ASSE: «Une trahison du club», «les ultras n'habitent pas sur la même planète»… Pourquoi la situation est dans l’impasse à Saint-Etienne

FOOTBALL A la fois en conflit avec la direction de l’ASSE et la préfecture de la Loire, les deux kops stéphanois sont encore plus remontés depuis les incidents de vendredi contre Monaco…

Jérémy Laugier

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Les débordements ont surtout eu lieu vendredi à l'issue du match ASSE-Monaco (0-4), aux abords du stade Geoffroy-Guichard.
Les débordements ont surtout eu lieu vendredi à l'issue du match ASSE-Monaco (0-4), aux abords du stade Geoffroy-Guichard. — ROMAIN LAFABREGUE / AFP
  • La rencontre contre Monaco vendredi va à coup sûr compter dans la saison de l’ASSE, sans doute plus encore pour les débordements qui ont éclaté autour du Chaudron que pour le score (0-4).
  • La direction de l’ASSE, les deux principaux groupes de supporters (Magic Fans et Green Angels) et enfin le préfet de la Loire viennent de livrer tour à tour leur version d’une soirée cauchemardesque.
  • L’horizon semble sur ce terrain-là aussi sombre que la 16e place actuelle en Ligue 1.

L’ASSE a subi bien plus qu’une nouvelle large défaite, vendredi contre Monaco (0-4), dans un Chaudron triste comme rarement en raison de la suspension de ses deux kops. Dans un contexte déjà délétère, la relation entre les dirigeants du club et les ultras s’est encore aggravée. Roland Romeyer pointe surtout le chaos de l’après-match autour du stade Geoffroy-Guichard, parti des heurts entre environ 150 membres des Magic Fans et des Green Angels d’un côté et les forces de l’ordre de l’autre (cinq policiers et dix stadiers blessés).

« Ces affrontements d’une telle violence m’ont vraiment choqué, a confié le président du directoire de l’ASSE dimanche dans L'Equipe. Je suis déçu du comportement des ultras. Je ne reconnais plus mon club. » Ce constat plein de dépit pourrait actuellement être l’un des rares points d’accord avec les deux principaux groupes de supporters stéphanois. Avant même les incidents face à Monaco, le lourd revers à Marseille (3-0) avait incité une trentaine de Green Angels à se rendre à l’aéroport d’Andrézieux-Bouthéon pour s’expliquer avec les joueurs.

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Une « famille » pour le moins désunie

Les Magic Fans avaient de leur côté clairement réclamé « la démission » de la direction le 11 décembre, via une banderole accrochée au centre d’entraînement de L’Etrat. Concernant l’épisode déjà houleux de l’arrivée des ultras au stade vendredi, le communiqué partagé dimanche par les deux kops a livré une version des faits extrêmement différente de celle mise en ligne la veille par l’ASSE.

« Comment le club, qui se permet de donner des leçons sur notre comportement, peut-il tolérer que sa société de “sécurité” frappe, insulte et menace les membres de sa “famille” ? », pestent en chœur Magic Fans et Green Angels.

Le préfet « pas certain qu’un dialogue rapproche les positions »

« Écœurés » par le communiqué de la direction stéphanoise, les deux groupes évoquent « une véritable trahison de la part du club ». Ces supporters aussi passionnés qu’influents n’entretiennent pas une meilleure relation avec le préfet de la Loire, Evence Richard. Les rapports sont même électriques depuis la décision de la préfecture de la Loire d’interdire de stade pendant toute la saison 20 leaders des deux kops. Et ce pour marquer le coup après l’irruption d’ultras dans le Chaudron le 23 avril dernier… en plein huis clos contre Rennes en Ligue 1.

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Après avoir qualifié l’opposition aux forces de l’ordre de vendredi de « préméditée » et insisté sur sa détermination à « faire tout ce qui est possible pour retrouver les fautifs » (une personne interpellée sera jugée en avril), Evence Richard a confirmé lundi, de manière à peine voilée, qu’on était très loin d’un dialogue entre ces supporters et la préfecture de la Loire. « J’ai le sentiment qu’on n’habite pas sur la même planète, a-t-il ainsi indiqué lors d’une conférence de presse organisée à Saint-Etienne. Les ultras ne comprennent pas la position de l’Etat et je ne suis pas certain qu’un dialogue rapproche les positions. » Si la situation de l’ASSE est chaotique sur le terrain (16e et une série de six revers et trois nuls depuis deux mois en L1), elle l’est donc bien tout autant dans sa relation avec ses ultras.