Cyclisme: Le peloton français victime d’«un krach» de l’emploi

Antoine Maes

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La formation Sojasun lors d'une reconnaissance du Paris-Roubaix, en avril 2013.
La formation Sojasun lors d'une reconnaissance du Paris-Roubaix, en avril 2013. — FRANCOIS LO PRESTI / AFP

Derrière les sourires sur le podium, les hôtesses et les bouquets de fleurs, un gros coup de stress. La fermeture d’une équipe comme Sojasun, conjugué à la fin des formations Euskaltel et Vacansoleil, provoque dans le peloton français une véritable crise de l’emploi. Michel Gros, l'agent coureur cycliste le plus influent du pays, revient sur cette période catastrophique.

Quel est le contexte exact de cette crise de l’emploi dans le peloton?

Il y a six équipes en moins en Europe, donc il manquera 100 coureurs dans le peloton l’an prochain. Il y a des coureurs qui vont devoir arrêter le vélo, c’est sûr. A un moment, ça lâche, alors que dans un contexte normal ils auraient pu faire une bonne carrière. D’autres vont redescendre en amateur. C’est très compliqué, même humainement. Du jour au lendemain, ils n’ont plus de travail. C’est le lot des gens normaux qui n’ont plus d’emploi, mais il n’y a pas que des coureurs qui gagnent des fortunes, certains gagnent entre 2.000 et 3.000 euros, voire moins.

Quelles sont les conditions salariales des coureurs qui trouvent malgré tout un contrat?

Il n’y a pas de cadeau. Les managers d’équipe en profitent, dans le sens où ce sont les coureurs qui se proposent. Et quand vous en avez 50 sur un seul poste, il est évident qu’on traite au minimum salarial. En France, il y aura 30 Français sur le carreau, sur un peloton national de 150 pros.

Concrètement, ça donne quoi sur la fiche de paie?

En France selon la division, ça va de 20.900 euros bruts annuels pour une Continental (3e division), 33.000 pour la Pro Continental (2e division) et 42.000 euros pour une Pro Tour (1ere division). J’ai averti certains coureurs très tôt, pour qu’ils prennent ce qu’on leur offre même si ce n’était pas mirobolant. Pour ceux qui ont voulu attendre, c’est devenu catastrophique. Les conditions sont très, très inférieures à ce qu’ils auraient eu les autres années. En juin, certains coureurs avaient des propositions à 200.000 euros par an. Aujourd’hui ils sont à 40.000 euros. 

Les très bons coureurs sont-ils aussi touchés?

C’est le même problème. Quand vous avez dix bons coureurs qui se proposent… Cela fait trente ans que je suis dans le métier, j’ai été directeur sportif, manager d’équipe... C’est la première fois que je vois ça. On a déjà eu des équipes qui ont disparu, une ou deux par an, mais jamais de cette ampleur-là. Cette fois, c’est dans toutes les divisions et dans toute l’Europe. On espère que des équipes vont se créer et que ça fasse un peu d’air. Si on vit ça une deuxième fois, ce serait la catastrophe.