Coupe du monde 2014: La folie ordinaire des entraînements du Brésil
REPORTAGE•Groupies hystériques et sosies ratés, la Seleção est très suivie…Corentin Chauvel
De notre envoyé spécial à Teresopolis
Des chants, mais surtout des cris, stridents. Dans le cadre très bucolique de Granja Comary, le centre d’entraînement de l’équipe du Brésil, chaque apparition d’un joueur brésilien sur le terrain fait l’objet d’une hystérie collective digne d’un concert de Justin Bieber.
Mardi, les remplaçants de la Seleção étaient au charbon avec un match d’entraînement contre les moins de 20 ans du club carioca de Fluminense. Leur accueil sur la pelouse a été mesuré, mais il a suffi que quelques titulaires descendent de leur vélo d’intérieur pour venir les regarder pour que les cris brisent le silence de Granja Comary. Marcelo, David Luiz, Thiago Silva, Oscar… et bien entendu la star, Neymar, affublé d’un bonnet et légèrement boitillant –le médecin de la Seleção s’est montré rassurant, il reprend l’entraînement avec les autres ce mercredi.
Un public de voisins
Les entraînements du Brésil ne sont pourtant pas ouverts à tout le monde. Seuls les habitants des lotissements entourant le Clairefontaine brésilien sont autorisés à accéder au bord des terrains. Mais leur petit nombre suffit à faire du bruit, ce dont s’était plaint Thiago Silva avant même le début de la compétition. «En Europe, nous ne sommes pas habitués à nous entraîner devant des supporters, cela finit par être gênant», avait-il déclaré.
Mais les habitants de Granja Comary peuvent faire rentrer leurs amis. Lise, une étudiante de Teresopolis, fait partie de ces invités. Comme les joueurs font rarement des tours dans la «ville de la Seleção», c’est elle qui est venue pour leur montrer son soutien. «Même s’ils vivent près de chez nous, il n’y a pas vraiment de proximité avec le public, c’est très restreint», regrette-t-elle. Avec ses amies, elle fera partie des quelques dizaines de supporters à crier le nom de Neymar à son arrivée. Mais aussi celui de David Luiz apprécié moins pour sa plastique que pour son caractère «très sympathique et joyeux».
«On ira en finale et on la gagnera»
L’un de ses sosies ratés – il n’a que les cheveux et le maillot qui font foi - est justement en train d’amuser la galerie d’autres aficionados de la Seleção qui attendent, eux, à l’extérieur du lotissement. «André Luiz» est fan depuis toujours du futur défenseur du PSG d’abord à cause de «ses cheveux», mais aussi parce qu’«il sait jouer au football» et a «la volonté de gagner». Sa volonté à lui, c’est de voir l’équipe nationale s’entraîner: «C’est dans la culture brésilienne, on a une passion très forte pour le football, on naît avec un ballon au pied!»
Mondial 2014: Le sosie (pourri) de David Luiz... par 20Minutes
Et c’est ainsi qu’André Luiz se montre exigeant avec la Seleção. «Ils ne jouent pas aussi bien qu’ils le pourraient même si je pense que cela va en s’améliorant», estime-t-il, reconnaissant la pression exercée par lui et les 200 millions de Brésiliens: «Nous sommes le pays du football et tous les supporters désirent ce titre tant attendu, mais c’est vrai que cela contribue à la nervosité et la peur des joueurs.» S’il confie avoir lui aussi pleuré lors du match contre le Chili, il reste persuadé que le Brésil sera champion du monde. «On a eu la chance de passer, on ira en finale et on la gagnera», souligne-t-il. Près de lui, Raquel a fait les deux heures de route depuis Niteroi pour voir «la passion nationale», «notre grand garçon», Neymar.
«Ce n’est pas la meilleure sélection brésilienne que l’on ait eu, mais j’aimerais bien les voir», dit-elle, aussi pessimiste sur ses chances d’entrer à Granja Comary que sur celles de la Seleção de remporter le Mondial: «Je pensais que ce serait même encore plus difficile, maintenant, il y a des possibilités, mais je n’y crois pas trop». Malheureusement, ni elle ni André Luiz ne pourront finalement entrer pour voir leurs idoles respectives. Ils auront peut-être le sixième titre du Brésil pour se consoler.


















