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Barrages: La qualification des Bleus pour le Brésil, un enjeu industriel pour les médias

Barrages: La qualification des Bleus pour le Brésil, un enjeu industriel pour les médias

FOOTBALL – A la radio, à la télé ou dans les journaux, une non-qualification de l’équipe de France aurait un gros impact…
Antoine Maes

Antoine Maes

Il y aurait d’abord la tristesse toute bête de ne pas voir les Bleus batifoler pendant un mois au Brésil. Mais très vite, il y aurait également pour certains l’envie pressante de sortir rapidement la calculatrice. Alors que le double affrontement contre l’Ukraine se profile, les médias prient aussi très forts pour que Didier Deschamps et sa troupe se qualifient pour le Mondial 2014. Parce qu’une Coupe du monde sans les Bleus ne rapporte pas autant que s’ils allaient loin dans la compétition, qu’on s’appelle TF1, L’Equipe ou RMC.

Le constat vaut également pour 20 Minutes: «L’audience de la rubrique Sport double quasiment avec un événement de foot», remarque Michaël Fromentoux, responsable du développement numérique. C’est évidemment vrai aussi pour la télévision: TF1, qui a acquis les droits de retransmission pour 130 millions d’euros, ne vendra pas ses publicités aussi chères selon que les Bleus seront présents ou non. D’ailleurs, la chaîne a mis en vente 36 des 63 rencontres de la compétition. Pour TF1, c’est d’ailleurs plus une question d’image que de business. «Le seul soir où TF1 gagne de l'argent avec l'équipe de France, c'est quand M6 diffuse le match», déclarait Nonce Paolini, le patron de TF1, fin septembre.

«Il y a une mythologique qui repose sur 1998»

L’impact d’une absence des Français au Brésil est un peu plus fort à la radio, mais ce n’est toujours pas une question de survie. «Ce n’est pas indispensable, parce que ça ne nous empêchera pas de faire la Coupe du monde dans les mêmes proportions que ce qu’on a prévu, assure François Pesenti, le directeur général de RMC Sports. Il y aura certains tarifs publicitaires en baisse, comme sur des sponsorings spécifiques. Mais une grosse partie du volume pub est déjà assurée». A RMC, on redoute surtout la non-venue d’une frange d’auditeurs moins spécialisée dans le foot, et notamment moins de femmes, «parce qu’elles s’intéressent aux grands événements, mais surtout quand il y a la France», reprend François Pesenti.

Au milieu du marasme de la presse écrite, L’Equipe pourrait avoir très peur d’un Mondial sans Franck Ribéry et consorts. Mais les Bleus ne sont plus le puissant produit dopant des ventes du quotidien qu’ils étaient par le passé. «Il y a une mythologique qui repose sur 1998. Tout le monde est marqué par le 1,7 million d’exemplaires vendus. C’est beaucoup, mais c’est fini. L’effet mécanique s’est atténué», constate Fabrice Jouhaud, le directeur des rédactions de L’Equipe. A tel point que si victoire finale de l’équipe de France il y a cet été, personne n’imagine sérieusement atteindre les chiffres du 13 juillet 1998.

A Knysna, en 2010, le quotidien n’avait par ailleurs pas franchement profité des révélations des insultes de Nicolas Anelka et même de la grève des joueurs pour faire gonfler ses ventes. «Si je suis caricatural, l’ennemi des ventes de L’Equipe, c’est le scandale, c’est le journalisme en fait. Si on veut vendre, il faut qu’il y ait du bonheur», reprend Fabrice Jouhaud. De quoi tomber d’accord avec Didier Deschamps quand il demande aux journalistes «d’être gentils avec les joueurs»? «On devrait nous rendre hommage de faire du journalisme, répond Fabrice Jouhaud. Et passer un peu moins de temps à nous massacrer comme si on était des mauvais Français à la Libération».