Bercy: Les Français préfèrent jouer au chaud
TENNIS – Les tournois en salle réussissent particulièrement bien aux joueurs tricolores...Julien Laloye, à Bercy
Non, Bercy n’est pas une exception. Même si on ne miserait pas notre livret A sur la possibilité de retrouver trois Français en quart de finale du Masters 1000 parisien l’année prochaine –et les dix d’après- les bons résultats des joueurs tricolores cette semaine ne font que révéler une tendance de fond. Le jeu en «indoor » -comprendre en intérieur- est celui qui correspond le mieux à leurs qualités.
Des preuves? Sur quinze tournois en salle disputés en 2012, on compte six joueurs français finalistes, pour deux trophées remportés à Metz et à Bangkok. Une moyenne d’une finale pour trois tournois qu’on est loin de retrouver sur les autres surfaces. La corrélation statistique reste valable sur le long terme si l’on se plonge dans le palmarès de la génération dite des «Mousquetaires». Excepté Gasquet, tous préfèrent l’indoor. Tsonga, par exemple, a remporté six de ses neuf titres en salle. Simon en compte seulement deux de moins (quatre sur sept) tandis que Monfils lui ne gagne que sous un toit ou presque (trois titres sur quatre).
L’effet domicile
Une réussite qui n’étonne pas Thierry Tulasne, longtemps entraîneur de Simon. «Il y a d’abord une explication très rationnelle. A part Nice et Monte-Carlo, la plupart des tournois organisés dans l’Hexagone le sont en intérieur. Et les joueurs français ont l’habitude de très bien jouer devant leur public.» C’est le fameux «effet domicile» qui transcende par exemple Jo-Wilfried Tsonga chaque année au POPB: «On joue à la maison, dans un tournoi où l'on rêvait d'être quand on était plus jeune. On est forcément peut-être encore deux fois plus motivé que les étrangers.» Entre Montpellier, Marseille, Metz et Paris, les Français on en effet de quoi faire, et en 2012, chacun de ces tournois a pu compter sur son finaliste ou son vainqueur maison.
Appliquée à Roland-Garros, la démonstration ne tient plus. Pourquoi? Tout bêtement car de la même façon que le manque de résultats des joueurs français sur l’ocre peut s’expliquer par le peu de courts en terre battue dans les clubs, les (très) bons bilans en indoor ont à voir avec la surface utilisée par les futurs pros dans leur jeunesse. «Dès le plus jeune âge, les meilleurs jeunes s’entraînent et jouent sur dur, en salle. C’est une question de climat. En dehors de la période estivale, les joueurs français jouent tout le temps en salle», avance Tulasne. Une différence majeure avec l’Espagne, où le temps plus clément permet de jouer plus longtemps sur des courts en extérieur. C’est donc en indoor que les Tsonga et autres Monfils ont appris à développer ce savoir-faire technique, ce «talent gestuel» qui fait toute la réputation de la formation tricolore à l’étranger.
Une question de formation
«Nos joueurs sont considérés comme très complets sur le circuit», confirme Thierry Tulasne, qui fait le lien avec l’indoor: «En salle, on ne se retrouve pas à la merci des conditions météo. Gilles, par exemple, adore ça car il n’est pas aveuglé par le soleil ou gêné par le vent. C’est beaucoup plus facile d’exploiter les faiblesses techniques de l’adversaire, s’il en a.» Michaël Llodra, déjà finaliste à Marseille cette année, peut ainsi faire valoir sa maîtrise du slice et sa science de la volée sur une surface au rebond très bas. Tsonga, qui aime prendre les rênes de l’échange grâce à son coup droit «à plat», trouve lui aussi son meilleur d’expression en indoor. Seul Gasquet, dont le point fort réside dans sa capacité à faire «gicler» la balle en revers, n’est pas spécialement favorisé par le jeu en indoor. Dommage qu’il ne soit pas capable de gagner Roland-Garros pour compenser.



















