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Moins bon que Chypre et l'Autriche... Le foot allemand bégaye cette saison

Bayern-PSG: Moins bon que Chypre, l'Ukraine et l'Autriche... Pourquoi le foot allemand bégaye cette année?

FOOTBALLOn est partie sur des bases historiquement faibles pour la Budesliga sur la scène européenne...
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • Le Bayern Munich reçoit le PSG à l'Allianz Arena
  • C'est le seul club allemand qui a obtenu de bons résultats en Coupe d'Europe
  • Les autres se sont globalement plantés. Du coup, la Bundesliga traverse une petite crise

De notre envoyé à Munich,

L’Allemagne peut en vouloir au Bayern pour beaucoup de choses. Parce qu’il tue le suspense en Bundesliga ou encore parce qu’il pille les clubs nationaux dès lors que des joueurs à fort potentiel éclosent. Mais cette année et quoi qu’il arrive contre le PSG mardi soir en Ligue des champions, elle peut surtout lui dire « dankeschön ». Sans les quatre succès bavarois en Ligue des champions, on ne sait pas trop où en serait l’indice UEFA du championnat teuton sur la saison 2017-18. Bas, très bas. Encore plus qu’il ne l’est actuellement. Car il faut savoir que la saison européenne des clubs d’outre-Rhin est anormalement décevante. Avec 5,142 points, la Bundesliga fait moins bien que :

  • La Premier League
  • La Liga
  • La Serie A
  • Le championnat russe
  • Le championnat chypriote
  • La Ligue 1 (on est nous-mêmes moins bons que les Chypriotes)
  • La Liga portugaise
  • Le championnat autrichien
  • Le championnat ukrainien
Les chiffres ne mentent pas
Les chiffres ne mentent pas - UEFA

Un automne cataclysmique dont l’apogée est survenu à la fin du mois de septembre. Quand le PSG a battu le Bayern Munich, tous les clubs allemands engagés en Europe la même semaine ont suivi le mouvement en s’effondrant. Bilan, six matchs et six défaites. Patrick Guillou, consultant Bundesliga pour beIN Sports :

« « Ça n’était plus arrivé depuis 1981. A l’époque il y avait encore le mur de Berlin et Dallas à la télévision. Et attends, sur cette semaine-là tu mets deux buts et tu en prends 12. En Allemagne, ça a été un tollé pas possible. C’est pas l’image habituelle du foot allemand, ça. Les titres c’était "l’effondrement", "la semaine de l’horreur pour le foot allemand", ce genre de trucs. L’Allemagne a commencé la saison 2e à l’indice UEFA et la voilà 4e. » »

Manque d’expérience en C1, d’investissement en C3

Pourquoi et comment en est-on arrivé à un tel fiasco ? Là est la question. Valérien Ismaël connaît le foot local sur le bout des doigts et a bien sa petite théorie. « A part Dortmund qui fait une campagne décevante par rapport à ceux à quoi ils nous ont habitués, il y a Cologne, Berlin, Hoffenheim sur le plateau… Ce sont des équipes qui je pense ne sont pas encore à la hauteur au niveau européen. Quand on voit que Berlin perd contre une équipe dont le budget est 15 fois inférieur [on ne sait pas s’il fait référence à la défaite contre Zorya ou Ostersünd], ça veut dire ce que ça veut dire », s’inquiète l’ancien coach de Wolfsburg.

Le manque d’expérience criant des équipes citées auquel on ajouterait bien Leipzig, qui s’en sort pas trop mal pour une équipe de bizuts aurait donc toute son importance. Guillou suit puis renchérit :

« « Certains joueurs ne savaient pas avant cet automne ce que c’était que de jouer des matchs tous les trois jours, de se retrouver sur le tarmac de l’aéroport à 3h du matin et parfois de devoir attendre la matinée que l’avion ait l’autorisation de décoller, sachant qu’après ça vous jouez 70h plus tard en championnat. Une fois qu’on a dit que les joueurs de Leipzig ont été impressionnés par Istanbul, que Werner a eu un problème d’oreille interne contre Besiktas à cause des sifflets… C’est clair que l’inexpérience joue un rôle majeur. » »

Ok, très bien, mais une fois qu’on a tiré sur l’ambulance, il reste une question, posée par Ismaël : « est-ce que c’est qu’un accident de parcours ? Est-ce que c’est plus que ça ? » Si l’on se fie encore une fois à l’indice UEFA de la Bundesliga sur les dernières années ainsi que le niveau habituel des équipes allemandes en général, on est tenté d’opter pour la thèse de l’accident. Il y a du vrai, surtout en Ligue des champions, où nos voisins ont pour habitude d’aller loin et à plusieurs. Le fait qu’ils s’effondrent cette saison en C1 met en lumière la face immergée de l’iceberg : le manque d’investissement en Ligue Europa. Patrick Guillou :

« « La Ligue des champions, ça reste la grosse vitrine. Les clubs ne font pas les mêmes efforts pour la C3 que pour la C1. C’est le serpent qui se mord la queue. Soit tu choisis la Bundesliga au risque d’être décevant en Europe, soit tu fais le choix inverse. Mais il faut savoir qu’il y a beaucoup plus de pression du public par rapport aux résultats en championnat au niveau des clubs allemands. » »

Et si le modèle économique allemand devenait obsolète ?

Si le sacrifice du championnat au profit de la C1 est acceptable en Allemagne, c’est un peu moins vrai pour la C3, dont la cote est plutôt médiocre outre-Rhin. « La dernière équipe à avoir gagné la C3, c’est Schalke en 97. » Enfin bon, ça ressemble aussi et surtout à un bon prétexte (que l’on a bien connu en France au début des années 2010) pour se voiler la face et fuir les vrais problèmes. Patrick Guillou, intarissable :

« « La vérité, c’est qu’il y a un réel déficit au niveau de la manne financière par rapport à l’Espagne et l’Angleterre qui a pour conséquences que la plupart des équipes allemandes qui jouent en Europe n’ont pas les moyens d’avoir une profondeur de banc leur permettant de jouer un bon rôle en Europe tout en restant compétitifs en Bundesliga. Schalke et Gladbach l’an passé ils sont intéressants en C3, mais la conséquence c’est quoi ? Ils ne sont pas européens cette année [et comme par hasard là ils cartonnent en Bundesliga]. » »

Ok, là on rentre dans le vif du sujet. Seraient-ce les limites du modèle allemand ? Des vertus de l’orthodoxie financière prônée en Bundesliga et au nom de laquelle on méprise Paris et Manchester City ? Possible. « Les stades pleins, l’orthodoxie financière, c’est bien mais ça ne suffit plus. Il doit a peut-être y avoir une remise en cause de la règle du 50+1 [selon laquelle un seul actionnaire ne peut détenir plus de 49 % de ses parts, le reste appartenant aux supporters]. A partir du moment où tu vends tes meilleurs joueurs parce que tu ne peux pas les retenir, tu t’affaiblis, c’est logique », analyse le consultant de beIN Sports. Valérien Ismaël, lui, se veut plus mesuré et demande « d’attendre » la prochaine saison avant de tout remettre en cause.

De fait, il faudra vraiment s’inquiéter le jour où le Bayern sombrera. Guillou, pour finir : « Le Bayern a un ancrage et une position avantageux dans le football européen, c’est une valeur sûre, ça fait toujours partie du gratin continental. Ils ont plus de 600 millions d’euros de chiffre d’affaires (627 pour être précis), le résultat net est acté. La Ligue des champions fera partie de l’ADN du Bayern, dont l’objectif ça restera toujours au minimum le dernier carré. » Et donc des points à l’indice UEFA pour la Bundesliga, définitivement redevable aux Bavarois.