Tour des Flandres: Chavanel, l'éternel sacrifié

CYCLISME «Trop gentil» selon ses proches, le Français a toujours mis de côté ses ambitions personnelles pour se mettre au service de ses leaders...

Romain Scotto
— 
Le coureur français Sylvain Chavanel le 2 juillet 2012 sur le Tour de France, à Tournai en Belgique.
Le coureur français Sylvain Chavanel le 2 juillet 2012 sur le Tour de France, à Tournai en Belgique. — L.Cipriani/Sipa

Un jour, Sylvain Chavanel demandera à ses mécanos de monter des rétroviseurs sur son vélo. Le coureur de Châtellerault n’est pas un adepte du tuning sur cycle. Mais cela lui évitera de se retourner tous les 100m pour voir ce qu’il se passe dans son dos, comme ce fut le cas il y a deux ans dans le final du Tour des Flandres. Dimanche, le puncheur d’Omega Pharma Quick Step retrouvera le «Ronde» avec une pancarte de vainqueur potentiel. Comme toujours, c’est son manager Patrick Lefévère qui décidera s’il peut jouer sa carte personnelle. Ou s’il doit une fois de plus se sacrifier pour son leader, Tom Boonen. Ce dévouement perpétuel résume assez bien la carrière de Chavanel, un coureur un peu trop gentil comme l’indique son surnom, «Mimosa», à coup sûr le plus mièvre du peloton.

Même s’il est plus fort cette année que Boonen, jamais le Français n’osera jeter son oreillette et balayer les consignes qui lui ont été dictées. Jean-René Bernaudeau qui l’a lancé chez Bonjour en 2000 se dit attristé par cette situation. Pour lui, le coureur 33 ans devrait posséder un palmarès de cador au lieu d’empiler les maillots de champion de France du contre-la-montre. «Ça fait de la peine, parce que c’est le plus doué de son équipe. Il n’a pas le droit de finir sa carrière comme ça. Pour ses enfants, pour lui. Sinon un jour il se dira: merde, j’ai raté quelque chose. Maintenant qu’il a une bonne situation, il doit penser à son palmarès, c’est tout.»

«Jamais un mot plus haut que l’autre»

Mais le Français en a-t-il seulement la volonté? En Belgique, il a trouvé une équipe qui «le faisait rêver depuis toujours» et qu’il n’a pas voulu quitter il y a deux ans lorsque Cofidis lui a proposé une place de leader exclusif. «Il aurait pu gagner de plus belles courses encore», regrette Didier Rous qui a épaulé le coureur à ses débuts. Dès cette époque, il était déjà «quelqu’un de respectueux, qui n’a jamais un mot plus haut que l’autre. Pas arrogant, ni tordu». Pour l’actuel directeur sportif de Cofidis, Chavanel «n’a jamais eu vraiment conscience de ses capacités physiques. Gagner une belle course changera les choses.»

Sur les grandes courses d’un jour, l’ancien de Bonjour se contente pour l’instant de faire le spectacle, avec un penchant pour les départs lointains et les échappées neutralisées dans le final. En le recrutant il y a quatre ans, Quick Step s’est d’abord mis dans la musette le coureur qui pouvait potentiellement gêner Boonen sur les classiques. Sans forcément prévoir que le rapport de force pouvait s’inverser. Cette semaine, Lefévère a encore défendu son leader flamand, mal en point après sa chute à Gand-Wevelgem mais protégé sur le Ronde «au même titre que Chavanel». Cette année chez OPQS on préfèrera peut-être gagner le Tour des Flandres avec un Français que le perdre avec un Belge. 


Le Tour des Flandres 2011 par super_hugo