Affaire de la sextape: «Benzema a une communication maladroite mais sincère»

ANALYSE Stephen Bunard, expert en langage du corps et de la gestuelle, analyse le passage de l’international français au JT de TF1…

Julien Laloye

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Karim Benzema à son arrivée au centre d'entraînement du Real Madrid, le 6 novembre 2015.
Karim Benzema à son arrivée au centre d'entraînement du Real Madrid, le 6 novembre 2015. — J.J. Guillen/EFE/SIPA

Quand on lui avait parlé en début d’après-midi, Stephen Bunard avait conseillé à Karim Benzema de ne pas surjouer ses émotions ou tenter au contraire de contrôler ses gestes devant la caméra. Pour ce coach et conférencier sur la communication non-verbale et synergologie, auteur de Leurs gestes disent tout haut ce qu’ils pensent tout bas (éditions FIrst, 2014), l’attaquant de l’équipe de France « a laissé son corps parler avec sincérité », à défaut de s’être parfaitement défendu sur le fond.

>> Son interview à revoir en intégralité par ici

 

Son impression générale

Ce n’est pas une interview très préparée et ça dit déjà quelque chose en soi. Un spécialiste de la gestuelle aurait sûrement mené l’entretien de façon différente, mais globalement on peut résumer ça sous la forme d’une communication maladroite mais sincère. Ce n’est pas DSK en train de nous expliquer toutes les émotions qu’il est censé ressentir dans bouger un sourcil. Benzema montre de vrais signaux naturels pendant toute l’interview, c’est un contenu assez riche à analyser. Il a laissé son corps parler, si je puis dire ».

Premier moment fort : « La violence contenue » quand on lui parle d’argent et de son entourage

« On le sent en tension très rapidement. Dès le début de l’interview, en fait. Quand il dit « ça me rend fou », il ne joue pas la comédie. Son corps bouge trois fois, il sort même du cadre de la caméra à un moment donné, s’il avait des choses à se reprocher, le corps serait beaucoup plus en contrôle. Là il est en mode combat. C’et une attitude qui revient à deux reprises, quand on parle de son entourage d’abord. Il prend très mal qu’on s’en prenne à son entourage. C’est presque épidermique. Même chose quand on lui parle d’argent. On voit sa lèvre supérieure droite se retrousser légèrement, on sent presque du mépris chez lui à l’idée qu’il ait pu faire du chantage à son coéquipier pour une histoire d’argent ».

Deuxième moment fort : « Le dégoût » quand il pense à sa conversation téléphonique avec Karim Zenati

« Le foot, je suis ça de très très loin, mais on sent une vraie sincérité dans sa relation avec Mathieu Valbuena. Au moment où il s’excuse pour le ton employé lors de la conversation avec son ami, la partie gauche de son visage remonte, on assiste à un retroussement de son nez, c’est presque du dégoût qu’il ressent pour lui-même. Là il y a une petite remise en cause de son comportement. Il a  le sentiment qu’il est allé trop loin, ce n’est plus de la colère comme au début, quand il est franchement outré de se retrouver embarqué dans cette affaire. Pour revenir à Valbuena, Benzema fixe le journaliste droit dans les yeux quand il lui dit qu’il espère que ça va bien se terminer pour son partenaire. Ça veut dire qu’il le pense vraiment et qu’il y croit ».

Troisième moment fort : « La crainte de l’avenir » quand il évoque la fin de l’affaire et l’Euro 2016

« Il faut bien voir le visage de Benzema lors de sa dernière phrase. Quand il dit « j’espère que ça va bien se terminer pour Valbuena », il fixe son interlocuteur, mais quand il dit « pour moi et mon ami aussi », il se défocalise immédiatement et son visage s’affaisse vers l’avant, le temps d’une courte moue dubitative. On perçoit même une petite déglutition. Dans cette demi-seconde, on comprend ses craintes pour l’avenir. Il n’est pas sûr du tout que ça va bien se terminer pour lui, il croit moyennement à ce qu’il vient de dire. Ca ne présume en rien de sa responsabilité judiciaire mais il évoque deux galères différentes et il comprend qu’il n’est pas franchement dans la bonne.