US Open/Arnaud Di Pasquale: «La façon de préparer le terrain en revers de Gasquet est exceptionnelle»

Propos recueillis par Julien Laloye

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Richard Gasquet, le 4 septembre 2013.
Richard Gasquet, le 4 septembre 2013. — K.Willens/SIPA

Lui aussi, de son temps de joueur, avait un revers à une main. Un poil moins performant toutefois que celui de Richard Gasquet, auteur de 20 coups gagnants rien que de ce côté face à David Ferrer mercredi en quarts de finales de l’US Open. Arnaud Di Pasquale, directeur technique national du tennis masculin, décrypte pour 20 Minutes le revers du 9e mondial, son arme principale pour tenter de battre Rafael Nadal en demi-finale.

Le revers de Gasquet est-il un modèle techniquement?

Chez Richard, ce coup est surtout un modèle pour sa capacité d’accélération. Après, dans sa façon de traverser la balle, d’être équilibré à la frappe et d’être toujours à l’heure sur la balle, il est propre techniquement. Surtout qu’il est capable de tout faire avec la balle. La gratter, mettre un coup de poignet pour jouer court croisé, la bomber, l’accélérer…

Dans sa palette, quel est le coup le plus impressionnant?

C’est moins un coup que sa façon de construire le point pour l’amener là où il veut, le long de la ligne. C’est presque téléphoné tellement c’est bien fait. D’abord Richard prépare le terrain, joue long bombé, puis court croisé, puis de nouveau bombé en profondeur, il arrive à pousser son adversaire loin du court, et là il a la capacité d’accélérer long de ligne. C’est magnifique.

Est-il le seul à en être capable sur le circuit?

A une main, c’est l’un des rares joueurs capables de dicter le jeu avec son revers. Sur le circuit il y a Kohlschreiber, capable de le faire dans ses bons jours. Chez lui ça devient même un coup qui est plus décisif que son coup droit quand il n’est pas bien. Le revers de Wawrinka est également superbe. Il ne faut pas non plus oublier Federer, qui a presque inventé le slice court… Le revers de Richard fait partie du top 4 actuel à une main.

Cela va forcément de paire avec un coup droit moins performant?

Non. Le jeu de Richard met en lumière un coup par rapport à l’autre, mais on ne peut pas dire que son coup droit soit faible. Quand il est en forme, c’est un coup saignant, moins que son revers, mais c’est parce que ce coup-là est exceptionnel chez lui, pas parce que le droit est moins bon.

Gasquet n’est pas spécialement costaud. Ce n’est pas nécessaire quand on joue à une main des deux côtés?

Avoir de la puissance à une main ne veut pas dire être maousse et passer son temps dans la salle de musculation à faire du 130 kilos au développé couché. Pour avoir une bonne qualité de frappe il faut être relâché, avancer dans la balle pour la traverser.

Ce revers à une main est-il un avantage face à un gaucher comme Nadal?

Celui de Richard, oui. Le jeu de Nadal c’est quoi? Faire mal avec son coup droit long et bombé sur le revers adverse jusqu’à le faire exploser, qu’il soit à deux mains ou à une main. Donc Richard ne peut qu’être avantagé avec son revers qui est son coup fort, même s’il faudra beaucoup plus qu’un bon revers pour battre Nadal. Physiquement ça va être un combat, il faudra être costaud, prendre sa chance en coup droit, jouer vers l’avant. Le défi est énorme.