VIDEO. Vendée Globe : Solitude, actualité, abandon… Vous avez interviewé Stéphane Le Diraison

VOILE Le skipper français a abandonné dans l'océan Indien en décembre...

Romain Baheux
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Stéphane Le Diraison sur son bateau avant le départ du Vendée Globe.
Stéphane Le Diraison sur son bateau avant le départ du Vendée Globe. — JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

Son Vendée Globe s’est arrêté dans le port de Melbourne fin décembre. Contraint à l’abandon après avoir démâté dans l’océan Indien, Stéphane Le Diraison a depuis rallié l’Hexagone d’où il va continuer de superviser les opérations de rapatriement de son bateau. De passage dans les locaux de 20 Minutes lundi, le skipper (Compagnie du Lit – Boulogne-Billancourt) a répondu à nos questions et à celles de nos internautes via un Facebook live. Morceaux choisis.

Comment prend-on la décision d’abandonner d’une telle course ?

Si on écarte le fait de couler, le démâtage est l’avarie la plus grave que peut subir un navire. C’est comme si vous enleviez les ailes à un bateau. J’étais dans la cabine, il ne se passait rien de particulier et j’entends une grosse détonation sur le pont. Là, j’arrive et je vois qu’il ne reste plus rien du mat. Là, tu sais qu’il ne te reste plus qu’à abandonner. Mais en tant que marin, je me devais de me ramener mon bateau. Un moment difficile et symbolique, c’est quand je coupe ma voile pour la laisser partir dans l’eau. C’est comme si je me plantais le couteau dans le ventre.

Raphaël : Comment gère-t-on le sommeil à bord ?

On ne se lève pas un matin en disant : « Tiens, je vais dormir par tranches de vingt minutes. » Ça commence par des études avec un médecin qui vous barde d’électrodes puis qui scrute votre sommeil. Ensuite, on fait ces tests sur des petites courses. Ça va aussi avec une condition physique adaptée : quelqu’un qui fume, qui boit ou qui est en surpoids n’a aucune chance de dormir par tranches de vingt minutes.


Suit-on les événements de l’actualité en mer ?

Autant je suis avide d’informations et je suis beaucoup de médias à terre, autant je m’en coupe en mer. On se sent décalé par rapport à tout, c’est encore plus difficile de digérer ça. J’ai des souvenirs d’attentats suivis en mer, et mon état psychique n’était pas bon car j’amplifiais ce que j’entendais. La seule chose dont j’ai eu vent, c’est l’élection de Donald Trump. Ça m’a plombé et j’ai dit que je ne voulais plus entendre parler de l’actualité jusqu’à mon arrivée (rires).

Mathieu : Comment gère-t-on les changements de température ?

C’est vrai qu’il fait frais quand on part des Sables-d’Olonne, puis on est à Madère où il fait beau, l’Equateur où on crève de chaud puis les mers du Sud où il fait froid… Il faut être endurant car ça permet au corps de s’adapter plus vite au changement. L’équipement joue beaucoup : si vous oubliez votre casquette au départ, vous avez l’air malin à l’Equateur.

Mathilde : Comment gère-t-on la solitude ?

Il faut partir pour les bonnes raisons, ne pas y aller pour la gloire ou pour réussir un défi stupide. Ce qui est important, c’est d’être en paix avec soi-même. On me dit souvent que j’aurai le temps de penser à moi et à mon avenir à bord. C’est justement ça qu’il ne faut pas faire. On doit se concentrer sur sa course, ne pas penser aux erreurs commises dans sa vie et au lendemain. C’est comme ça que l’on n’est pas bien en solitaire.