Mille kilomètres à la rame contre la maladie

Elisa Frisullo

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Vingt-six jours qu’elle a quitté les bords de Seine pour se lancer dans un défi sportif et humain jamais tenté jusque là. La Championne du monde d’aviron et médaillée d'argent aux Jeux paralympiques 2012 Nathalie Benoit, partie le 15 juin de Paris pour rallier à la rame les 1000 kms la séparant de Marseille, est arrivée en fin de matinée ce vendredi à Lyon. «Elle a déjà parcouru 675 km sur les 1034 km  jusqu’à son arrivée à Marseille prévue le 23 juillet. Elle a passé 157 des 172 écluses du parcours», précise son coach et ami Olivier Delagrange. C’est lui qui, en 2012, de retour des jeux Paralympiques de Londres, a eu l’idée de ce défi, auquel la sportive handicapée de 33 ans a rapidement adhéré. «Quand on fait de la compétition, on est souvent trop axé sur la performance. On oublie un peu l’humain. Ce défi, c’était aussi l’occasion de privilégier les rencontres, les relations humaines, sur un parcours des voies navigables de France, méconnu mais vraiment magnifique», explique à 20 minutes.fr Nathalie, qui lors de chaque étape multiplie les rencontres avec les habitants et touristes.

Une préparation rigoureuse

La jeune femme, qui lorsqu’elle n’est pas sur l’eau, enseigne au Cned, s’est imposée une rigoureuse préparation. Elle a enchainé jusqu’à six entrainements par semaine. «Lorsque les difficultés arrivent pendant ce défi, que ça devient dur physiquement, je m'yétais préparée, alors j'arrive à les surmonter», ajoute la jeune femme, frappée par la maladie en 1998. Cette année-là, Nathalie a 16 ans et vient d’intégrer le pôle espoir de pentathlon moderne d’Aix-en-Provence, lorsqu’elle apprend qu’elle a la sclérose en plaque. Sur le conseil des médecins, elle abandonne le sport, incompatible selon eux avec cette maladie qui épuise.

«Ma maladie est en sommeil»

«Mais en 2005, lorsque j’ai dû commencer à me déplacer en fauteuil roulant, je me suis intéressée au handisport», raconte-t-elle. Elle pratique le basket puis se lance dans l’aviron, avec force. «Le sport n’est pas ce qui me fait vivre, mais une passion. Cela me tient physiquement, ça me permet de lutter contre la maladie. Elle est en sommeil, ajoute Nathalie. En fait, je n’aurais jamais autant pensé à la maladie qu’en ce moment, parce que je rencontre beaucoup d’associations de handicapés lors des étapes. Sinon, je n’y pense jamais». Après sa halte lyonnaise, marquée par le passage du Tour de France auquel elle a prévu d'assister samedi, Nathalie Benoit doit gagner Vienne (Isère).

Le sport toujours

Il lui restera alors dix jours pour parcourir à la force des bras les 650 derniers kilomètres jusqu’à Marseille. Soit plus de 122.000 coups de rame. Et après? Un repos bien mérité sans doute et de nouveaux projets. « L’équitation est une grosse passion, alors je vais m’y mettre dès l’an prochain », confie la jeune femme, déterminée à remporter quelques manches encore contre la maladie.