Mondial 2014: L'Espagne qui perd, ça existe aussi

FOOTBALL Retour sur les (rares) revers ibères des dernières années...

Julien Laloye

— 

Le milieu de terrain espagnol Andres Iniesta, le 23 juin 2012, à Donetsk.
Le milieu de terrain espagnol Andres Iniesta, le 23 juin 2012, à Donetsk. — AFP PHOTO / FRANCK FIFE

Double champions d’Europe et champions du monde d’accord, mais pas invincibles pour autant. Les joueurs de Vicente Del Bosque ont mordu la poussière six fois depuis le début de leur période de gloire. Toujours à l’extérieur ou sur terrain neutre, et plus jamais en match officiel depuis leur premier match du Mondial 2010, si on veut voir les choses en noir. Mais certains scénarios peuvent sûrement inspirer les Bleus avant de retrouver l’Espagne mardi soir à Madrid.

Etats-Unis-Espagne 2-0, juin 2009

D’accord, il ne s’agit que d’une vulgaire Coupe des Confédérations, face à une équipe dont tout le monde sait qu’elle est meilleure en foot américain, et avec le handicap de compter l’ancien Bordelais Riera dans ses rangs. Mais tout de même. Lorsque la Roja, tout juste championne d’Europe, s’apprête à défier les USA en finale à Bloemfontein, elle reste sur 15 victoires consécutives. Avec 30 tirs et 20 corners au compteur, l’Espagne se bouge les fesses en attaque mais ne sait pas encore que Torres a laissé la place à son fantôme. Passons sur la honte d’encaisser un but d’Altidore pour retenir de ce match qu’une fois menée, l’Espagne a tendance à oublier un peu de sa patience légendaire dans la construction.

 

Suisse-Espagne 1-0, juin 2010

Stéphane Grichting qui met sous l’éteignoir David Villa ailleurs que sur console ? C’est possible. Avec beaucoup de chance mais c’est possible. En revanche, même le meilleur programmateur de Fifa 2010 n’aurait osé imaginer une action où Gelson Fernandes –celui qui n’a jamais percé à Saint-Etienne, c’est bien ça- finirait par tromper casillas après un cafouillage énorme. C’est pourtant arrivé un jour de pleine lune en Afrique du Sud, des témoins sont là pour le prouver. Là encore, ce serait mentir que de parler de défaite méritée pour les boys de Del Bosque, qui arrosent la cage de Benaglio pendant une heure et demie. Peu d’enseignements à en tirer donc, si ce n’est qu’il ne faut jamais insulter la chance…

 

Argentine-Espagne 4-1, septembre 2010

L’une des deux seules débâcles de la Roja à l’époque de sa toute puissance. En une demi-heure de jeu, l’Argentine de Messi, Higuain et Tevez fait exploser une formation fourbue par son été sud-africain. Pressing insensé sur de courtes périodes et contre-attaques en trois passes pour prendre de vitesse une défense un peu expérimentale (Monreal, Marchena, Piqué et Arbeloa), le plan de jeu pour battre l’Espagne à la régulière apparaît au grand jour. On dirait bien aux Bleus de s’en inspirer mais à moins de considérer qu’un Ribéry vaut bien un Messi et que Ménez a deux Tevez dans chaque jambe, la France est loin de disposer du même talent individuel que l’Argentine.

 

Portugal-Espagne, 4-0, novembre 2010

Le vrai motif d’espoir pour les Bleus est à chercher du côté du Stade de la Luz un soir d’automne à Porto. Ce jour-là, une équipe emmenée par Helder Postiga parvient à en coller quatre aux champions du monde et d’Europe sans que cela ne souffre d’aucune contestation. Et encore, à vouloir faire son intéressant, Nani enlève à Cristiano Ronaldo un but que le Madrilène se serait repassé sans problème une centaine de fois en DVD. L’humiliation est telle que certains Espagnols comme Cesc Fabregas s’excusent publiquement auprès de leurs supporters. Un moment d’égarement qui paraît malheureusement bien loin aujourd’hui…

 

Italie-Espagne, 2-1, août 2011

Le dernier revers vaguement mérité des hommes de Del Bosque, hors-sujets pendant une bonne demi-heure, un défaut récurrent chez eux (Didier, si tu nous lis…). Les mauvaises langues pourraient dire que la titularisation d’Albiol, habitué à couper les citrons sur le banc madrilène, y était sans doute pour quelque chose. Bref, à Bari, l’Italie applique la même recette que l’Argentine et le Portugal avec moins de talent devant mais plus de techniciens au milieu (Pirlo, Montolivo, Motta). C’est moins spectaculaire mais tout aussi efficace, même si un peu chanceux sur la fin. Cela dit, on ne cracherait pas non plus sur un tir contré à cinq minutes de la fin pour ramener quelque chose de Vicente Calderon. 

 

Angleterre-Espagne, 1-0, novembre 2011

Sans discussion le plus beau hold-up réussi par un adversaire de l’Espagne sur les quatre dernières années. Un cran au-dessus de la Suisse en 2010, tant l’Angleterre n’a rien montré de construit à Wembley, en dehors d’une grosse discipline défensive et d’un coup de pied arrêté bien tiré en seconde mi-temps. La patte Capello, sans doute. Ce qui tombe bien, tant le technicien italien et le sélectionneur français partagent une vision relativement similaire du foot de haut niveau : de la densité physique derrière, de la densité physique au milieu et un ou deux joueurs au-dessus du lot pour faire la différence devant. Comme Ribéry et Benzema, par exemple. Ca ne suffit qu’une fois sur dix contre l’Espagne, mais si ça tombe mardi…