France-Pays de Galles: Entre Griezmann aux fraises et Fekir en feu, DD doit faire un choix

FOOTBALL Antoine Griezmann sera titulaire contre le Pays de Galles. Mais pour la suite, il devra faire avec la concurrence de Nabil Fekir…

William Pereira

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Didier, «choose your character»
Didier, «choose your character» — Montage WP (Source: SIPA)
  • Nabil Fekir et Antoine Griezmann sont désormais en concurrence pour le poste de «meneur de jeu» de l'équipe de France.
  • Le Lyonnais est plus en forme que le Madrilène, mais ce dernier est le taulier.
  • La France joue le pays de Galles vendredi en amical.

L’hégémonie du tandem Ronaldo-Messi n’a pas que du bon. Tenez, par exemple, on a fini par s’habituer à une forme de régularité dans l’excellence, comme s’il était normal de voir un joueur planter 30 buts en Liga pendant six saisons consécutives ou d’en admirer un autre réduire à l’état de plots les défenseurs qu’il croise chaque week-end. Mais allez demander à Antoine Griezmann s’il est si aisé de rester perché sur le toit du monde ne serait-ce qu’un an. Troisième du Ballon d’Or 2016 il y a onze mois, érigé au rang de seul être humain capable de talonner les deux Martiens, voilà l’attaquant colchonero redevenu banal et, pire, remis en cause de toutes parts.

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D’abord, à l’Atlético Madrid, où il ne marque plus depuis six matchs, Griezmann réalise son plus mauvais début de saison depuis son arrivée - tout en restant statistiquement plus décisif que CR7 et Messi - et est tenu pour responsable de la crise traversée par le club madrilène. Même Diego Simeone, habituellement protecteur, se met à lui adresser des piques en conférence de presse. Dernière en date au tout début du mois : « une équipe nécessite une meilleure implication de tous. Nous ne dépendons pas d’un joueur et nous n’en avons pas un qui nous gagne les matches. »

Deschamps met officiellement Griezmann en concurrence avec Fekir

Bref, c’est pas la joie pour l’international tricolore qui voit en plus poindre une féroce concurrence ; celle de Diego Costa – de retour en janvier – en club, et surtout de l’immense Nabil Fekir en équipe de France, où on le croyait installé pour un bon quinquennat après son Euro de fou. Certes, l’artiste capillaire figure toujours dans le onze type de Deschamps, celui-là même qui devrait être aligné contre le Pays de Galles, et n’a pas perdu la confiance du sélectionneur à en croire son discours à Clairefontaine, lundi :

Pour Antoine c’est lié à la forme de l’équipe. C’est vrai que l’Atlético reste sur une série de matches moins convaincants. Antoine reste Antoine, avec toutes ses qualités. Il est peut-être un peu moins décisif, pas forcément au meilleur de sa forme, mais je n’ai pas d’inquiétude particulière. Il joue beaucoup, enchaîne les saisons, et même s’il a un gros volume de jeu et de la fraîcheur, avec l’enchaînement des matches intenses, il peut être moins bien par moments. »

Certes, le technicien français a poursuivi sur la même ligne jeudi, à nouveau en conférence de presse à Clairefontaine (« Antoine a une expérience et un vécu, je sais ce qu’il est capable de faire. Il fait partie des cadres de cette équipe. ») Mais soyons clairs : si les choses continuent ainsi (cf tableau ci-dessous), les courbes de Fekir et Griezmann finiront par se croiser avant (juin) 2018 et DD ne pourra pas éternellement défendre le blond peroxydé face à la poussée du Lyonnais, pas même au nom de la nullité actuelle de l’Atlético, de la sacro-sainte vie de groupe, ou d’un statut de cadre qui n’empêche pas Deschamps de se « poser la question de s’il [Griezmann] va jouer les deux matches et 90 minutes »

Au jeu des chiffres, Fekir prend le meilleur sur Griezmann. On passe aux lettres.
Au jeu des chiffres, Fekir prend le meilleur sur Griezmann. On passe aux lettres. - 20 Minutes

En tout cas, si la faiblesse passagère (?) de l’attaquant titulaire des Bleus n’est pas rédhibitoire - principalement du fait d’un rendement plus qu’honnête en EDF - elle entrouvre néanmoins les portes de la concurrence à un Fekir parti pour dégainer une saison à 30 pions. Fait inédit. Il y a six mois, personne n’imaginait que l’on puisse contester la place du colchonero. Lundi, Didier Deschamps l’a évoqué sans sourciller : « une concurrence poste pour poste avec Antoine, oui. Ils ont un peu le même registre. Nabil, son registre, c’est attaquant axial. De préférence associé avec un autre attaquant. Dans l’utilisation, ce sont deux options très proches. »

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Fekir pour construire, Griezmann pour dynamiter en profondeur

Très proches, mais pas similaires. Car au-delà de la question de la forme - on a bien compris qu’en ce moment Fekir > Griezmann - il ne faut pas oublier de s’interroger sur ce qu’apportent intrinsèquement l’un et l’autre sur la pelouse. Coup de bol, DD s’y colle pour nous.

« Nabil a l’explosivité, un registre différent par rapport à tous autres joueurs offensifs. Il a cette capacité d’éliminer dans les petits espaces, même avec plusieurs joueurs devant lui. Antoine est plus dans la touche technique, souvent disponible, il fait jouer les autres. Il a cette capacité à aller plus dans la profondeur que Nabil sans ballon. Antoine est capable de jouer sur un côté parce qu’il a un peu plus de volume de jeu que Nabil, et il a été amené à le faire plus régulièrement avec l’équipe de France, même dernièrement en Bulgarie. »

Opter pour l’un ou l’autre, c’est quelque part aussi préférer attaquer d’une manière plutôt qu’une autre. En l’occurrence :

  • Un jeu de profondeur, d’usure, de courses longues sans ballon et de bloc élargi (Griezmann)
  • Plus d’options dans l’axe, une capacité à éliminer et à combiner dans les petits espaces (Fekir)
     
Didier, «choose your character»
Didier, «choose your character» - Montage WP (Source: SIPA)

Grosso modo, DD a le choix. Mais le milieu offensif lyonnais a un avantage en ce qu’il possède un profil unique au contraire de Griezmann. Steve Marlet le sous-entendait quand nous l’avions eu au bout du fil au mois de septembre. « Beaucoup de nos joueurs offensifs aiment les espaces et ont l’habitude de se déporter sur les côtés pour faire des différences. » Coucou Kylian, Coman, Dembélé et Martial.

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« Fekir, c’est un joueur différent, rapide dans la gestuelle et capable de vite lâcher son ballon dans des défenses à haute intensité, mais ce n’est pas la solution miracle non plus. Dans un match où on est dominés [style France-Allemagne à l’Euro-2016], Fekir ne va pas apporter grand-chose. Le plus complet pour moi, c’est Mbappé », conclut Marlet. Et s’il n’était pas là, finalement, le seul intouchable en attaque ?