  • Au vu de son âge, de sa période d’inactivité et de ses antécédents médicaux, on s’interroge forcément sur le retour de la Française

En annonçant officiellement son retour sur le circuit WTA mardi soir sur les Internets, Marion Bartoli a ajouté son nom à la prestigieuse liste des joueuses titrées en Grand Chelem parties à la retraite puis revenues a posteriori sur leur décision. Ce n’est pas tous les jours que l’on peut s’asseoir à la table de Martina Hingis, Kim Clijsters ou encore Justine Henin pour ne citer qu’elles. Et puis ça fait déjà un titre - certes honorifique - pour la Marion 2.0., à qui l’on prédit une carrière fatalement moins prolifique que la première. Sérieusement, ce retour, est-ce bien raisonnable ?

A part Clijsters, les retours sont rarement gagnants

N’y voyez rien de personnel. On serait les premiers à sauter au plafond si Bartoli nous sortait un come-back à la Clijsters en battant Serena et Venus Williams dans le même tournoi du Grand Chelem avant de s’imposer au bout de la quinzaine du haut de son statut de wild-card (US Open 2009). Mais l’histoire dit que les retours de ce genre ont tendance à mal finir. Jurisprudence Davenport, Hingis (si l’on exclut sa carrière en double) et Henin.

Pour ne rien arranger à notre pessimisme, les trois joueuses mentionnées étaient toutes plus jeunes que Bartoli (33 ans) à leur retour (31, 26 et 27 ans). Et, à l’exception de la Suissesse, aucune ne s’était arrêté aussi longtemps que la Française. « Quand on ne s’entraîne pas pendant plusieurs années on n’a pas de certitudes. Et puis quand on s’arrête à 23 et qu’on reprend à 28 ans on a plus de chances de réussir qu’en s’arrêtant à 28 pour reprendre à 33. Le risque d’un point de vue sportif est de ne pas retrouver le niveau adéquat », nous confie un préparateur physique présent sur le circuit pro. « C’est un pari ». Car si le niveau de tennis de la lauréate de Wimbledon 2013 se veut plus que rassurant à en croire l’intéressée, l’aspect physique préoccupe. Bartoli, sur Eurosport :

« Ça va être plus compliqué. C’est pour ça que je me fixe le mois de mars comme date de reprise, parce qu’il faut que mon niveau d’endurance soit là pour pouvoir enchaîner les matchs. »

Ça passera par un retour à un poids de forme raisonnable. Actuellement, son physique est propice à l’apparition de blessures bien que notre préparateur assure que la joueuse travaille dans le bon sens (« sa remise en forme est progressive. Il y a une qualité d’échauffement, beaucoup d’entraînement physique et l’accent est porté sur l’entraînement invisible, les soins, la récupération… »). Et puis il y a cet épineux problème, cette épaule douloureuse qui l’oblige à revoir complètement son service. Bartoli, toujours : « il a fallu que j’apprenne à servir avec le bras plus fléchi, ce qu’on appelle en aile de pigeon, avec la raquette qui descend. » Guère rassurant, bien qu’elle l’affirme maîtriser le geste après un apprentissage parfois cocasse. Quand on sait que le come-back d’Henin a été ruiné par un coude récalcitrant, on peine à rester enthousiaste.

Le combat de Marion Balboa

Difficile aussi de ne pas évoquer ce virus qui l’a mise au tapis et fait perdre 30 kilos en un an. Peut-on garantir qu’elle n’en portera aucunes séquelles ? « Si c’est risqué d’un point de vue médical ? Je ne peux pas le dire. C’est forcément un pari », nous répond encore le préparateur, avec la sensation d’avoir mis le doigt sur un sujet tabou. On restera donc seuls avec pour unique référence ce marathon de New-York brillamment bouclé après avoir repris 10 kilos en novembre 2016 et la crainte d’un échec inévitable. « L’échec, c’est relatif. Ça dépend de ce qu’elle ambitionne [La Fed Cup et un titre en Grand Chelem, en l’occurrence]. »

>> A lire aussi : Qui a dit à propos du retour de Bartoli: «C'est un peu Rocky qui revient sur le ring»?

C’est là que ça devient intéressant. Car le come-back de Bartoli va au-delà du sportif, il porte en lui quelque chose de chevaleresque, ne serait-ce que parce qu’elle a là l’opportunité de prouver - en forçant le trait - qu’il est possible de revenir d’entre les morts et gambader sur le circuit WTA. « Marion, c’est un peu Rocky, qui revient sur le ring », a très justement lancé mardi le boss de la FFT Bernard Giudicelli sur les ondes d’Europe 1. Il y a de ça. Quand Rocky remonte sur le ring à 60 ans, ce n’est pas tant pour coller une tannée à un champion moitié plus jeune que pour atteindre un but qu’il s’était fixé. Patrick Mouratoglou en parle très bien dans L’Equipe du mercredi.

« Un retour, c’est à la hauteur du personnage, Marion a toujours été hyper ambitieuse. Je pense que c’est important pour elle d’avoir un objectif. […] Quatre ans c’est long. Mais ce n’est que du bonus pour elle. C’est mieux que beaucoup de choses par lesquelles elle est passée ces dernières années. Elle se sera remise au sport et, au pis, elle sera 300e. » Le tout, c’est d’essayer.