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Finale Toulon - Clermont: «A aucun moment je n’ai senti une équipe traumatisée», assure le coach mental de l'ASM

Finale Toulon - Clermont: «A aucun moment je n’ai senti une équipe traumatisée», assure le coach mental de l'ASM

RUGBY / COUPE D'EUROPEDenis Troch, ancien entraîneur de Ligue 1 devenu coach mental, a collaboré avec le club clermontois...
Bertrand Volpilhac

B.V.

Il y a une ville en France où l’on ne prépare pas tout à fait les finales comme ailleurs. Roi incontesté des défaites cruelles, Clermont a attendu plus d’un siècle et dix finales perdues pour remporter son premier titre de champion de France, en 2010. Histoire de mettre moins de temps à gagner la Coupe d’Europe, qu’ils vont disputer face à Toulon samedi à Twickenham, les Clermontois ont fait appel tout au long de la saison à Denis Troch, ancien entraîneur de foot devenu coach mental. Il raconte pour 20 Minutes son travail avec l’ASM - «plus vous évoquez un problème, plus vous l’amplifiez» - et l’état des troupes avant le grand jour.

Quelle est la nature de votre collaboration avec Clermont?

Je viens régulièrement depuis début août à la demande de Franck Azéma (le coach de Clermont). C’était au départ pour accompagner le staff et puis progressivement, par la volonté et l’envie de certains joueurs qui voulaient comprendre ce qu’était l’approche, ça a été quatre, puis huit puis douze joueurs. Et ensuite j’ai fait des interventions collégiales auprès des joueurs puis un suivi de formation auprès du staff. La dernière fois que je les ai vus c’était vendredi dernier.

Vous saviez évidemment que Clermont n’était pas tout à fait un club comme les autres, surtout dans l’approche mentale…

Je connais l’histoire. Mais si je pensais un seul instant que c’était dans l’ADN où les valeurs du club de perdre en finale, je n’y serai pas allé. Je pars du principe qu’on ne naît pas avec la victoire et la défaite en soi.

Comment avez-vous travaillé avec eux pour les en convaincre?

Ce qui m’était demandé c’est de l’accompagnement, ce n’était pas ciblé sur «comment gagner une rencontre». La victoire ne fait pas partie de l’enseignement. Je réponds aux questions qui me sont posées, je renvoie beaucoup de bon sens. Principalement, j’offre des déclencheurs qui vont donner la possibilité à chaque personne de créer des anticorps à des situations de changements, permettre des prises conscience et chasser les croyances limitantes.

«Une croyance limitante», comme celle que Clermont ne peut pas gagner une finale?

Lorsqu’il y a des interférences, des choses qui font croire qu’on pourrait éventuellement être un winner ou un loser – ce que je ne comprends pas mais ce que les gens peuvent croire, il est nécessaire de voir si l’on peut faire changer les choses, pas du tout au tout, mais même des micro-changements. «Y a-t-il des signes concrets de changements depuis l’année dernière?« Certains m’ont dit: «On commence à gagner à l’extérieur en Top14», «On a gagné au Munster alors que personne ne l'avait fait», «On était proche du match idéal contre Northampton en quarts». J’étais en tribunes lors de la demi-finale contre les Saracens et j’ai vu une communion entre les joueurs et le public sans crainte, sans peur. Je n’ai pas entendu une seule fois quelqu’un dire «on va en finale mais on va perdre». Au contraire.

Il n’y a pas cette peur de perdre une nouvelle fois en finale ?

Habituellement, quand on a peur de quelque chose on n’y va pas, on a tellement peur de se reprendre un coup de manivelle on n’y va pas. Et on n’a pas ressenti une équipe qui a eu peur d’aller en finale.

Vous voulez dire que cette équipe dégage plus de sérénité que les années précédentes?

Ce n’est pas moi qui le dis car je ne connaissais pas l’ASM avant, mais c’est ce que j’entends. Je n’entends ni complaintes ni peurs. Je les ai vus tout au long de l’année et je n’ai pas senti une équipe traumatisée. Peut-être qu’ils vont se prendre une tôle, je n’en sais rien, mais l’important c’est qu’ils soient en accord avec eux-mêmes. Quelqu’un m’a demandé par SMS: «Combien de chance a Clermont de gagner compte tenu de son passé en finale?». J’ai répondu: «Je n’en sais rien mais ce que je sais c’est qu’en finale, il y a 50% et personne ne peut dire le contraire.» J’ai 50% de chance, c’est déjà miraculeux car je n’ai pas cette chance-là tous les ans. Alors la vie elle n’est pas belle?

Photo de la finale de 2013 entre Toulon et Clermont - Rex Features/REX/SIPA


Oui, mais…

(Il coupe). Mais à chaque fois qu’on ajoute un mais, c’est qu’on va réfléchir sur le passé ou quelque chose qui nous appartient pas. Alors on fait quoi? On peut leur dire de prier - après tout pourquoi pas - ou alors on leur dit de croire en leur chance, en leurs possibilités réelles.

Vous ne leur avez donc pas parlé de la finale de Coupe d’Europe perdue contre Toulon (d’un point, en 2013) pour exorciser?

Pas du tout. Plus vous allez parler d’une problématique, plus vous allez l’amplifier. Si on m’en parle je réponds mais si on ne m’en parle pas je ne vais pas chercher.