Bière dans les stades: Pourquoi le foot veut avoir le droit de payer sa tournée

FOOTBALL Il n’y aura pas de boisson à base de houblon pour la finale de la Coupe de la Ligue entre le PSG et Lille samedi…

Romain Baheux

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Un supporter boit de la bière lors du match entre Bruges et Manchester United le 26 août 2015.
Un supporter boit de la bière lors du match entre Bruges et Manchester United le 26 août 2015. — BPI/REX Shutterstock/SIPA

On ignore qui des supporters du PSG ou du Losc auront le plaisir de profiter du goût de la victoire samedi. Mais celui de la bière, personne ne s'en délectera. Si une dérogation sur la vente de la boisson à base de houblon avait d’abord été accordée pour la finale de la Coupe de la Ligue au Stade de France, la ville de Saint-Denis a finalement décidé de faire machine arrière, provoquant la colère de la LFP. Mais pourquoi le foot tient-il tant à assouplir la loi Evin ?

Parce que certains clubs ont déjà le droit

Chaque samedi soir, les spectateurs des matchs de Ligue 1 se divisent en deux catégories : ceux qui boivent dans les stades et les autres. Dans le cadre de la loi Evin, les clubs ont le droit à dix dérogations annuelles accordées par leur municipalité. Libre à elle de les accepter ou non.

« On souhaite une harmonisation, explique Arnaud Rouger, directeur des activités sportives de la LFP. D’une ville à l’autre, les dérogations ne sont pas équitables selon les mairies. » L’OL, qui dépassait son quota avec l’accord de la ville de Lyon lorsqu’il évoluait à Gerland, se retrouve ainsi en conflit avec la maire de Décines, qui se retranche derrière la loi, depuis son arrivée dans son nouveau stade.

A Bordeaux, les Girondins ont développé un véritable plan bière. « On regarde en fonction du calendrier pour ne pas griller une cartouche au mauvais moment, raconte le directeur général du club Alain Deveseleer. On préfère utiliser un de nos dix jokers sur la réception du PSG en mai que pour un match le dimanche à 14h en plein mois de février. »

Parce qu’il se sent discriminé

La loi Evin, oui mais pas pour tout le monde. Dans la même enceinte, vous pouvez ainsi avoir un match de Top 14 ou un concert arrosé, puis une rencontre de Ligue 1 agrémentée de bière sans alcool. Une inégalité dénoncée par la LFP dans son communiqué sur le revirement de la ville de Saint-Denis.

« On veut être traité de la même manière. On est dans une situation où on accueille du public en masse, je ne vois pas ce qu’il y a de différent par rapport à une rencontre de rugby ou un concert, regrette Arnaud Rouger. On ne demande pas à faire entrer des bouteilles de whisky dans les stades, il s’agit juste de permettre à des supporters de profiter d’un moment convivial à l’intérieur du stade. »

La décision dyonisienne contrarie particulièrement la Ligue dont la vente exceptionnelle de bière constituait l’un des piliers du show de samedi marqué par un concert de Maître Gims.

Parce que cela rapporte de l’argent

Pour vous, c’est juste une petite mousse fraîche qui dégouline dans votre gorge. Pour les clubs, c’est une source de revenus considérable qu’ils sont contraints de laisser aux bars et aux buvettes environnants bien trop régulièrement à leur goût. « On prend souvent l’exemple des clubs anglais et allemands en termes de gestion économique mais eux ont la possibilité de commercialiser de l’alcool dans leurs enceintes », glisse Arnaud Rouger.

A Bordeaux, on s’est ainsi amusés à calculer le manque à gagner. « C’est simple, la consommation à nos buvettes est doublée avec de l’alcool, explique Alain Deveseleer. Il n’y a pas que l’alcool car cela incite aussi les gens à aller consommer de la nourriture ensemble. » « Le football français est en concurrence avec des salles de cinéma, poursuit-on à la Ligue. Si vous proposez aux gens de prendre un soda avec une galette en plein vent, ils n’auront pas franchement envie de venir au stade. »

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Parce qu’il estime cela plus sûr

Dernier argument mis en avant, celui de la… sécurité. Oui, parfaitement. « Quitte à avoir un produit dont la consommation peut provoquer l’ivresse, autant l’avoir dans un endroit où la sécurité et les forces de police peuvent facilement intervenir et contenir la personne, argumente Alain Deveseleer. Sur la voie publique, c’est tout de suite plus compliqué. »

« Actuellement, on peut en vendre à dix mètres du stade et les supporters ont tendance à rester tardivement en dehors, décrit Arnaud Rouger. Autoriser la bière aurait une vertu sécuritaire. La situation actuelle crée des points de fixation à l’entrée de l’enceinte car les gens rentrent peu de temps avant le coup d’envoi. » Comment, Maître Gims ne fédère pas encore autant que la bière ?