Mondial de hand: Pourquoi l'Allemagne ne fait plus peur

HANDBALL L'équipe allemande n’est plus que l'ombre de celle qui collectionnait les podiums au début des années 2000...

Julien Laloye

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M.Fernandez/AP

De notre envoyé spécial à Granollers (Espagne)

S’il fallait définir la nouvelle place de l’Allemagne dans la hiérarchie du handball mondial, une seule image suffirait. Celle de joueurs courant dans les bras les uns des autres pour fêter une victoire arrachée sur le fil face à l’Argentine lors de ces championnats du monde. Oui, l’Argentine. Le genre d’équipes que les Allemands atomisaient sans états d’âme il y a encore cinq ans et qu’ils ont toutes les peines du monde à mater aujourd’hui.

«Des clubs trop influents»

La problématique est connue depuis un moment, mais elle interpelle toujours autant: comment l’Allemagne, encore championne du monde en 2007 et qui abrite le championnat le plus compétitif du continent, a-t-elle pu régresser au point de rater les Jeux de Londres? «Il existe un conflit d’intérêt entre le secteur professionnel, qui est trop influent, et l’équipe nationale avance Claude Onesta. Aujourd’hui, la sélection n’est plus la représentation principale de l’engagement des joueurs pour leur pays. Quand ces derniers font le calcul, c’est toujours en faveur des clubs».

Pour schématiser, ses derniers préfèrent disposer de joueurs en pleine forme toute l’année plutôt que de les envoyer au casse-pipe avec la sélection. Et ce même s’ils ne les font pas beaucoup jouer. «Le championnat allemand accueille presque tous les meilleurs joueurs du monde. Le problème c’est qu’ils sont étrangers», explique Stefan Kretzschmar. L’ancien ailier gauche de la Mannschaft ajoute que la Fédération «est entrée en discussion avec les clubs pour essayer de changer les choses, mais c’est compliqué de reprocher à un club comme Kiel et ses dix millions de budget d’acheter les meilleurs étrangers».

«Les meilleurs joueurs viennent de l’étranger»

Dans ces conditions, l’équipe de France doit-elle vraiment craindre cet affrontement avec l’Allemagne, décisif dans l’attribution de la première place du groupe vendredi? Bien sûr, il existe toujours cette rivalité presque universelle qui fait dire à Michaël Guigou que si l’Allemagne est devenue une nation inconstante au plus haut niveau, «elle est encore capable de sortir un très gros match, spécialement contre la France». Mais cela ne suffira pas à la faire tomber, juge Stefan Kretzschmar: «Sur dix rencontres contre la meilleure équipe du monde, on ne gagnera qu’une fois.» Espérons que ce ne soit pas pour cette fois.