XV de France: Objectifs impossibles, pression de Laporte… Guy Novès est-il déjà cuit chez les Bleus?

RUGBY Guy Novès semble en très mauvaise posture avant la tournée de novembre…

William Pereira

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Guy Novès pas très (Baptiste) serein
Guy Novès pas très (Baptiste) serein — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA

Une troisième place quasi miraculeuse au tournoi des VI Nations, une tournée estivale extrêmement gênante en Afrique du Sud et un jeu bien loin de ce que l’on attend d’une équipe coachée par Guy Novès : en 2017, on ne peut toujours pas dire que ça roule pour le XV de France.

C’est pourtant bien dans une concession BMW à Paris, l’un des partenaires de la FFR, que sera dévoilée la prochaine liste du sélectionneur, mercredi (ou plutôt les listes), en vue de la tournée de novembre.

Tout ce folklore vient couronner une série de mesures d’ouverture aux sponsors, supporters et médias voulus par la fédé, et donc Bernard Laporte, en totale contradiction avec l’organisation jusqu’ici établie par l’ancien technicien du Stade Toulousain, dont la conception de la communication au sein de l’équipe de France se rapprochait plus du football voire de l’armée.

Contacté par 20 Minutes, le proche de Novès et colistier de Bernard Laporte, Philippe Rougé-Thomas - aujourd’hui en poste à la FFR à la formation - concède volontiers que les opérations à but promotionnel ne sont « pas la tasse de thé de Guy » mais assure que celui-ci comprend. « On est tous dans la même galère. »

Pour rappel voilà en gros la routine à laquelle l’équipe va devoir se plier :

  • Un rassemblement = un entraînement public au CNR suivi d’une séance de dédicaces et d’ateliers terrains avec des enfants d’une école de rugby.
  • Des déjeuners de partenaires avec le XV de France tous les lundis, des séances photo en début de rassemblement pour ces mêmes partenaires, des accès aux entraînements pour les partenaires ainsi que leurs invités, etc.
  • Des entraînements ouverts plus longtemps aux médias, plus de joueurs en point presse et surtout des titulaires lors du point-presse suivant l’annonce de la composition.

Le grand remplacement

Mais ce n’est pas tout. L’ouverture se veut aussi sportive. L’idée d’avancer avec un groupe d’une bonne cinquantaine d’éligibles en équipe de France dont certains intouchables avec pour seul objectif le Mondial 2019 a été abandonnée sur le bord de l’autoroute. Ce sont désormais « près de 70 joueurs » qui seront passés en revue et les habitués ne sont pas à l’abri du siège éjectable. Pis, Laporte a obtenu, mi-octobre, d’un entretien avec le coach du XV de France que celui-ci utilise le réservoir de jeunes dont regorge le rugby national : les Thomas Ramos, Romain Ntamack et Sekou Macalou, entre autres.

« Tout ça, c’est tout sauf du Guy Novès », fustige Serge Gabernet, ancien arrière du Stade Toulousain et ami du boss du vestiaire bleu. Ou de ce qu’il en reste. Car là est la question : Novès tient-il toujours la barre ? Gabernet, toujours :

« Guy a passé sa carrière dans la posture du patron, où il établit des règles et là il avale des couleuvres, c’est clair, il est verrouillé de partout. »

Sauf qu’il essaye de ne pas le montrer en revendiquant la prise de certaines décisions que l’on attribuerait plutôt aux hautes strates de la FFR. Sur la question des jeunes, par exemple : « quand on voit que trois ou quatre jeunes ont du talent et sont en train de gagner leur place en club, on se dit que c’est maintenant ou jamais. On ne va pas attendre la dernière ligne droite » justifiait ainsi Novès dans un entretien accordé au Parisien, le 23 octobre. Théorie balayée par Philippe Rougé-Thomas (« je pense que Guy a su s’adapter. On ne peut pas avoir la même vision des choses en club qu’avec l’équipe nationale ») mais pas par Gabernet, guère convaincu.

« Au Stade [toulousain], il ne faisait jamais monter les jeunes. Pour vous donner un exemple, Poitrenaud et Michalak, il les avait fait monter à l’époque parce que Ntamack s’était pété l’épaule en Coupe d’Europe. Ça ne colle pas. »

Il n’y a plus grand monde pour croire à ce énième coup de bluff du maestro, obligé de jouer avec ses dernières cartes en main, comme celle de la figure autoritaire que rien n’est en mesure de commander, pas même Bernie du haut de son trône et fort de l’amertume qu’il ressent à l’égard d’un Novès dont il se serait volontiers séparé dès son arrivée à la présidence de la FFR.

« Personne ne m’impose rien du tout. Pour m’imposer quoi que ce soit, il faudra se lever de bonne heure. Mais on discute, il me donne son avis », prévient le sélectionneur, contredisant l’ironie avec laquelle il parlait un peu plus tôt du second match contre les All-Black qu’on lui avait « gentiment proposé », sous-entendu, « que Laporte m’a mis dans les roues histoire de flinguer un peu plus mes espoirs d’atteindre les objectifs immédiats. »

Trois victoires en quatre matchs, l’impossible défi lancé par Laporte

Car il faut en parler, aussi, des exigences du patron de la FFR pour la tournée automnale. Ce dernier a placé la barre tellement haut qu’on serait tentés d’appeler Renaud Lavillenie pour venir au secours de Novès. Laporte l’a dit et répété sur RMC en début de semaine : « il faut gagner trois matchs sur quatre. Si un président et un sélectionneur ne sont pas ambitieux, ce n’est pas la peine d’y aller. »

Ne pas envisager l’échec, c’est aussi une manière de ne pas parler de ses conséquences. Après cinq ou six questions aux divers intervenants autour de la possible éviction du sélectionneur et autant de réponses made in langue de bois, on est incapable de vous dire si Novès survivrait à un naufrage plus que probable au vu du plateau proposé aux Bleus.

On rappelle le calendrier du XV de France au mois de novembre :

11/11/2017 : France – Nouvelle-Zélande (Saint-Denis - 21h00)
14/11/2017 : France - Nouvelle-Zélande (Lyon - 18h55)
18/11/2017 : France – Afrique du Sud (Saint-Denis - 21h00)
25/11/2017 : France – Japon (Nanterre - 21h00)

Ce qui veut dire que les Bleus doivent battre au moins une fois les All-Black, l’équivalent des USA au basket, du Barça de Guardiola, de Nadal sur terre battue et de Chris Froome sur le Tour, et venir à bout d’une Afrique du Sud qui les a tartinés trois fois sur trois au mois de juin. « Il y a à la fois une ambition sincère de Laporte et une volonté de mettre Novès en difficulté », analyse Gabernet. En difficulté, c’est bien le mot. Et il faudra bien plus que le V8 d’une BMW pour sortir Guy de ce guet-apens.