Earvin N’Gapeth: «On me compare à Anelka, mais moi, je l’aime bien»

Propos recueillis par Romain Scotto

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Le volleyeur Earvin N'Gapeth, lors d'un match de l'équipe de France contre la Grèce, le 23 novembre 2011 à Tourcoing.
Le volleyeur Earvin N'Gapeth, lors d'un match de l'équipe de France contre la Grèce, le 23 novembre 2011 à Tourcoing. — FRANCOIS LO PRESTI / AFP

A 22 ans, le réceptionneur-attaquant est le joueur phare d’une équipe de France toujours en quête d’un premier titre européen. Au côté de ses «potes», comme il aime les présenter, Earvin N’Gapeth a bien l’intention de suivre le destin des handballeurs, vainqueurs de tous les trophées en quelques années. Et tirer définitivement un trait sur le Mondial 2010, où l’ancien sélectionneur Philippe Blain l’avait exclu de l’équipe en plein tournoi pour mauvaise conduite…

Quelle est l’ambition de cette équipe de France lors de l’Euro?

C’est une équipe jeune mais elle a de l’expérience. On a prouvé qu’on pouvait battre les meilleurs. On est prêts à aller chercher une médaille. Je ne sais pas s’il y a un potentiel, mais il y a surtout le fait qu’on joue ensemble depuis qu’on a 16 ans. Il y a aussi une profondeur de banc plus importante que les années précédentes. Tu sors un mec, tu en mets un autre et tu ne vois pas la différence.

Que représente pour vous le maillot bleu aujourd’hui?

Entre le club et l’équipe de France, ce sont deux choses très différentes. Deux mondes différents. En équipe de France, on est entre potes puisqu’on se connaît depuis longtemps. En club, tu joues avec des mecs, ce sont des collègues de travail. Là, c’est une histoire de famille. On est potes. Jouer entre potes, c’est super bon. Tu prends du plaisir à te lever le matin. Tu t’amuses.

L’épisode de 2010 où vous aviez été exclu de l’équipe de France pour des raisons de comportement est-il effacé?

Non, je ne peux pas oublier. Je suis passé à autre chose mais ça a blessé des gens de mon entourage proche. Je continue à avancer sans trop y penser. Ce qu’on a dit sur moi et ce que les gens pensent de moi, je m’en fiche. Je sais qui sont mes amis et mes amis savent comment je suis. Mon image a été ternie, mais tant que je suis bon sur le terrain, ça n’aura pas d’incidence.

On vous a présenté comme l’«Anelka du volley»…

Tout le monde a retenu cette phrase mais, Anelka, je l’aime bien, moi. C’est un joueur que j’aime bien. Donc, ça ne me dérange pas. Je n’ai pas apprécié qu’on me fasse passer pour un mec sans éducation, un tire-au-flanc. Ce n’est pas le cas. Et puis il y a eu un reportage qui a blessé toute ma famille. Ça, c’était vraiment dur.

Comment appréhendez-vous votre départ en Russie la saison prochaine [il a signé à Kouzbass Kemerovo en Sibérie]?

Je n’y suis pas encore allé. Mon père a visité les infrastructures. Samuele Tuia [un autre joueur de l’équipe de France] m’en a parlé puisqu’il a joué là-bas. Ça va être un gros changement parce que ce n’est pas le même mode de vie. Il va faire super froid. Mais je n’ai pas peur, j’y vais pour jouer au volley, il y a le chauffage dans la salle. Je ne vais pas partir en famille. J’attends un bébé, ma femme va accoucher en France et me rejoindre en janvier. Le volley est le sport numéro 1 dans la ville. Les gens font tout pour bien t’accueillir et que tu te sentes bien, paraît-il.

Au niveau salarial, vous allez aussi progresser. Le fossé semble se creuser de plus en plus avec le championnat de France…

C’est plus un fossé! Déjà, entre l’Italie et la France, il y a un gros fossé. Et entre l’Italie et la Russie, il y a encore un fossé. Financièrement, les Russes, ça n’a rien à voir. Quand ils font des propositions, c’est difficile de refuser. Si un aspirant professionnel gagne 1.000 euros par mois en France, il va gagner 6.000 euros en Russie.

Comment réagissez-vous face à la réussite des autres sports co en France? Le volley semble décroché.

Le hand, c’était comme nous avant qu’ils se mettent à tout gagner. On se le dit tous. On ne parlera du volley que quand l’équipe de France gagnera des titres. Et pas des médailles. Il faut des titres, pendant longtemps, aux championnats du monde, aux JO. Les basketteurs, ce n’est pas pareil. Ce sont des stars en NBA. Même s’ils ne gagnent pas, on parlera d’eux quoi qu’il arrive. Et puis ils font des résultats avec leurs équipes de club.

Pour vous, le statut de «Tony Parker du volley» est-il difficile à porter?

Non, parce que je n’en ai pas l’impression. Les médias, il n’y en a pas beaucoup. Et je n’ai pas l’impression d’être plus sollicité que d’autres. Après, j’ai joué pendant trois ans dans un club qui gagnait [Tours]. En équipe de France, l’année prochaine, on sera dix dans des gros championnats à l’étranger. Pour que l’équipe de France soit forte, c’est ce qu’il faut. On est jeunes, on doit partir se confronter à des niveaux physiques et techniques supérieurs aux nôtres en France. C’est comme ça qu’on progressera et qu’on arrivera l’été en sélection plus forts