Jean-Pierre Paclet: «Aujourd’hui, une blessure spectaculaire en Papouasie va faire le tour de YouTube»
INTERVIEW – Le médecin traumatologue s’étant occupé de l’équipe de France de 2004 à 2008, revient sur les blessures qui ont émaillé le week-end en Europe…Antoine Maes
Lloris, Perquis, Guerbert, Lopes… Le week-end a été assez traumatisant sur les pelouses du football européen. Victimes de blessures spectaculaires, certains seront absents jusque six mois. Si ce genre d’accident arrive régulièrement, en voir autant en même temps est assez rare. Jean-Pierre Paclet, médecin-traumatologue s’étant occupé des Bleus de 2004 à 2008, revient sur ce phénomène.
Autant d’accidents spectaculaires en deux jours, c’est la loi des séries ou il y a une explication logique?
On sait qu’il y a des blessures plus importantes à cette époque de la saison. Statistiquement, il y a un pic maintenant, et un autre fin février. Là les terrains sont lourds, les organismes commencent à être un peu fatigués. Ça favorise les blessures. Les joueurs sont un peu moins réactifs.
Ça veut dire qu’on pourrait prévenir ce genre d’accidents?
Bien sûr, il y a un moyen simple, c’est qu’il y ait moins de matchs. Quand on a dit ça, on est bien avancé, ce ne sont pas les médecins qui font les calendriers ni les règlements fédéraux. Si les entraîneurs savent gérer, vous ne pouvez pas dire à un joueur «tu ne vas pas jouer parce que tu es en phase de risque».
Est-ce que le football est devenu plus violent?
Je ne crois pas. Il y a un effet de loupe, on voit beaucoup plus les blessures. Il y avait combien de matchs filmés il y a vingt ans? Aujourd’hui, dès que vous avez une blessure spectaculaire en Papouasie-Nouvelle-Guinée, ça va faire le tour de YouTube. J’ai eu l’occasion de voir des extraits de la Coupe du monde 1966, c’était de la boucherie. Il y avait un milieu de terrain anglais qui s’appelait Nobby Stiles, qui touchait trois ballons et qui était là pour ça. Aujourd’hui, on va vers une meilleure protection des joueurs.
Est-ce qu’au fond, le football n’est pas devenu plus risqué en terme traumatologique que le rugby?
Il y a deux choses. D’abord ce qu’on voit apparaître depuis cinq ou six ans au rugby, c’est davantage d‘accidents liés à la vitesse, comme des ruptures des ligaments croisés du genou par exemple. Après, il y a des chocs de face, avec beaucoup moins d’énergie cinétique. Quand un joueur se fait plaquer avec deux mètres d’élan, c’est pas pareil que quand il a fait trente mètres de course à pleine vitesse. Et puis le rugby protège mieux des traumatismes, et notamment crâniens, par ses règlements. Une histoire comme Lloris, on ne l’aurait jamais vue dans un match de rugby. Aujourd’hui, s’il y a un KO, le médecin vient poser les 5 questions pour savoir si le joueur a une désorientation temporo-spatiale. S’il n’est pas capable de répondre, il sort. Ce n’est pas l’entraîneur qui va décider s’il reste, c’est l’arbitre qui va décider directement.
Etes-vous favorables à la mesure qui consiste à suspendre le joueur responsable d’une blessure sérieuse le temps de la guérison de la «victime»?
Le football est un sport à risques, de contacts. Mais il peut y avoir une blessure sérieuse sans qu’il y ait une volonté de blesser le joueur adverse. J’ai fréquenté pendant vingt ans le foot pro, je n’ai jamais entendu quelqu’un dire «tu vas le tuer». Le même geste peut ne provoquer aucune fracture. Quand le geste est fait de manière frauduleuse, comme un tacle par derrière ou monter le coude en avant, on peut le concevoir. Mais si c’est sur une balle aérienne où les deux joueurs montent de manière réglementaire, et que l’un des deux retombe et se fracture une jambe, c’est un peu abusif.


















