Après Helena Costa et Amélie Mauresmo, va-t-on voir de plus en plus de femmes entraîner des hommes?

DIVERS Des exemples apparaissent petit à petit...

Nicolas Camus

— 

Amélie Mauresmo, lors d'une conférence de presse, le 8 juin 2014.
Amélie Mauresmo, lors d'une conférence de presse, le 8 juin 2014. — Ella Ling/BPI/REX/REX/SIPA

Audrey Zitter, entraîneur du club de rugby à XIII de Montpellier (Elite 2), Helena Costa, nommée à la tête de Clermont Foot (Ligue 2) et maintenant Amélie Mauresmo, qui va coacher Andy Murray pour la saison sur herbe… Ces exemples récents de femmes qui entraînent des hommes - encore très rares - sont-ils anecdotiques ou constituent-ils une avancée dans le milieu du sport? «Ce n’est encore qu’un épiphénomène, tempère d’emblée Julian Jappert, le directeur de Sport et Citoyenneté, think tank qui travaille notamment sur la question de la place des femmes dans le sport. Mais on doit en tenir compte, c’est grâce à des actions isolées comme celles-là que les mentalités vont changer.»

Et pour lui, il y a du boulot. En France en particulier, où l’égalité homme-femme reste un mythe sociétal. «On est dans une gouvernance qui est faite par les hommes, pour les amener aux postes de responsabilités. On retrouve ça dans le sport de manière accentuée», ajoute-t-il. Auteur d’un rapport au Sénat en 2011 sur le thème «femmes et sport», Michèle André partage cet avis, tout en apercevant un début d’éclaircie. «Le milieu du sport est un bastion masculin, mais il semble prêt à évoluer. J’ai constaté ce cheminement», assure celle qui a été l’une des premières femmes en France à occuper le poste d’adjointe aux sports dans une mairie, à Clermont-Ferrand, en 1983.

«Si ça marche, d’autres pourront en profiter derrière»


Pour marquer un tournant, Amélie Mauresmo ou Helena Costa vont devoir avoir des résultats. Scrutées, elles n’auront pas le droit à l’erreur. «C‘est sûr, si ça se passe mal, le coupable sera tout trouvé. C’est pour ça que c’est à double tranchant, explique le directeur de Sport et Citoyenneté. Si demain Murray se met à avoir de mauvais résultats, ça va être terrible.» Le meilleur moyen d’éviter ça, c’est de marquer son territoire. «Elles peuvent être des leaders auprès des hommes. Il leur faudra juste trouver un style équilibré, ni la mijaurée, ni le camionneur», estime Michèle André.

Mais une femme apportera-t-elle quelque chose de différent par rapport à un homme? «C’est une question très difficile, juge Julian Jappert. Probablement que oui, mais pas au niveau des compétences. Si l’on va chez le dentiste, on veut que notre dent soit soignée, que ce soit par un homme ou par une femme. Pour parler de Mauresmo, il va falloir qu’elle adopte un comportement d’un entraîneur «normal», avec de la technique, de la psychologie. Il y a une base qui doit être la même. Après, des choses seront différentes: ça tiendra de la personne et de son environnement.» En espérant pour elles que ces pionnières ne se ratent pas. «Il y a encore des zones à défricher. Si ça marche, d’autres pourront en profiter derrière», conclut la sénatrice du Puy-de-Dôme.